Greta Thunberg

C’est petit; extrêmement petit

ÉDITORIAL / Tirer sur le messager est l’attribut des lâches. Éclipser un discours appuyé de faits en attaquant son émissaire, surtout lorsque celui-ci est vulnérable, sera toujours la plus simple des solutions. Combien de fois a-t-on vu une personne qui n’a plus d’argument se rabattre sur la calomnie et la dérision afin d’avoir le dernier mot ? C’est ce qui se produit depuis plusieurs mois avec Greta Thunberg, et, avouons-le, c’est petit ; extrêmement petit.

Le message de Greta Thunberg se décline pourtant en quelques mots bien simples : écoutons ce que la communauté scientifique nous dit. Ses actions, ses paroles et même l’insolence avec laquelle elle gifle l’establishment ne sont qu’artifices. Est-elle instrumentalisée ? Sans doute. Mais pas davantage que le sont certains politiciens charismatiques, certaines vedettes investies ou certains sportifs qui monnayent une médaille olympique en associant leur image à celle d’un géant de la malbouffe. C’est le propre de notre société d’identifier ses héros et de les porter aux nues, pour le meilleur et pour le pire.

Qu’elle ait 16 ans et qu’elle souffre du syndrome d’Asperger, ça importe peu ; qu’elle ait traversé l’océan sur un voilier et qu’elle sèche les cours non plus. La seule et unique chose qui compte vraiment, c’est le message et l’éveil qu’il suscite à l’échelle internationale.

Si Greta Thunberg était le citoyen lambda, nul n’en parlerait. Même chose si elle n’avait pas été remarquée. Au mieux, elle serait toujours assise là, sans écho, devant son école de Stockholm les vendredis. Au pire, son histoire se résumerait ainsi : l’hebdo du coin en aurait parlé au début, jusqu’à ce que les services sociaux interviennent et la forcent à retourner en classe. Et tout ce mouvement qu’elle incarne serait mort dans l’œuf. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit, et c’est tant mieux.

Le phénomène Greta Thunberg a inspiré des jeunes de partout sur la planète. Il a ébranlé les colonnes d’un temple usé par le temps, qui est mûr pour une réfection complète. Le peuple réclamait quelque chose, il voulait que les institutions s’actualisent, puis Greta s’est pointée. La nature n’a-t-elle pas horreur du vide ? Greta Thunberg a comblé le vide et, encore une fois, c’est tant mieux.

Mais là n’est pas la question. L’important, c’est le message et ses retombées concrètes. Écoutons ce que la science nous dit et agissons en conséquence. Car la science est loin d’être une religion qui demande de croire sans avoir vu. La science est inexistante sans preuve tangible. Elle ne nécessite ni foi ni intérêts économiques ou politiques. La science, c’est la vérité démontrée et éprouvée par des dizaines, voire des centaines d’experts. Et dans le doute, la science se tait.

Alors, de cette croisade de Greta Thunberg en Amérique, que faut-il retenir ? Son discours incendiaire devant l’Organisation des Nations Unies ? Son périple en voilier ? Sa désinvolture, sa rébellion, son anarchie ? Non !

Ce qu’il faut retenir, c’est que des millions de personnes ont été sensibilisées, d’une manière ou d’une autre, à un problème réel et irréfutable : le changement climatique.

Greta Thunberg n’est qu’une étincelle derrière laquelle s’embrasent des millions d’anonymes qui se reconnaissent en elle ; des millions de jeunes qui, demain, auront le sort du monde entre leurs mains ; des foules qui parlent à travers elle et qui exigent un changement draconien.

Qu’y a-t-il de si dérangeant, au point de dénigrer ainsi le messager ? C’est petit ; extrêmement petit.