La coordonnatrice du marché de solidarité, Christine Hernandez, en a gros sur le cœur.

C’est la fin du marché de solidarité

C’est la fin pour le marché de solidarité régional de Cowansville. Après dix ans d’existence, l’organisme sans but lucratif devra cesser ses activités.

La coordonnatrice du marché de solidarité Christine Hernandez en a gros sur le cœur. Les tuiles n’ont cessé de s’abattre sur le fragile modèle financier de l’organisme. Elle doit s’y résoudre, l’organisme doit cesser ses activités à Cowansville et ses points de chute de Sutton et Waterloo à la fin du mois de juin.

La boutique qui donne sur la rue John sera progressivement vidée et l’organisme se départira des équipements après un encan silencieux.

Conjonctures

« C’est une série de conjonctures qui nous y emmène, explique la spécialiste de l’économie sociale. Notre modèle d’affaires était mixte et dépendait de notre gestion du marché public estival. Avec la décision de la municipalité d’organiser le marché par elle-même, cela crée une concurrence avec nous. Notre bail se termine à la fin du mois de juin. Nous devons nous engager sur trois ans, mais ce ne sera pas possible dans la situation actuelle », explique-t-elle.

Selon Mme Hernandez, la municipalité de Cowansville a décidé d’organiser le marché public pour réaliser des économies. « La municipalité nous donnait 3500 $ par année et défrayait les coûts en électricité. Pour un marché dans une municipalité de cette taille, c’est du sous-financement. En plus, contrairement à Lac-Brome ou Farnham, il n’y a pas d’installations permanentes pour les kiosques. Ça représente plus de temps à investir pour préparer et vider le site chaque semaine. »

La mairesse Sylvie Beauregard rétorque que la décision de la municipalité n’était pas guidée par une volonté d’économie. « Le marché de solidarité nous a avertis qu’ils ne pourraient pas tenir le marché cette année. Notre priorité, c’est de préserver ce service pour les citoyens », précise Mme Beauregard, jointe par La Voix de l’Est lundi après-midi.

Le marché public aura lieu cette année dans le stationnement de l’ancien Loblaws.

Boutique et marché

La coordonnatrice du marché de solidarité avance que la municipalité a été avertie que la décision de reprendre le marché public pourrait mener à la fin des activités de l’organisme et à la dissolution de la coopérative Les amis de la terre, qui chapeaute le tout.

« Ils étaient au courant et on leur a clairement dit que ce n’était pas du chantage émotif. Nous avons des chiffres à l’appui », dit-elle.

Mme Hernandez explique que la proximité physique et organisationnelle entre le marché extérieur et la boutique était bénéfique tant pour les producteurs que leurs clients.

« Pour les entreprises, ça leur permettait de tester leurs produits et de les faire connaître. Plusieurs d’entre eux ont commencé par le marché et sont entrés en boutique par la suite. Souvent, les clients venaient compléter leurs achats dans la boutique, ça nous permettait de nous faire connaître et d’avoir des nouveaux membres qui revenaient après la fermeture du marché. »

Parmi les autres « conjonctures » défavorables à l’organisme, Mme Hernandez indique que l’organisme a également eu des problèmes de main-d’œuvre. En mars dernier, le marché de solidarité avait fermé temporairement, faute de bras. Il manquait alors de bénévoles et les deux employés qui œuvraient dans le cadre d’un programme d’accès à l’emploi étaient partis pour cause de maladie. Un « coup de barre » avait toutefois permis de trouver une dizaine de nouveaux volontaires prêts à s’engager.

« C’est une conséquence de la situation de plein emploi. Il y a trois ans, c’était plutôt des néo-ruraux qui souhaitaient mieux connaître l’agroalimentaire qui venaient travailler avec nous. Maintenant, ce sont davantage des gens qui sont éloignés du marché du travail », note-t-elle.

Reprise

La porte demeure toutefois ouverte à une reprise éventuelle par un organisme ou un individu qui souhaiterait reprendre une partie des activités du marché de solidarité. « Cela pourrait être un organisme, une coopérative ou une personne. Jusqu’à présent, un seul intéressé s’est manifesté. Il n’a toutefois pas été possible d’en connaître l’identité.

Le Marché de solidarité régionale de Cowansville dessert près de 600 membres via son site web. L’organisme doit traiter entre 40 et 50 commandes par semaine, et permet à 70 producteurs des environs de Cowansville d’offrir leurs produits sous une formule qui leur assure une marge de profit décente.