La limite de vitesse imposée aux navires dans l’ouest du golfe du Saint-Laurent a provoqué l’annulation de 18 escales dans l’Est-du-Québec cette année, ce qui aurait pour effet de priver la région de millions de dollars de revenus, selon un bilan provisoire.

Baleines noires: ralentir à quel prix ?

GASPÉ — La limite de vitesse imposée aux navires pour protéger les baleines noires provoque l’annulation de 18 escales de croisières dans l’Est-du-Québec cette année. Pour les compagnies de transport maritime, l’impact économique des mesures de protection instaurées depuis un an s’établit à des millions de dollars, mais le bilan global reste à faire.

Les corridors express instaurés par Ottawa depuis avril ont quand même permis de diminuer les dommages.

La vitesse est limitée à dix nœuds (18,5 km/h) dans l’ouest du golfe du Saint-Laurent afin de minimiser les risques de collision entre les navires et les baleines noires, une espèce menacée dont il reste 450 individus dans le monde. Transports Canada a déterminé deux corridors, au nord et au sud de l’île d’Anticosti, où les navires peuvent avancer à un rythme normal, à moins qu’une baleine noire y soit aperçue.

À trois reprises en 2018, la limite a été imposée dans une section de ces corridors, pour 21 jours au total en mai et en juin. Pas à cause d’une observation de baleine, mais bien parce que le mauvais temps a gardé au sol les avions chargés de les repérer.

Neuf escales de croisières ont été annulées à Gaspé, sept à Sept-Îles et deux à Baie-Comeau, pour un total de 16 000 passagers et 8000 membres d’équipage, et des pertes de 1,6 M $ en dépenses directes. 

C’est moins que l’an dernier, alors que Gaspé, à elle seule, avait subi 15 annulations, impliquant 24 300 passagers et membres d’équipage.

Les corridors express sont «une mesure intéressante», dit René Trépanier, directeur général de l’Association des croisiéristes du Saint-Laurent. «Il y a quand même des annulations parce que les compagnies ne veulent pas prendre de risque. «

Escale Gaspésie avait demandé à Transports Canada de le compenser pour les frais de passagers et de services portuaires non perçus en 2017, soit 130 000 $. 

Transports Canada a refusé. «Il revient aux organisateurs de croisières de prendre la décision d’annuler des escales», a indiqué le ministère par courriel.

Armateurs

Martin Fournier, directeur d’Armateurs du Saint-Laurent, précise que les deux corridors à vitesse normale ont amélioré la situation vécue en 2017, au cours de laquelle «des mesures pas adaptées à la réalité avaient été adoptées».

Les 15 firmes membres d’Armateurs du Saint-Laurent exploitent 130 navires canadiens transportant le quart des 120 millions de tonnes de marchandises transitant par les ports de l’est du Canada, soit 30 millions de tonnes.

«Les pertes se calculent en millions de dollars. Les compagnies ont fait leur calcul pour l’impact financier mais on n’a pas de chiffre global. Des compagnies sont plus affectées que d’autres. On peut penser à CTMA, à Relais Nordik du Groupe Desgagnés et à Oceanex», signale M. Fournier.

Après le 11 août 2017, le CTMA Vacancier a dû couper son escale à Gaspé, mais la firme a pu remettre ce port à son horaire en 2018.

L’horaire déjà serré du navire Bella-Desgagnés, de Relais Nordik, qui assure la liaison essentielle pour les passagers et les marchandises entre Rimouski, Anticosti et la Basse-Côte-Nord, a souvent été chamboulé au cours de la dernière année en raison des contraintes de vitesse.

«C’est un service à l’horaire très serré, avec plusieurs arrêts. Océanex, qui relie Montréal à Terre-Neuve deux fois par semaine, a aussi un horaire très serré. Quand il faut partir et respecter l’horaire, il y a du matériel qui reste sur le quai parfois, avec des conséquences «, explique Martin Fournier.

En 2017, les Armateurs du Saint-Laurent ont retenu les services de deux biologistes de l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse afin d’arriver à un but, «avancer à une vitesse normale pour les navires, et sécuritaire pour les baleines».

Les corridors de circulation à vitesse normale ont notamment été déterminés grâce au travail de ces biologistes, ayant observé que les baleines noires ne les fréquentaient pas parce qu’ils renferment peu de nourriture.

Les améliorations passeront par une réduction du temps de circulation à 10 nœuds, qui a constitué 25 % du temps de navigation depuis la fin d’avril.

«Ça va nous prendre des données pour mieux comprendre le comportement et le déplacement des baleines […]. L’utilisation de drones et de «glidders» (des appareils flottants recueillant des données) devrait nous aider à obtenir des observations de baleines en temps réel. Ça réduirait le nombre d’activations préventives des limites de vitesse», conclut M. Fournier.