La directrice générale de la Maison d’Haïti, Marjorie Villefranche

Commission sur la protection de la jeunesse: des Haïtiens se disent victimes de profilage

MONTRÉAL - Devant la Commission Laurent sur la protection de la jeunesse, mercredi, la Maison d’Haïti a évoqué le profilage et la discrimination dont seraient victimes les familles haïtiennes dans le système de protection de la jeunesse.

La directrice générale de la Maison d’Haïti, Marjorie Villefranche, a relaté que les jeunes Haïtiens étaient surreprésentés dans le système de protection de la jeunesse, souvent pour des raisons reliées aux conditions de vie, comme la pauvreté, l’absence de jouets, trop d’enfants par chambre ou pas suffisamment de nourriture dans le réfrigérateur.

Mme Villefranche a déploré le fait que la situation familiale pour eux est trop rapidement judiciarisée, que des interactions entre parents et enfants sont mal interprétées - comme une jeune mère qui a gardé trop de distance entre elle et son bébé naissant quand le poupon lui a été présenté à l’hôpital. Les autorités concluaient déjà à un problème d’attachement, a-t-elle rapporté.

Selon elle, il y a des incompréhensions, des malentendus qui amènent à donner moins de chances aux parents haïtiens.

Elle a cité des statistiques selon lesquelles les Haïtiens sont plus susceptibles d’être l’objet de signalements et plus susceptibles d’être retirés d’urgence de leur milieu familial.

La Maison d’Haïti offre notamment des programmes pour développer les habiletés parentales - des méthodes d’encadrement, de dialogue, des façons de ventiler lorsque le parent est excédé. Elle a eu à intervenir entre des parents et des centres jeunesse.

Enfant de la DPJ puis mère

À côté de Mme Villefranche, Natacha Romain, une mère de 33 ans, qui a immigré d’Haïti au Québec à l’âge de 5 ans, a raconté son vécu, d’abord comme enfant placée en centre jeunesse, puis comme mère qui a eu affaire à la Direction de la protection de la jeunesse.

Enfant, elle avait été frappée à coups de ceinture, puis avait été placée en centre jeunesse. Devenue mère, une fois elle a perdu patience et a frappé son premier garçon avec une ceinture. Son enfant lui a été enlevé et placé.

Et enceinte de son deuxième enfant, la DPJ avait fait un signalement pour l’enfant à naître.

À son troisième enfant, Mme Romain a demandé de l’aide de la Maison d’Haïti, qui l’a écoutée, soutenue et qui a développé ses habiletés parentales.

Elle affirme qu’elle a beaucoup travaillé sur elle, mais que la DPJ a pris du temps avant de l’accepter et de lui donner une autre chance.

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, en est mercredi à son deuxième jour d’audiences à Montréal.