CHSLD: des menus «que les gens aiment», dit la ministre Blais [VIDÉO]

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a demandé qu’une directive soit envoyée à tous les pdg des CHSLD leur demandant de servir aussi des menus «que les gens aiment».

La ministre Blais a dit mardi avoir réclamé la veille à son sous-ministre l’envoi de cette directive après avoir visité un établissement de Brossard. «La directrice m’a dit: ils ont fait des changements alimentaires, j’ai des aînés qui n’aiment pas ça, le tofu et le cari. J’ai dit: pouvez-vous faire ce que les gens aiment», a indiqué la ministre en marge d’une conférence de presse annonçant la mise en place d’un comité d’experts qui sera chargé d’élaborer d’ici décembre 2020 une politique d’hébergement et de soins de longue durée.

La ministre a précisé avoir déjà envoyé cette directive au CIUSSS du Saguenay Lac-Saint-Jean dans la foulée de la dénonciation publique des nouvelles recettes des CHSLD, qui ne plaisent pas nécessairement aux aînés. 

Sans rejeter le nouveau cadre alimentaire implanté sous l’ex-ministre Gaétan Barrette, la ministre Blais demande que les CHSLD s’adaptent davantage aux goûts de leurs résidents. 

«Est-ce qu’on peut s’adapter aux gens dans nos établissements? Est-ce qu’on peut leur rendre la vie la plus agréable possible? [… ] Je ne veux pas qu’on change le cadre alimentaire, mais est-ce qu’on peut avoir de la flexibilité dans nos menus?» a exposé la ministre, soulignant que «quand on a fait le changement au niveau alimentaire, on l’a fait aussi pour les plus jeunes». Or «les personnes âgées ne mangent pas comme les plus jeunes», a-t-elle dit.

La ministre a préféré ne pas élaborer davantage sur le cadre alimentaire de l’ex-ministre Barrette, précisant que les menus feront partie de la politique d’hébergement que le gouvernement Legault veut mettre en place pour l’ensemble des établissements (CHSLD, ressources intermédiaires, ressources de type familial, etc.). 

Cette politique, qui sera suivie d’un plan d’action attendu pour l’hiver 2021, vise à proposer une «approche novatrice» qui sera davantage adaptée aux besoins des différentes clientèles hébergées (aînés en perte d’autonomie, personnes ayant un trouble neurocognitif majeur, personnes vivant avec une déficience intellectuelle ou physique, un trouble du spectre de l’autisme, un problème de santé mentale ou une dépendance, par exemple), a-t-on expliqué en conférence de presse. 

Une «première»

Questionnée sur la nécessité de mener encore ce genre de travaux alors que le gouvernement Couillard avait déjà mis de l’avant l’approche «milieu de vie» en 2003 et que différents cadres de référence ont depuis été élaborés en matière d’hébergement, la ministre Blais a souligné l’absence d’orientations générales «pouvant s’appliquer à tous les types d’hébergement de soins de longue durée ainsi qu’à toutes les clientèles susceptibles d’y résider». 

«Il faut prendre le temps de réfléchir, d’écrire une politique et d’avoir un plan d’action», a-t-elle plaidé, expliquant qu’on avait «toujours travaillé en silo» jusqu’ici, et que personne n’avait «vraiment réfléchi au vieillissement de la population». «On a 70% à 80% des personnes [hébergées] qui sont atteintes de la maladie d’Alzheimer, ça prend une approche différente pour traiter ces personnes-là» a-t-elle illustré, citant également l’exemple des personnes vivant avec la trisomie 21 «dont l’espérance de vie a presque triplé au cours des dernières années». 

Est-ce que cette politique et ce plan d’action sont préalables aux 2600 places que le gouvernement Legault veut développer en «maison des aînés» (mais qui seront pour la majorité ouvertes dans les CHSLD existants, et non dans des nouvelles installations, a-t-on appris récemment)? «Non. On va faire la politique et le plan d’action en parallèle. […] On va développer les 2600 places en maison des aînés d’ici les prochaines élections», a répondu la ministre Blais. 

Les détails des maisons des aînés et des «pavillons alternatifs» que le gouvernement veut développer seront dévoilés bientôt, a assuré la ministre, qui a expliqué en gros que «tout ce qui ressemble à un hôpital va disparaître», que les postes des infirmières seront «dissimulés», que des «petits pavillons» de huit à 14 résidents seront aménagés, qu’il y aura des «îlots occupationnels avec des éducateurs spécialisés, par exemple» et que les proches aidants auront accès à des «petits appartements». 

«Des comités, des comités, des comités...»

Invité à réagir à l’annonce de la mise sur pied d’un comité d’experts chargé d’élaborer la politique d’hébergement et de soins de longue durée du gouvernement Legault, le péquiste Harold Lebel a eu ce commentaire, mardi matin: «Ça fait peut-être cinq ou six ans que je suis porte-parole du dossier des aînés. J’ai vu des tournées de députés dans les CHSLD pour aller voir les bonnes méthodes. J’ai vu un forum à Montréal pour analyser les bonnes méthodes. […] J’en ai vu, des affaires, des comités de créés, des comités de parlementaires, des comités, des comités, des comités...»

Selon lui, «dans le fond, ce qu’on est en train de préparer, c’est la plateforme électorale du prochain mandat». «Pendant ce temps-là, sur le terrain, on a besoin d’action rapide», a-t-il dit en marge d’un point de presse tenu conjointement avec Québec solidaire et le syndicat des Teamsters réclamant au gouvernement un décret pour améliorer les conditions des travailleurs des CHSLD privés et des résidences privées pour aînés.

C’est aussi ce que croit la solidaire Catherine Dorion, selon qui ce dont les gens ont besoin, ce sont des soins, et des êtres humains pour donner ces soins. «Le blabla, c’est assez, là. À un moment donné, il faut des actions», a-t-elle dit.

Tout en convenant que «les résidents demandent plus de personnel», la ministre Blais a indiqué en conférence de presse que la démarche du comité d’experts concernera aussi cet aspect. «Si les conditions de vie sont plus agréables pour les résidents, vous ne pensez pas que ça va être plus agréable pour le personnel?» a-t-elle fait valoir. 

Pour la libérale Monique Sauvé, l’annonce de la ministre Marguerite Blais comporte «un rêve brisé» en ce qui a trait aux maisons des aînés. Elle en veut pour preuve l’évacuation du concept de «maison des aînés» du communiqué de presse du gouvernement Legault. «Le remplacement des CHSLD par des maisons des aînés, c’était une promesse électorale, a-t-elle rappelé en mêlée de presse. Ce qui était promis, c’était des petits villages de maisons à échelle humaine, avec des allées verdoyantes. (...) Pourquoi ça ne fait pas partie de la réflexion qu’on amorce?»  Avec Patricia Cloutier