Stéphanie Vallée dit vouloir prendre le temps de construire ce programme «avec compassion», mais «aussi avec la responsabilité que nous avons, à titre de gouvernement, d'être équitables envers les victimes, envers leurs proches».

Avoir les moyens d’assister au procès du meurtrier de son enfant

Des parents dont l’enfant a été assassiné demandent au gouvernement de les aider financièrement afin qu’ils puissent avoir les moyens d’assister au procès du présumé meurtrier. La ministre de la Justice Stéphanie Vallée se montre ouverte à l’idée.

«J’ai vu des parents dormir dans leur voiture. J’ai vu des parents d'enfants assassinés se faire refuser le restaurant au palais de justice parce qu'ils avaient une boîte à lunch», raconte Nancy Roy, directrice générale de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues (AFPAD). Mme Roy déplore que certaines familles décident de ne pas assister au procès, faute de moyens pour payer le transport et l’hôtel, alors que d’autres s’appauvrissent pour le faire. 

Accompagnée de plusieurs parents éplorés, Mme Roy a assisté à la période de questions à l’Assemblée nationale. Le Parti québécois (PQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) ont fait front commun et ont pressé la ministre Vallée de réagir et de réformer le programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). 

Mme Vallée a commencé par faire valoir que son gouvernement a bonifié les fonds de l’IVAC de 54 millions $ en juin, avant de soutenir qu’elle avait donné la directive à l’IVAC en novembre dernier d’élaborer un programme pour accompagner financièrement les familles des victimes lors d’un procès. «J’aurais aimé ce matin (jeudi) pouvoir annoncer le programme, ce n'est pas tout à fait peaufiné», a-t-elle soutenu. 

Mme Vallée dit vouloir prendre le temps de construire ce programme «avec compassion», mais «aussi avec la responsabilité que nous avons, à titre de gouvernement, d'être équitables envers les victimes, envers leurs proches».

L’AFPAD demande également que les parents dont l’enfant a été assassiné soient reconnus comme des victimes à part entière et reçoivent de l’aide psychologique tant et aussi longtemps que nécessaire, et ce, même si leur enfant a été assassiné à l’extérieur de la province. 

Pour Véronique Hivon, vice-cheffe du PQ, «il y a effectivement une discrimination pour ces parents-là», parce que si on meurt d'un accident de voiture à l'extérieur du Québec, il y a une indemnisation, mais il n’y en a pas si on est victime d’un acte criminel. Sur ce point, la ministre Vallée a référé les familles des victimes à un programme d’indemnisation qui est géré par le gouvernement fédéral. 

Mme Hivon juge que le Québec a «amplement les moyens» de répondre aux demandes de l’AFPAD, qui pourraient coûter entre 1 et 3 millions $. La vice-cheffe fait valoir qu’à l’heure actuelle, «il y a 40 millions de dollars de surplus qui dorment au Fonds d'aide aux victimes d'actes criminels, qui s'accumulent année après année.» La ministre Vallée répond qu’elle doit agir «en respectant la capacité de payer des Québécois.»

Le député Simon Jolin-Barrette, de la CAQ, a quant à lui demandé qu’une commission parlementaire soit mise sur pied pour réformer en profondeur la loi de l’IVAC, une demande répétée par son parti depuis 2014.