Félix Auger-Aliassime résume ses ambitions du moment en quelques mots : «pas d’attentes surélevées, mais pas de limites non plus».

Auger-Aliassime à une victoire d’un premier huitième de finale en Grand Chelem

PARIS — Grimpé des portes du top 100 à celles du top 20 en quatre mois, à 18 ans seulement, Félix Auger-Aliassime gravit les échelons du tennis mondial à vitesse grand V. À Wimbledon, il n’est plus qu’à une victoire d’un premier huitième de finale en Grand Chelem.

À un mois de fêter ses 19 ans, le jeune Québécois, qui partage sa date d’anniversaire avec Roger Federer (8 août), ne joue à Londres que le deuxième tournoi du Grand Chelem de sa carrière, après l’US Open 2018.

Vainqueur successivement de son compatriote Vasek Pospisil (187e) et de Corentin Moutet (84e), le plus jeune joueur du tableau messieurs de l’édition 2019 s’attaque vendredi à un autre Français, Ugo Humbert (66e), dernier obstacle qui le sépare de la deuxième semaine.

Pour le joueur natif de L’Ancienne-Lorette, né d’un père togolais et d’une mère québécoise, tout s’est accéléré fin février, quand il a atteint sa première finale sur le circuit ATP, sur la terre battue de Rio. Il l’a perdue, mais a été récompensé par son entrée dans le top 100.

Depuis ont suivi une première demi-finale en Masters 1000, à Miami, accompagnée d’une place dans le top 50, puis deux nouvelles finales, sur ocre à Lyon, et dès son tout premier tournoi sur gazon, à Stuttgart dernièrement. Fin mai, il est devenu le plus jeune joueur à se faire une place parmi les 25 meilleurs mondiaux depuis vingt ans (Hewitt en 1999). Il est aujourd’hui 21e.

«Pas un coup de dés»

Auger-Aliassime, lui, situe toutefois le tournant quelques semaines plus tôt, début février, lors du premier tour de Coupe Davis entre le Canada et la Slovaquie, lors duquel il a apporté à son pays le point de la qualification dans le cinquième match.

«C’est un grand moment pour moi, au niveau de la confiance personnelle et de mon tennis. Après, j’ai su bien enchaîner les matches à Rio, j’ai gagné encore en confiance, mon niveau de jeu est devenu de plus en plus constant, j’ai su surfer sur cette vague», expliquait-il à l’AFP fin mai, en identifiant une bascule mentale.

«Depuis Rio, je suis dans la bonne optique. En début d’année, il y avait parfois cette peur de perdre, de ne pas y arriver. En Amérique du Sud, et à Indian Wells et Miami, je suis vraiment arrivé avec une forte envie de gagner et une faible peur de perdre. J’avais plutôt envie de jouer vers l’avant, d’aller chercher les matchs que de défendre ce que j’avais», développait le grand Québécois (1,93 m).

«Ce qui est bien, c’est que je sens que ce n’est pas un coup de dés, c’est vraiment un état d’esprit que j’ai su mettre en place», soulignait-il.

Caractère

Bien plus tôt déjà, Auger-Aliassime, dont les raquettes sont siglées «FA2» par son équipementier lyonnais Babolat, avait habitué à se distinguer par sa précocité : premier joueur né dans les années 2000 à marquer des points ATP en mars 2015, premier aussi à gagner un match sur le circuit principal, début 2018 à Indian Wells.

Assez pour qu’au pays du hockey roi, l’actuelle «21e raquette mondiale», entraîné par deux Français, Frédéric Fontang et Guillaume Marx, gagne en notoriété, porté aussi par un tennis canadien en plein essor.

«C’est sûr qu’il faut savoir gérer la nouvelle attention, le fait que les gens te reconnaissent quand tu reviens à la maison, mais il ne faut pas le voir comme quelque chose qui serait contraignant, j’essaie plutôt d’en tirer de l’énergie», considère-t-il d’une voix calme et posée, à peine teintée d’une pointe d’accent.

«Et je pense que j’ai le caractère qui me permettra de bien naviguer dans tout ça», ajoute-t-il.

Si Auger-Aliassime estime qu’elle ne lui fait pas tourner la tête, son ascension fulgurante donne des idées aux bookmakers britanniques, qui font de lui le sixième favori de Wimbledon. Ce que le principal intéressé juge «un peu exagéré» et même «un peu fou» : «Je vais déjà plus vite que la majorité et on veut que j’aille encore plus vite, ce qui n’est pas réaliste parfois».

Lui résume ses ambitions du moment d’une formule : «pas d’attentes surélevées, mais pas de limites non plus».