Le bar laitier Bobil, sur le boulevard Hamel, a accueilli ses premiers clients il y a 73 ans.

Bobil: la fin pour le doyen des bars laitiers

Le plus vieux bar laitier de Québec, le Bobil, anciennement le Robil, sur le boulevard Hamel, a fermé ses portes définitivement à la fin de la saison 2018, faute de personnel et de relève pour reprendre l’entreprise vieille de 73 ans.

Propriétaire depuis 24 ans du bar laitier, Gaston Bonneau est encore ému lorsqu’il parle de la vente. Passionné par les crèmes glacées artisanales, il a déjà eu jusqu’à sept bars laitiers. 

«C’était un gros bar laitier, ça nous prenait du personnel pour le faire tourner, mais plus personne ne veut travailler là. Pourtant les jeunes faisaient de l’argent, 80-100 $ par jour, mais ça ne les intéresse plus. Ils trouvent facilement de l’argent ailleurs», déplore M. Bonneau.

Ses enfants sont déjà propriétaires d’autres commerces et il n’a pas trouvé d’entrepreneur prêt à prendre la suite. «Qui veut travailler quand il fait beau et aller au restaurant quand il pleut? C’est dommage parce que c’est un bon commerce», explique M. Bonneau, âgé de 72 ans.

Avec sa femme, l’an passé, il faisait des semaines de 100 heures pour répondre à la demande des clients. «On finissait à minuit et on recommençait à 7h du matin. Depuis que les gens ont vu le panneau, j’ai reçu des centaines de téléphones. Les gens sont déçus, mais on ne pouvait plus. On a déjà eu cinq générations de clients qui étaient là en même temps pour prendre une crème glacée», raconte-t-il. 

Quand Trudel Alliance l’a approché pour savoir si son commerce était à vendre, il a dit oui. L’entreprise s’était déjà portée acquéreure des lots voisins pour un projet multicommercial. «La condition de la vente, c’était la démolition pour laisser place à autre chose. Je ne voulais pas me retrouver avec des problèmes s’il y avait des vices cachés dans la bâtisse», évoque-t-il.

L’amour de la crème glacée 

Depuis qu’il travaille dans ce domaine, M. Bonneau a toujours tout fabriqué lui-même. «J’ai jeté 21 barils de chocolat avant de trouver la bonne recette. On a 32 sortes de crèmes glacées dures et 38 sortes de molles», révèle celui qui est également propriétaire du bar laitier Lilo sur la 3e avenue. 

Et avis aux amateurs de crèmes glacées artisanales, il n’a pas l’intention de vendre dans Limoilou. «On m’a fait une offre avec un gros montant d’argent, mais j’ai dit non. La seule affaire que j’aurais c’est de l’argent, mais plus de plaisir et j’aime encore ce que je fais», explique-t-il. 

Le commerce étant plus petit que celui sur Hamel, il peut s’en occuper avec sa conjointe, mais il cherche tout de même du personnel. «On a mis une affiche il y a 15 jours et on n’a toujours pas eu d’appel», déplore-t-il. 

Selon M. Bonneau, les gens apprécient les bars laitiers pour le service personnalisé et il n’a pas peur de la concurrence d’une grosse entreprise. «Quand Chocolats Favoris est arrivé, il y a eu un petit ralentissement, les gens ont essayé, mais ils sont revenus vers nous, on connait notre monde. Je peux dire dès qu’une personne vient ce qu’elle va prendre. Les franchisées, ils ne peuvent pas déroger, nous, si tu veux moitié fraise, moitié vanille, on va te le faire», 

Pour M. Bonneau, le secret, c’est le prix, la qualité et offrir une bonne quantité. «On ne fait pas de pub, pas besoin, elle se fait de bouche à oreille.»

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UNE OFFRE MULTICOMMERCIALE SUR HAMEL

L’offre commerciale sur le boulevard Hamel va se renouveler dans les prochains mois dans le secteur de l’ancien bar laitier le Bobil, avec la construction de trois bâtiments par Trudel Alliance. Joint par téléphone, Jonathan Trudel a confirmé au Soleil l’achat du lot où se trouvait le Bobil. «On était déjà propriétaires de terrains voisins. On est allé voir le propriétaire du Bobil pour savoir s’il était intéressé à vendre et il anticipait déjà de fermer. On souhaitait acheter pour agrandir notre lot et faire un meilleur projet.»

Les propriétaires de Fleur de Lys ont dans l’idée d’offrir des commerces de détail, des entreprises de services, des restaurants et des bureaux. Le premier bâtiment de

60 000 pieds carrés abriterait des commerces au rez-de-chaussée et des bureaux au premier étage, a expliqué Jonathan Trudel. Pour les deux autres bâtiments, Trudel Alliance a dû demander un changement de zonage pour une offre alimentaire. «Ces deux bâtiments seront plus petits avec des entreprises de services et des restaurants.»

Dans les prochaines semaines, on devrait voir une annonce plus officielle avec une mise en marché, des plans et des kits promotionnels. Céline Fabriès