Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Le président directeur général du CIUSSS Mauricie – Centre-du-Québec, Carol Fillion.
Le président directeur général du CIUSSS Mauricie – Centre-du-Québec, Carol Fillion.

CHSLD Laflèche: le PDG du CIUSSS reconnaît avoir failli perdre le contrôle

Mathieu Lamothe
Mathieu Lamothe
Le Nouvelliste
Article réservé aux abonnés
Le président directeur général du CIUSSS Mauricie – Centre-du-Québec, Carol Fillion, est devenu très émotif, lundi après-midi, lors de son témoignage dans le cadre de l’enquête du Bureau du coroner sur les décès de personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d’hébergement au cours de la pandémie de COVID-19, après avoir reconnu qu’il avait failli perdre le contrôle dans les premiers jours de la crise qui a frappé le CHSLD Laflèche.

«Est-ce que j’ai passé proche de perdre le contrôle pendant les 10 premiers jours? La réponse est oui. Mais est-ce qu’on a posé les gestes pour régler la situation, la réponse est également oui. […] Je suis extrêmement attristé pour les familles [des personnes décédées]. Mais je suis aussi fier du travail accompli», a-t-il déclaré.

C’est après avoir tenu ces propos que M. Fillion a senti l’émotion monter en lui. La coroner responsable de cette enquête, Géhane Kamel, l’a alors remercié pour sa transparence et sa franchise.

Le numéro un du CIUSSS a également profité de la tribune qui lui était offerte pour exposer plusieurs gestes posés par son organisation en réaction à l’éclosion qui a coûté la vie à 44 résidents du milieu du secteur Grand-Mère à Shawinigan au printemps dernier. Il a entre autres expliqué que le plan prévu en janvier 2020 alors que la pandémie pointait à l’horizon était celui qui est généralement suivi lors des éclosions de H1N1 dans les CHSLD. Or, l’aggravation de la situation au cours des semaines qui ont suivi a nécessité des mesures plus importantes. Le port obligatoire du masque pour tous les employés en tout temps, avant qu’il ne soit recommandé par la direction nationale de la Santé publique, et l’utilisation de matériel de protection adéquat dans les zones où se trouvaient des résidents infectés sont au nombre des initiatives qui ont été mises de l’avant rapidement.

La coroner responsable de l’enquête, Géhane Kamel.

Éviter une rupture de services

Pour sa part, la directrice régionale de la Santé publique, Dre Marie-Josée Godi, a reconnu lors de son témoignage, plus tôt en avant-midi, que des travailleurs ne présentant pas de symptômes reliés à la COVID-19 mais ayant eu des contacts à risque «modéré» et «élevé» avec des personnes atteintes ont tout de même continué à travailler pendant un certain temps au CHSLD afin d’éviter une rupture de services.

La Dre Godi a cependant tenu à préciser qu’aucun employé ayant obtenu un résultat positif n’a travaillé au centre d’hébergement avant d’avoir respecté la quarantaine obligatoire. Par contre, elle a rappelé que seulement les personnes qui ressentaient des symptômes devaient subir des tests de dépistage au début de la pandémie.

«Au 30 mars [2020], on ne testait pas les asymptomatiques», a-t-elle précisé.

La Dre Godi a également indiqué pendant son témoignage qu’elle avait ressenti un malaise par rapport à une décision prise par la direction du CIUSSS Mauricie – Centre-du-Québec à la fin du mois de mars qui avait pour effet de continuer à permettre la mobilité du personnel en raison de la pénurie de main-d’œuvre.

On a également appris lors de cette première journée de ces audiences publiques que le premier employé du CHSLD Laflèche qui a été testé positif a travaillé deux jours, soit les 16 et 17 mars, alors qu’il ressentait des symptômes. On lui aurait alors simplement demandé de porter un masque pendant ces deux quarts de travail. Il a finalement été retiré de son milieu de travail le 19 mars.

«L’enquête [épidémiologique] a permis de conclure qu’il s’agissait d’un cas de contamination communautaire secondaire ou tertiaire d’une personne de la Montérégie qui revenait de voyage», a expliqué la Dre Godi.

M. Fillion a également eu à revenir sur ses décisions de prendre le risque de faire travailler des employés ne présentant pas de symptômes mais ayant eu des contacts à risque «modéré» et «élevé» avec des personnes infectées et de permettre la mobilité du personnel. Il a d’ailleurs confié qu’il se souvenait très bien du moment où il a fait ce choix.

«On était acculé au pied du mur, j’avais deux heures pour me décider, car le «chiffre» commence à 15 h et ça prenait du monde pour faire manger les personnes. […] Il fallait choisir entre hydrater et nourrir des personnes et gérer ce risque-là», a-t-il indiqué.

Très attentive aux propos des témoins, la coroner Kamel a notamment affirmé pendant le témoignage de M. Fillion que les faits qui lui étaient présentés n’étaient pas anodins. Sans discréditer les efforts et le dévouement des personnes impliquées dans la gestion de la crise, elle a tout de même fait remarquer qu’il pouvait tout de même être difficile pour les proches des résidents de croire que ceux-ci recevaient des soins adéquats, d’autant plus qu’il était difficile pour eux d’avoir des nouvelles.


«On est à la limite du tiers-monde, quand on vous entend. Moi, ça me donne des frissons», a-t-elle dit sans gêne.

En ce qui concerne les équipements de protection dont le port est rendu nécessaire en raison de la situation actuelle, M. Fillion a assuré que son organisation n’en a jamais manqué. Dans le pire des cas, les réserves permettaient de fournir le personnel pour un maximum de 48 heures.

«J’ai été beaucoup plus inquiet de la rareté de la main-d’œuvre que de manquer d’équipements de protection, bien que j’aie été inquiet [pour ça aussi]», a-t-il dit.

Dans la même veine, il a souligné que la pénurie de main-d’œuvre dans les CHSLD est une problématique qui ne date pas d’hier en Mauricie – Centre-du-Québec. Il estime en effet à 250 le nombre de préposés aux bénéficiaires – en plus des 350 embauchés récemment – qui devraient œuvrer dans les CHSLD de la région afin de ne pas avoir recours aussi fréquemment au temps supplémentaire obligatoire et pour permettre aux travailleurs de bénéficier de leurs congés et vacances comme ils le devraient.

Des lacunes notées par la Sûreté du Québec

À l’ouverture des audiences en matinée, un enquêteur de la Sûreté du Québec, Frédéric Losier, a été appelé à la barre pour présenter les conclusions du rapport de l’enquête menée à la suite de la mort de Maria Lermytte, une résidente du CHSLD Laflèche, le 6 avril 2020 des suites de la COVID-19, et dont le décès a été ciblé par la coroner dans le cadre du présent processus. Pendant son témoignage, le policier a mentionné que l’enquête avait permis de mettre en lumière des lacunes dans la gestion de la crise au CHSLD Laflèche. Il a notamment parlé d’un manque de personnel, de mouvements des employés entre les établissements et les étages de l’établissement et d’erreurs médicales relevées commises par des employés qui n’étaient pas habitués de travailler avec les clientèles des CHSLD. Les témoignages recueillis par les forces policières ont également permis d’apprendre que le manque de personnel était tel qu’il n’était pas possible de contacter les proches de résidents infectés afin de leur donner des nouvelles, et ce, même si les médecins le demandaient.

«Il y a même des employés qui ont reçu leur résultat positif alors qu’ils se trouvaient au CHSLD», a-t-il également mentionné.

Les audiences se poursuivront jusqu’à jeudi au palais de justice de Shawinigan. La fille de Mme Lermytte, Sofie Reunis, témoignera notamment mardi.