Le directeur du Service de police de Sherbrooke, Danny McConnell, a rencontré Régine Laurent avant son intervention, jeudi avant-midi.

Commission Laurent: le SPS demande une meilleure collaboration avec la DPJ

Le Service de police de Sherbrooke (SPS) demande un meilleur échange d’informations entre les policiers et la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie.

Depuis le début de la Commission Laurent, de nombreux acteurs partout au Québec sont allés décrier ce manque d’échange d’informations entre les différents intervenants au détriment des jeunes. Le directeur du Service de police de Sherbrooke (SPS) est venu en rajouter, jeudi matin, lors de la troisième et dernière journée des audiences publiques de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (CSDEPJ) qui se tenaient à Sherbrooke cette semaine.

À LIRE AUSSI: Une intervenante à la DPJ MCQ témoigne à la Commission Laurent

Commission Laurent: « Ne rien faire coûte très cher »

« Sur trois points aujourd’hui, le SPS a voulu regarder comment on peut s’améliorer, notamment sur les délais, la confidentialité, et tout ça est englobé par la communication. Nous sommes tous encadrés par certaines lois, c’est la Loi sur la police dans notre cas, ça peut être la Loi sur la protection de la jeunesse ou La loi sur la santé et les services sociaux pour d’autres et ça complique notre travail », soutient le directeur du SPS Danny McConnell.

Le directeur du SPS était accompagné du sergent-détective Vincent Fontaine et du sergent Stéphane Côté de la division de la surveillance du territoire, qui collaborent régulièrement avec la DPJ. Ceux-ci avaient de nombreux exemples à partager pour illustrer à quel point ces différentes lois entravent le travail des policiers quand ils interviennent au centre jeunesse notamment.

Notons qu’en 2019, le SPS a dénombré 261 dossiers de fugues ou de disparitions de jeunes de moins de 18 ans, dont la 60 % avaient fugué du Centre jeunesse.

« Souvent, on ne peut pas avoir les informations dont on a besoin pour travailler, comme la photo du jeune, un accès à son compte Facebook, son numéro de téléphone cellulaire », mentionne le sergent Côté.

« Quand on intervient auprès d’un enfant dans son foyer naturel, tout de suite les parents nous donnent l’information dont ils disposent, une photo, l’accès au téléphone, à ses contacts, etc., et ça facilite notre travail, toujours dans l’intérêt du jeune », ajoute-t-il.

Le directeur McConnell a donné à la Commission Laurent l’exemple d’une jeune fille dont on s’inquiétait qu’elle soit entrainée dans un réseau de prostitution et pour qui le temps pressait.

« On est autour de la table, on sait que tel intervenant détient une information qu’il ne peut pas donner, nous on a des informations qu’on ne peut pas partager, bref tout le monde est autour de la table et personne ne peut rien dire », a-t-il déploré.

En plein paradoxe

Le sergent-détective Vincent Fontaine donne un autre exemple du paradoxe constant dans lequel se trouvent les intervenants qui travaillent pourtant tous dans le même but : prendre soin des enfants. « Je ne veux pas mettre personne de la DPJ dans l’eau chaude, mais moi à force de les côtoyer, je sais que certaines personnes parlent plus que d’autres. Une fois par exemple, une intervenante m’a dit : « Je sais que je ne peux pas te le dire, mais le jeune a de bonnes chances d’être à tel endroit, avec telle personne ». Mais là, l’intervenante a l’air de faire quelque chose d’illégal alors qu’elle me donne juste l’information dont j’ai besoin pour travailler et retrouver l’enfant le plus rapidement possible, pour le bien de l’enfant », a illustré le policier Fontaine.

« Des détails importants comme les dépendances à certaines drogues, les maladies mentales ou les risques de comportements violents sont des éléments souvent omis lors de signalements qui nous permettent d’adapter l’intervention ou de la prioriser », ajoute le directeur du SPS.

Le directeur du SPS s’est montré heureux que la Commission Laurent vienne secouer le système en place.

« Je pense que Mme Laurent, dans le cadre de la Commission, fera des recommandations d’usage au ministère pour revoir les pratiques et les façons de faire dans le but qu’on puisse tous supporter davantage nos jeunes garçons et nos jeunes filles du Québec », a émis Danny McConnell.