Claire Foy joue le rôle de Lisbeth Salander dans «Millénium: ce qui ne me tue pas».

Claire Foy, d’Élisabeth à Lisbeth pour le nouveau «Millénium»

LOS ANGELES — Fede Alvarez, réalisateur du nouveau film de l’univers «Millénium», n’en a jamais douté: Claire Foy est aussi à l’aise dans la robe à crinoline de la reine Élisabeth que dans la combinaison de motard d’une «hackeuse» gothique.

«J’ai vu The Crown un jour, et je me suis dit: ‘‘Voilà, ça c’est Lisbeth!’’. Parce que même si ça paraît fou, les défis à relever pour jouer Élisabeth ou Lisbeth sont les mêmes», déclarait récemment à l’AFP le réalisateur uruguayen lors d’une entrevue téléphonique sur son film Millénium: ce qui ne me tue pas.

Primée aux derniers Emmy  pour son interprétation d’Élisabeth II dans la série The Crown de Netflix, Claire Foy était attendue au tournant pour ses premiers grands rôles au cinéma. Après sa prestation aux côtés de Ryan Gosling dans Le premier homme, l’actrice britannique fait son retour sur le grand écran dans la peau de Lisbeth Salander, l’héroïne de la trilogie du défunt écrivain suédois Stieg Larsson.

Élisabeth II et Lisbeth Salander «sont des personnages très semblables: ils ne peuvent pas être eux-mêmes, ils répriment leurs émotions», tranche Fede Alvarez.

«Claire Foy, quand elle essaie d’avoir l’air courageuse, on peut voir à quel point elle est vulnérable: derrière la façade, vous apercevez l’être humain véritable [...]. Endosser le costume, adopter la coupe de cheveux, tout le monde peut le faire. Mais très peu d’acteurs sont capables de jouer de cette façon», estime le réalisateur.

Certains admirateurs de la première heure pourraient lui préférer Noomi Rapace ou Rooney Mara, qui ont incarné Lisbeth Salander dans de précédentes adaptations de la trilogie Millénium au cinéma.

L’actrice britannique Claire Foy et le réalisateur Fede Alvarez à New York, le 4 novembre

Cascades et explosions

Mais les principales critiques devraient plutôt porter sur l’adaptation, très libre, du quatrième roman de la série (écrit par David Lagercrantz après le décès de Stieg Larsson). Le magazine Variety regrette ainsi que Ce qui ne me tue pas tienne plus du film à grand spectacle, avec cascades et explosions à la James Bond, que du suspense noir qui a fait le succès de Millénium.

LIRE la critique d'Éric Moreault du Soleil

Le bon côté de la chose est qu’il n’est pas besoin de connaître cet univers pour s’y retrouver dans cette histoire — assez classique — de vengeance sur fond d’espionnage et de mafia russe, avec tout de même quelques rebondissements inattendus à la fin.

«C’est toujours difficile d’adapter un roman, il faut sacrifier beaucoup de choses sinon vous obtenez un film de huit heures. Nous avons commencé avec un scénario de Steven Knight et nous en avons fait quelque chose de plus personnel, en gardant les idées qui nous touchent», explique Fede Alvarez.

«Il s’agit surtout de secrets et de la honte, de la famille. Quelle que soit l’histoire, on en revient toujours à quelque chose d’intime [...]. Ça parle aussi du péché, d’un acte qu’on a commis et dont on a peur qu’il nous rattrape un jour.»

Pour Lisbeth, c’est un péché lié à sa sœur Camilla (campée par l’étonnante Sylvia Hoeks) et à un traumatisme d’enfance qui les unit et les sépare tout à la fois: les abus sexuels imposés par leur père.

Le thème fait forcément écho au mouvement  #MeToo et aux révélations d’abus sexuels à Hollywood, qui ont éclaté «au beau milieu du tournage», explique Sylvia Hoeks à l’AFP.

«Tout le travail préparatoire du film était déjà fait, mais ça a eu un impact sur nous tous, le sujet est soudainement devenu très réel», se souvient l’actrice néerlandaise, qui a choisi de se blanchir cheveux et sourcils pour donner à Camilla «un air plus vulnérable».