Le chapitre de Québec des Bikers against child abuse a été lancé en juillet. Il se donne la mission de protéger les enfants victimes d’abus en les protégeant de leurs agresseurs.

B.A.C.A.: Les «gentils motards»

Sur leurs vestes de cuir, ils portent des patchs de poings fermés et de têtes de mort. Entre eux, ils s’appellent par leurs surnoms : «Iron», «Ghostrider», «Shadow» ou «Whalter».

Ce sont des motards. Mais rien à voir les gangs criminalisées. «On est là pour protéger les enfants», assure Whalter, le président du chapitre de Québec des Bikers against child abuse (B.A.C.A). «On est des gentils motards.»

B.A.C.A. se donne la mission de protéger les enfants victimes d’abus en les protégeant de leurs agresseurs. Concrètement, les motards «parrainent» les enfants si une plainte a été déposée à la police. Ils leur donnent un toutou et une veste à leur nom sur laquelle il est écrit : «Je ne vivrai pas dans la peur». 

Ensuite, ils se rendent disponibles en tout temps, notamment pour faire de la surveillance autour du domicile de l’enfant lorsque celui-ci craint la venue de son agresseur. «On s’assure que l’enfant va pouvoir dormir en sachant qu’il y a trois membres B.A.C.A. en avant de chez eux», dit Walther. 

Parfois, les motards accompagnent aussi les enfants en cour. Lundi, par exemple, une vingtaine de motards de B.A.C.A. ont stationné leur bécane au palais de justice de Québec. À l’intérieur, ils ont dressé un mur entre une victime et André Tremblay, un homme qui avait reconnu avoir attouché l’adolescente et qui devait connaître sa sentence ce jour-là. 

«Intimidation»

L’avocat de l’accusé, Fabien Jean, n’a pas apprécié la présence de B.A.C.A. «C’est des bikers qui utilisent l’intimidation sous un prétexte noble», dit-il. 

Les constables spéciaux assurent déjà très bien la sécurité au palais de justice, fait valoir Me Jean. «Il n’y a pas personne qui va me faire accroire que 20 motards full patch ont un rôle à jouer dans notre système judiciaire». 

Walther n’est pas d’accord. «On n’est pas là pour intimider l’agresseur», dit-il. «On est là pour faire une barrière visuelle entre l’enfant et son agresseur. Juste avec un regard, l’agresseur peut faire changer d’idée l’enfant, l’effrayer de témoigner». 


« Il n’y a pas personne qui va me faire accroire que 20 motards full patch ont un rôle à jouer dans notre système judiciaire »
Me Fabien Jean

B.A.C.A. a été fondé en 1995 en Utah par John Paul «Chief» Lilly, un travailleur social et thérapeute pour enfants qui constatait des lacunes dans la protection des enfants contre la violence, l’exploitation et les abus.

L’organisation est maintenant présente dans 17 pays. Le chapitre de Québec a été lancé officiellement en juillet. 

B.A.C.A. ne dévoile ni son nombre de membres ni leurs noms, pour ne pas que ces informations tombent en de mauvaises mains, justifie Walther. 

Pour se protéger de l’intérieur, l’organisation exige les empreintes digitales de ses membres et une enquête de sécurité qui comprend la vérification des antécédents judiciaires. 

Elle leur demande aussi de compléter une quarantaine de formations pour obtenir toutes leurs patchs — par exemple, comment se comporter avec des enfants abusés, se tenir au palais de justice, surveiller devant une maison, etc. 

Walther espère que, malgré leur look, les Bikers against child abuse de Québec ne seront pas amalgamés aux bandes de motards criminelles. «Il faut faire la différence, dit-il. Il y a des bons bikers».