Un document interne du gouvernement fédéral vient jeter un pavé dans la mare pour le projet d’un TGF à Trois-Rivières.

Champagne défend le tronçon du TGF entre Québec et Montréal: «un besoin de société»

TROIS-RIVIÈRES — L’étude selon laquelle l’abandon du tronçon Montréal-Québec serait bénéfique pour le projet d’un train à grande fréquence dans le corridor Québec-Toronto a fait réagir la classe politique. Si le ministre François-Philippe Champagne se veut rassurant, ses adversaires critiquent ouvertement le gouvernement libéral.

«Pour moi, le tronçon Québec-Montréal a toujours fait partie de l’équation. Et dans le mandat qui a été confié au bureau de projet, il est inclus. On n’aurait pas fait l’annonce à Trois-Rivières en présence du ministre des Transports du Canada et de la présidente de Via Rail si le tronçon Québec-Montréal n’en faisait pas partie», a fait savoir le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités.

C’est d’ailleurs à ce titre, dit-il, qu’il s’est assuré, avec le ministre Garneau, que le tronçon Québec-Montréal fasse partie de l’étude.

Le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne.

«Il y a eu des études, mais aujourd’hui, on est dans une phase préparatoire à la réalisation. C’est pour ça qu’on a fait un bureau de projet. Je suis conscient qu’il y a des gens qui ont peut-être regardé des choses à une certaine époque, mais ce qui compte aujourd’hui, c’est que les phases préparatoires incluent bien évidemment le tronçon Québec-Montréal», insiste M. Champagne.

Selon lui, «tout ne s’analyse pas dans la rentabilité». «Il y a des investissements que le gouvernement fait qui ne sont pas basés nécessairement sur la rentabilité, mais plutôt sur un besoin de société. Il faut créer l’infrastructure pour créer la demande», ajoute celui qui ne connaissait pas l’existence de cette évaluation réalisée en 2016 pour le compte de Transports Canada.

Or, d’après cette note qui vient d’être rendue publique, l’inclusion d’un tronçon entre Montréal et Québec nuirait à la rentabilité du projet d’un TGF dans le corridor Québec-Toronto. On recommande même que le tronçon québécois fasse l’objet d’un nouvel examen «en raison de son coût en capital élevé et de ses résultats médiocres sur le plan organisationnel».

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

À la lumière de cette «étude politique», le candidat conservateur dans Trois-Rivières, Yves Lévesque, dit maintenant comprendre les «si» et les «peut-être» du ministre Marc Garneau. Déjà, il trouvait étrange que le premier ministre du Canada ne participe pas à l’annonce «purement électoraliste» faite récemment à l’ancienne gare trifluvienne. Tout comme il comprend mal le changement de garde à la tête de Via Rail.

«J’ai bien plus confiance à l’étude de Via Rail qui va l’opérer, qui a intérêt à déposer des bons chiffres qui sont réalistes, que Transport Canada qui est vraiment contre le projet. Et si on fait tous les projets de transport en commun pour la rentabilité au départ, on n’en fera plus», souligne l’ancien maire avant d’ajouter que «le Parti libéral n’a aucun intérêt à mettre ça sur les rails». Quant à lui et son parti, le TGF constitue la priorité numéro un.

Pour le député fédéral de Trois-Rivières, Robert Aubin, «il y a une différence entre être déficitaire et peut-être pas être capable de générer la marge de profit que souhaiterait un investisseur privé».

Le député fédéral de Trois-Rivières, Robert Aubin.

«Ce que je dis depuis le début, les libéraux font fausse route en voulant financer le projet du TGF avec la Banque d’Infrastructure. Depuis le début, au NPD, on le dit, il faut que ce projet là se réalise pour toutes sortes de bonnes raisons, dont la lutte aux GES», a-t-il fait valoir.

«Savoir que dans le corridor Québec-Montréal, on va vendre moins de billets que dans le corridor Montréal-Ottawa-Toronto, ça va de soi, la démographie parle par elle-même. Ça ne veut pas dire que c’est déficitaire», renchérit le député du NPD.

Selon le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, «c’est une triste séquence de maladresses». «On se rappelle qu’en 2015, les libéraux avaient promis le train et non des études. Je me rappelle que François-Philippe Champagne avait même dit que le train allait arrêter à Shawinigan, rien de moins. Là, quatre ans plus tard, les libéraux promettent des études. Par rapport à l’engagement de 2015, on n’a pas avancé, on a reculé», affirme-t-il.

Le candidat conservateur dans Trois-Rivières, Yves Lévesque.

À son avis, cette conclusion selon laquelle le tronçon Montréal-Québec baisserait la rentabilité du projet représente «le plus ridicule des arguments».

«C’est comme si on disait, on ne fera pas de route parce qu’une route, ce n’est pas rentable ou on n’opérera pas d’hôpitaux, les hôpitaux, ce n’est pas rentable. Le transport collectif n’a pas pour vocation d’être rentable, il a pour vocation de faire du développement économique et touristique et d’augmenter la mobilité des gens. Il faut que les libéraux arrêtent de promettre et de tergiverser. Moi, ma position est simple, on le fait, on entreprend maintenant la mise en chantier d’un projet dont on a trop parlé sans rien faire, sauf le reporter sans cesse», plaide M. Blanchet.

Se disant surprise et inquiète de cette nouvelle, la directrice générale de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, Andréanne Guilbert, a toutefois été rassurée par la déclaration du ministre Champagne, à savoir que le gouvernement mise toujours sur ce projet.

La directrice générale de la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, Andréanne Guilbert.

«On demeure confiant et persuadé que le gouvernement a bien saisi la pertinence du projet, un projet pour lequel toute la communauté s’est mobilisée en raison des impacts positifs, tant au niveau de l’économie, de l’environnement et du tourisme que pour la mobilité de la main-d’oeuvre. On va continuer de suivre ça de près», conclut celle qui fonde son optimisme sur l’annonce faite à Trois-Rivières pour le bureau de projet.