En date du 31 décembre, le carnet de commandes de la division des jets d'affaires de Bombardier - très présente au Québec avec plus de 12 000 employés - se chiffrait à 14,4 milliards $ US.

Avions d'affaires: Bombardier devra convaincre les investisseurs

En se tournant exclusivement vers les avions d'affaires, la direction de Bombardier convient qu'elle devra prouver aux investisseurs sa capacité de livrer des résultats dans un secteur vulnérable aux aléas de l'économie.

«Il y a clairement un peu d'éducation à faire, a convenu mercredi le président et chef de la direction de la compagnie, Alain Bellemare, au cours d'une conférence destinée aux investisseurs qui se déroulait à Miami, en Floride. C'est une grosse division en croissance.»

Tous les concurrents de Bombardier dans l'industrie des luxueux jets d'affaires, comme les compagnies derrière les Gulfstream et Falcon, sont également présents dans d'autres secteurs, comme la défense, ce qui leur permet de mieux résister aux périodes de turbulences.

En acceptant de céder sa division de matériel roulant au géant français Alstom dans le cadre d'une transaction évaluée à 8,2 milliards $ US, l'entreprise établie à Montréal ne pourra plus compter sur cette diversification. Selon la société, l'annonce de cette transaction marquait la fin du plan de redressement mis de l'avant en 2015 et qui s'est traduit par la cession de nombreux actifs et une sortie de l'aviation commerciale.

L'analyste Seth Seifman, de la banque américaine J. P. Morgan, s'était montré curieux de la réaction du marché à l'égard de la décision de Bombardier d'être le seul joueur de l'industrie à se consacrer exclusivement à un secteur où les marges sont très élevées, mais où l'activité est cyclique.

«Actuellement, nous pensons que le marché perçoit ce secteur comme confronté à des défis structurels et peu attrayant dans une perspective de croissance», avait-il souligné, dans un rapport publié mardi.

En compagnie du chef de la direction financière de Bombardier, John Di Bert, M. Bellemare a fait valoir que l'avionneur comptait actuellement quelque 4800 appareils d'affaires actuellement en service à travers le monde. À son avis, cela devrait contribuer à alimenter la croissance des activités de Bombardier Aviation.

«Notre clientèle est très fidèle et diversifiée, a dit M. Bellemare. Nous avons investi massivement ces dernières années et nous allons maintenant en profiter.»

En date du 31 décembre, le carnet de commandes de la division des jets d'affaires de Bombardier - très présente au Québec avec plus de 12 000 employés - se chiffrait à 14,4 milliards $ US.

Un peu plus

L'an dernier, Bombardier a livré 142 jets d'affaires de ses familles Global, Challenger et Learjet - soit cinq de plus qu'en 2018 - pour une valeur estimée à 5,7 milliards $ US, selon les données publiées mercredi par la General Aviation Manufacturers Association (GAMA).

Toutefois, les livraisons de son principal concurrent, Gulfstream, ont atteint 147 unités, ce qui représente un montant de 7,85 milliards $ US.

Dans l'ensemble, il y a eu 809 livraisons de jets d'affaires effectuées en 2019, ce qui représente une augmentation de 15 % par rapport à l'année précédente et la meilleure performance de l'industrie depuis environ une décennie - une statistique encourageante pour Bombardier.

La vente de Bombardier Transport devrait permettre d'obtenir entre 4,2 milliards $ US et 4,5 milliards $ US, ce qui aidera la compagnie à réduire sa lourde dette de 9,3 milliards $ US.

Cette transaction, dont la clôture est prévue dans la première moitié de 2021, fera toutefois l'objet d'un examen minutieux, notamment de la part des autorités antitrust en Europe, où Alstom et Bombardier sont très présentes.

L'an dernier, les autorités européennes avaient opposé leur veto à l'alliance proposée entre la société allemande Siemens et Alstom.

«Au cours des derniers mois, il y a eu beaucoup de travail afin de comprendre où se situaient les chevauchements, a expliqué M. Bellemare, se disant confiant de voir la transaction obtenir le feu vert des autorités antitrust. Alstom a fait du bon travail pour arriver avec des solutions.»

Après avoir abandonné près de 14 % à la Bourse de Toronto mardi, l'action de Bombardier a reculé mercredi de 3 cents, ou 2 %, pour clôturer à 1,46 $.