Une psychoéducatrice a été radiée pour avoir mêlé les jeux de rôles et les relations sexuelles avec un patient.

Chamanisme et relation sexuelle avec un patient: une psychoéducatrice radiée

Une histoire mêlant des « jeux de rôles propres à la spiritualité Wiccan, au paganisme, à la magie et au chamanisme » et une relation sexuelle avec un patient vulnérable vient de mener à une radiation de trois ans pour une psychoéducatrice en début de carrière qui œuvrait pour le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO).

Cela faisait moins d’un an que Cynthia Meunier-Veillette était membre de l’Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec (OPPQ) lorsqu’elle a été assignée, à sa toute première journée de travail dans un CLSC du CISSSO, au « suivi social » d’un homme de 38 ans « atteint d’un trouble bipolaire avec épisodes psychotiques fréquents ».

Une décision rendue le 12 octobre par le conseil de discipline de l’OPPQ précise que lors de rencontres à domicile au courant de l’automne 2016, Mme Meunier-Veillette « dévoile ses croyances philosophiques et spirituelles personnelles au client ».

En janvier 2017, le patient lui indique qu’il va mieux et qu’il n’a « plus besoin de ses services ». Mme Meunier-Veillette ferme donc son dossier « et lui suggère de poursuivre leur relation sur une base amicale, ce qu’il accepte ».

Le jour même, elle lui envoie un texto. Plus de 300 textos seront ensuite échangés, sur « plusieurs mois ». « Elle s’adonne avec lui à des discussions et jeux de rôles propres à la spiritualité Wiccan, au paganisme, à la magie et au chamanisme », lit-on dans la décision.

En juin 2017, Cynthia Meunier-Veillette se rend chez le patient « pour effectuer un rituel païen basé sur la religion ‘Wiccan’ [...] consistant à bâtir un puits et à nager », ce qu’ils font nus.

Ils retournent ensuite dans la résidence. « Ils discutent et le client propose de mettre son bras autour des épaules de l’intimée. Par la suite, elle suggère une autre position et ils ont ensuite une relation sexuelle complète ne faisant pas partie du rituel. »

Le lendemain, le patient informe sa conjointe de ce qui s’est passé. Celle-ci « est bouleversée et met fin à leur relation ». Le client « est désemparé et éprouve des idées suicidaires ». La conjointe raconte le tout à sa psychologue, qui en informe la superviseure de Cynthia Meunier-Veillette.

Trois jours après la relation sexuelle, la superviseure demande à Mme Meunier-Veillette si elle a eu une « aventure » avec le patient, ce qu’elle confirme. Dès le lendemain, elle est suspendue avec solde. Elle sera finalement congédiée par le CISSSO un mois et demi plus tard.

Tant la conjointe du client que la directrice des services multidisciplinaires du CISSSO ont déposé une plainte au syndic de l’OPPQ dans ce dossier.

Mme Meunier-Veillette a expliqué qu’elle croyait « que la relation thérapeutique cessait avec le suivi ». Or, le client « aurait pu avoir à recourir à nouveau aux services de l’intimée », de sorte que même si le dossier est fermé, la « relation professionnelle » n’est pas terminée, précise le conseil de discipline.

La décision souligne aussi que pendant sa formation, elle avait « appris qu’il ne faut pas partager ses croyances avec les clients ».

Tout en notant que Mme Meunier-Veillette est « repentante », le conseil souligne que d’avoir une relation sexuelle avec un client « constitue une atteinte grave à l’essence de la profession et un abus du rapport de force ».

Pour les trois chefs, le conseil de discipline s’est rangé derrière la recommandation commune des deux parties, en imposant à Cynthia Meunier-Veillette des radiations d’un mois, de trois mois et de trois ans à purger de manière concurrente.

Elle devra aussi payer une amende de 2500 $ et réaliser un stage supervisé sur 12 mois, portant notamment sur la distance relationnelle et l’indépendance professionnelle. Un rapport devra être produit pour que le comité exécutif de l’OPPQ puisse statuer sur la réussite ou l’échec du stage.