La Dre Cindy Boulanger-Gobeil, chirurgienne, a mis en place au CHU de Québec le traitement de chimiothérapie hyperthermique intra péritonéale (CHIP).
La Dre Cindy Boulanger-Gobeil, chirurgienne, a mis en place au CHU de Québec le traitement de chimiothérapie hyperthermique intra péritonéale (CHIP).

«Bye bye cancer!» [VIDÉO]

Michelle Lafrenière a pu dire au revoir à son cancer du côlon en décembre dernier, grâce à un nouveau traitement implanté au CHU de Québec. En provenance des États-Unis et utilisé à Mont­réal depuis quelque temps, le traitement CHIP permet désormais une rémission à des patients atteints de formes de cancers jusqu’ici jugées incurables.

En juin 2018, le diagnostic est tombé pour Michelle Lafrenière. Cancer du gros côlon avec des métastases logées dans la vessie. Seulement 10 % des cas de cancers du côlon ou du rectum présentent des métastases dans l’abdomen, comme elle.

Malgré qu’elle croyait ne pas pouvoir être guérie, compte tenu des possibilités de traitements limitées pour ces tumeurs relativement rares, elle a gardé espoir. «De septembre à mars, j’ai eu 14 traitements. J’ai bien accepté la situation et je n’ai jamais ressenti de mal», se souvient-elle. 

Puis, avec son cancer stable depuis huit mois, Mme Lafrenière a reçu une bonne nouvelle : elle avait l’opportunité d’être opérée par Dre Cindy Boulanger-Gobeil et ainsi devenir la première patiente à bénéficier du nouveau traitement CHIP mis en place par la chirurgienne au CHU de Québec. 

Saisir sa chance

«J’étais prête dès le lendemain à me faire opérer, mais on m’a dit que ce n’est pas comme ça que ça fonctionne», raconte la femme de 70 ans qui n’a pas laissé la maladie prendre le dessus sur sa bonne humeur. 

Le CHU est en effet devenu le troisième Centre hospitalier à offrir la chimiothérapie hyperthermique intra péritonéale (CHIP) au Québec, à l’initiative de la Dre Boulanger-Gobeil. Ce traitement contre les cancers de l’appendice, colorectal et du péritoine permet ainsi d’éviter à certains patients la chimiothérapie palliative imminente. 

«C’est un traitement en deux phases, où on va aller ouvrir l’abdomen et retirer l’ensemble des nodules cancéreux. Dans un deuxième temps, on va aller perfuser de la chimiothérapie chauffée directement dans l’abdomen pour aller tuer les cellules microscopiques de cancer qui seraient restées», explique la chirurgienne oncologue. Elle estime qu’entre 100 et 150 cas sont traités annuellement au Québec.

Toutefois, comme l’ajoute Dre Boulanger-Gobeil, tous les patients n’y sont pas admissibles. «Ils doivent être assez en forme pour subir l’opération et les métastases doivent être localisées dans l’abdomen et pas ailleurs, au foie ou aux poumons, par exemple.»

Michelle Lafrenière a été sélectionnée. Elle a eu son rendez-vous le 3 décembre.

«Profitez de la vie»

Environ sept heures d’opération qu’elle n’a «pas vu passer» et 56 agrafes sur l’abdomen plus tard, la dame de Saint-Gilles-de-Lotbinière se réjouit d’avoir dit oui à cette chirurgie qui, elle le pense vraiment, lui a sauvé la vie. 

«Quand on peut avoir quelque chose, pourquoi pas en profiter? C’est notre vie, c’est notre santé, il faut le faire et au lieu de dire : “Bye bye boss” on pourra dire “Bye bye cancer!”» illustre-t-elle avec humour. 

Deux mois ont passé depuis l’opération et tout rentre dans l’ordre pour celle qui reprend sa vie active. «J’ai recommencé à faire mon conditionnement physique et je me tiens en forme. Je souhaite ça à tout le monde, de ne pas avoir peur de venir se faire opérer, c’est pour le mieux», encourage Mme Lafrenière, saluant au passage son compagnon de vie des 46 dernières années pour son support au cours des derniers mois.

Michelle Lafrenière a été la première patiente de la région à bénéficier de ce nouveau traitement.

Un accès démocratisé 

Dre Cindy Boulanger-Gobeil souhaite pour sa part offrir une visibilité à cette chirurgie plutôt méconnue. Pour cette première année d’implantation de la procédure, elle envisage traiter une dizaine de cas, mais compte augmenter le rythme à au moins 25 dans le futur. 

«C’était important pour moi d’offrir une meilleure accessibilité aux soins pour les patients de la région de Québec et de l’est de la province, tout en diminuant leur temps d’attente», précise-t-elle.