De plus en plus sollicitée, la Marine canadienne espère faire passer ses effectifs de la Réserve de 3500 à plus de 6000 marins occasionnels, dans les prochaines années.

Avocat ou enseignant à temps plein, plongeur à temps partiel

Regroupés dans une tente de l’armée canadienne sur le bassin Louise, ils étaient 25 provenant d’un peu partout au pays, descendant l’un après l’autre sous la glace avec 70 kilos d’équipement sur le dos. Durant la semaine, l’un est avocat, l’autre enseignant et une troisième étudiante en psychologie. Samedi, toutefois, ils étaient tous des plongeurs de la Réserve navale canadienne.

Ce n’est pas pour rien que les Forces armées canadiennes avaient invité les médias de Québec, samedi après-midi, à venir assister à l’entraînement annuel sous glace des plongeurs de la Réserve navale. De plus en plus sollicitée, la Marine canadienne espère faire passer ses effectifs de la Réserve de 3500 à plus de 6000 marins occasionnels, dans les prochaines années. Toute publicité est donc la bienvenue et les plongeurs sont des marins tout désignés pour faire parler d’eux. 

Qui n’aimerait pas avoir un travail à temps partiel consistant à plonger à Victoria, à Terre-Neuve, en Arctique ou même, dans certains cas, aux îles Fidji ou au Mexique? Après tout, il est possible de s’enrôler dans la Réserve spécialement pour être plongeur sans expérience préalable.

Mais attention, le travail n’est pas pour tout le monde. On peut plonger pour inspecter des installations portuaires, fouiller les fonds marins, réparer des sous-marins, mais également pour miner, déminer ou encore lors d’opérations anti-narcotiques. 

Rien de plus difficile

«Les plongeurs, c’est une bête à part. C’est très difficile physiquement et mentalement. Ça se rapproche un peu d’un métier de combat. Ça prend des gens qui aiment se pousser à l’extrême», explique le capitaine de corvette de la Marine royale canadienne, Mathieu Leroux, commandant des équipes de plongée de l’est du Canada. 

Selon ce dernier, le camp d’entraînement des plongeurs est le plus difficile de tous ceux qu’une recrue peut faire dans la Réserve. Un éreintant six semaines où «l’on doit toujours être en espadrilles parce qu’il est interdit de marcher», illustre le commandant Leroux. On se lève avant le soleil, on court d’un endroit à l’autre durant la journée et l’on plonge de nuit. 

C’est une chose d’être plongeur lorsqu’on est militaire à temps plein et payé pour s’entraîner. C’en est une autre lorsque l’on a un travail du lundi au vendredi et que l’on doit être prêt à plonger à tout moment à travers cela. 

Mais le jeu en vaut la chandelle, assure Andrée Deshaies. Originaire de Trois-Rivières, l’étudiante en psychologie de 22 ans est l’une des très rares femmes dans l’équipe de près de 80 plongeurs de la Réserve. Elle était de l’exercice de samedi, au bassin Louise, mais n’a pu plonger, n’ayant pas encore le niveau de certification requis pour le faire sous la glace. 

N’étant «pas super disciplinée», elle ne s’était jamais imaginée dans les Forces armées canadiennes avant d’apprendre qu’on pouvait y être plongeuse. Déjà enseignante de plongée, elle a tenté sa chance il y a deux ans et demi et réussi la pénible et physique formation.  

«Depuis que je suis dans la Réserve, je n’ai jamais rencontré une autre fille plongeuse. C’est sûr que c’est un milieu d’homme, mais quand une fille est partante, elle fait sa place et entre dans la famille. Les plongeurs forment un petit groupe uni dans la Réserve.» 

Regroupés dans une tente de l’armée canadienne sur le bassin Louise, ils étaient 25 provenant d’un peu partout au pays, descendant l’un après l’autre sous la glace avec 70 kilos d’équipement sur le dos.

Après quelques années de formations à temps partiel, elle a vécu, le printemps dernier, lors des inondations majeures en Outaouais, son véritable baptême de feu. 

«Aujourd’hui, c’est un exercice, mais là, c’était pour de vrai», lance-t-elle. Comme il s’agit de la Réserve, un marin peut toujours refuser une mission, selon son emploi du temps. Mais au printemps, Andrée était disponible. «On a répondu tellement vite. Je ne savais pas exactement combien de temps j’allais passer là. J’ai fini par être deux semaines à mon unité, travaillant de 5h30 le matin à 23h le soir. On inspectait sous l’eau pour vérifier l’état des maisons, complètement submergé, et l’on procédait à des évacuations en zodiac. Ça n’arrêtait jamais, c’était toute une expérience.»