Ça ne s’améliore pas pour les néonicotinoïdes dans les rivières

L’usage des néonicotinoïdes s’est généralisé ces dernières années dans les cultures de maïs et de soya, et les rivières des régions agricoles en payent le prix. Un rapport récent du ministère de l’Environnement (MELCC) montre que les critères pour la protection de la vie aquatique sont presque systématiquement dépassés depuis 2011 dans plusieurs cours d’eau du sud du Québec.

Les «néonics», comme on les appelle, sont une «famille» d’insecticides dont on enrobe les semences afin que la plante en soit plus ou moins imprégnée (et donc protégée) tout au long de sa vie. Presque toutes les semences de maïs utilisées au Québec et la moitié des semences de soya en sont recouvertes, et on les soupçonne d’être en partie responsables de la mortalité inhabituelle des abeilles depuis quelques années.

Un document publié tout récemment sur le site du MELCC présente les dernières données de suivi sur la qualité de l’eau d’une vingtaine de rivières qui coulent dans des secteurs où les cultures du maïs et du soya sont très présentes. On y constate que pour la plupart des pesticides, il est assez rare que les seuils pour la protection de l’environnement soient enfreints — généralement moins de 5 % des échantillons prélevés de 2015 à 2017, si l’on prend chacune des substances séparément.

Mais le portrait est tout autre pour les néonics : «les pesticides qui dépassent le plus souvent leur critère sont les insecticides néonicotinoïdes, lit-on dans le rapport. En moyenne pour les quatre rivières [faisant l’objet d’un suivi particulier : Chibouet, des Hurons, Saint-Régis et Saint-Zéphirin, ndlr] pour la période 2015-2017, la clothianidine et le thiamétoxame dépassent le CVAC [ndlr : critère de protection de la vie aquatique à long terme] de 0,0083 microgramme par litre (µg/l] dans 90 % des échantillons». En comptant tous les membres de cette famille d’insecticides, ce sont pas moins de 97,5 % des échantillons qui dépassaient le critère pour au moins un néonicotinoïde.

Dans les rivières, les invertébrés, en particulier, sont susceptibles d’être affectés par les néonicotinoïdes et ils constituent un maillon très important des écosystèmes aquatiques.

Une demi douzaine de cours d’eau de Chaudière-Appalaches ont été échantillonnés en 2015-2017. Les plus mal en point sont les rivières Le Bras et Boyer, dont les bassins versants sont dominés par la culture du maïs et du soya : 100 % de leurs échantillons montraient des dépassements pour au moins un néonic. Il s’agit en outre de petites rivières, dont débit faible signifie qu’elles ont moins d’eau pour diluer les polluants. Mais dans les principales rivières de la région, ces insecticides enfreignaient relativement souvent le CVAC : 27 % du temps dans l’Etchemin et entre 9 et 18 % pour la Chaudière.

Notons que l’herbicide le plus utilisé au monde, le glyphosate, est évidemment présent dans ces cours d’eau et que ses concentrations sont en hausse, mais les dépassements de critères demeurent rares : 0,8 % des échantillons en 2015, et aucun en 2016 et 2017.

Enfin, le rapport de l’Environnement mentionne que 52 puits d’eau potable ont également été échantillonnés en 2015-2016 dans des «zones à maïs et soya». Des pesticides ont été détectés dans 7 d’entre eux, mais dans des concentrations très faibles qui respectaient «largement» les normes sanitaires.

«Les sols généralement plus argileux des zones de cultures de maïs et de soya offrent une certaine protection des nappes d’eau souterraines contre l’infiltration des contaminants, explique le document. La proportion des puits affectés par la présence de pesticides est plus faible dans les zones en culture de maïs et de soya que pour d’autres cultures documentées dans des campagnes d’échantillonnage antérieure.»