Éric Michaud

Bébé brûlé aux mains: le sort d’Éric Michaud entre les mains du jury

Shawinigan — Le sort d’Éric Michaud est maintenant entre les mains du jury.

Après plus de deux semaines d’audiences qui auront permis à la poursuite et à la défense de présenter leur preuve, les 12 jurés ont finalement entrepris leurs délibérations, mercredi après-midi, au palais de justice de Shawinigan. Maintenant qu’ils sont séquestrés, ils auront la délicate tâche de déterminer de façon unanime si le suspect est coupable ou non de voies de fait graves sur un bébé de 15 mois commis en juillet 2017. En ce sens, le juge Étienne Parent de la Cour supérieure leur a livré ses directives en droit pendant une bonne partie de la matinée pour les aider dans leur décision.

Du coup, il a aussi pris soin de leur rappeler une nouvelle fois l’importance d’être impartial et de tenir compte uniquement de la preuve qui a été présentée devant eux dans la salle d’audience et non de ce qu’ils peuvent avoir lu ou entendu dans les médias ou sur Internet. Il a aussi précisé qu’ils ne doivent pas outrepasser leur rôle en faisant leur propre enquête par exemple ou des expériences en lien avec le dossier en cours.

La responsabilité qui incombe aux jurés a en effet pris tout son sens mercredi matin lorsque deux d’entre eux ont apporté dans la salle de délibérations un thermomètre à infrarouge, un thermomètre par immersion au mercure et un bêcher. Informé de la situation, le juge a demandé à ce que ces objets soient immédiatement retirés de la salle. Les jurés ont ensuite été rencontrés et interrogés individuellement à ce sujet pour vérifier leurs intentions et leur impartialité. Pour l’un d’eux, l’objectif était tout simplement de montrer un thermomètre à infrarouge à ses collègues. L’appareil avait été acheté récemment et se trouvait d’ailleurs dans son emballage d’origine.

Le second juré a pour sa part admis qu’il envisageait peut-être de faire des expériences avec le thermomètre et le bêcher qu’il avait apportés. Le juge et les avocats ont conclu que les deux jurés avaient mal compris les directives en début de procès. Leur sincérité et leur impartialité n’ont donc pas été remises en doute de sorte qu’il n’y avait pas de raison de les exclure du processus.

Dans cette affaire, on sait que la température de l’eau chaude s’écoulant du robinet de la salle de bain s’est souvent retrouvée au cœur du litige au même titre que celle de l’huile contenue dans la friteuse compte tenu du patron et du degré des brûlures relevées chez le bébé.

Les procureurs de la Couronne, Me Émilie Goulet et Me Benoît Larouche, soutiennent que le suspect a délibérément plongé les mains d’un bébé de 15 mois dans l’huile encore chaude d’une de friteuse lui infligeant de graves brûlures de second degré profond.

La défense, représentée par Me Pénélope Provencher et Me Marie Laurence Spain, est plutôt d’avis que le bébé s’est brûlé accidentellement les mains dans l’eau chaude du bain.

Au soutien de leur preuve, des experts, des témoins civils et des témoins policiers ont été entendus. Le juge Parent a rappelé au jury que c’est à la Couronne de faire la preuve hors de tout doute raisonnable de la culpabilité de l’accusé. Il a d’ailleurs prodigué des conseils sur la façon d’évaluer les propos des témoins et sur la crédibilité à leur accorder, notamment en présence de contradictions comme ce fut le cas pour la coaccusée et conjointe de Michaud, Cynthia Dauphinais.

Il a aussi insisté sur les éléments essentiels de l’infraction de voies de fait graves, à savoir si Éric Michaud a employé la force contre l’enfant, s’il a employé la force de manière intentionnelle, si l’enfant a consenti à ce qu’il emploie la force, si le suspect savait que l’enfant ne consentait pas à l’usage de la force et si l’usage de la force a eu pour effet de blesser l’enfant.

Les jurés devront donc se poser une série de questions avant d’en arriver à un verdict dont certaines sont capitales. Ainsi, pour déterminer si Éric Michaud a employé la force contre l’enfant, le jury devra se demander si les blessures de l’enfant résultent de l’immersion de ses mains dans l’huile chaude de la friteuse. Si le jury n’en est pas convaincu, il doit acquitter le prévenu. Si la réponse est oui, il doit se demander si la poursuite a démontré que c’est Éric Michaud qui a bel et bien posé ce geste. Si oui, il doit le déclarer coupable. Si la réponse est non, les autres éléments mentionnés ci-haut devront être évalués bien que certains soient techniques ou ont fait l’objet d’une admission comme dans le cas des blessures.

Si un verdict de culpabilité devait être rendu, le suspect est passible d’une peine maximale de 14 ans de prison.