Un individu de Trois-Rivières a plaidé coupable, jeudi, à une accusation d’attouchements sexuels.

Attouchements sexuels sur sa fille: un père plaide qu'il voulait appliquer un onguent pour soulager son eczéma

TROIS-RIVIÈRES — Un individu de Trois-Rivières a plaidé coupable, jeudi, à une accusation d’attouchements sexuels pour avoir abusé de sa propre fille en lui appliquant à plusieurs reprises un onguent sur les seins.

Cet homme, dont on doit taire l’identité pour protéger celle de la victime, a tenté vainement de convaincre le tribunal qu’il n’avait eu aucune idée sexuelle en agissant de la sorte. Il a expliqué que sa fille souffrait d’eczéma et qu’il lui appliquait une crème conçue pour le traitement de cette maladie sur le dos et sur les seins. «C’était mon bébé. Je voulais juste la soigner. Je comprends maintenant que je n’aurais pas dû faire ça, mais pour moi, il n’y avait aucune idée sexuelle là-dedans. Je le jure, tant envers ma fille que pour les autres enfants», s’est-il défendu.

Or, il est important de préciser que sa fille était âgée entre 12 et 14 ans à cette époque et que les attouchements ont été commis sur une période d’un an et demi, et ce, presque quotidiennement. Qui plus est, il a eu une érection. Notons que la jeune adolescente vivait alors en garde partagée chez son père et sa mère.

La plaignante a d’ailleurs précisé que c’était «son père qui s’était imposé» dans cette affaire. Il se plaçait derrière elle afin d’appliquer la crème sur le dos pour ensuite glisser ses mains sous ses bras à elle et «crémer» ses seins. «Ça me rendait mal à l’aise, mais j’avais 12 ans à l’époque et je n’étais pas certaine si c’était correct ou pas. Je l’ai réalisé plus tard », a-t-elle indiqué.

Elle a aussi constaté à une reprise que son père était en érection. Elle en a plus tard parlé à des intervenants de l’école, ce qui a entraîné une intervention de la Direction de la protection de la jeunesse.

Les conséquences des attouchements ont par ailleurs été très importantes dans sa jeune vie. Sur un plan scolaire, ses notes ont chuté à cause du stress et des problèmes d’insomnie. Elle a aussi raconté au juge Guy Lambert que son père consommait beaucoup d’alcool et était souvent gelé par le cannabis, sans compter certains épisodes de colère. Ce dernier serait inapte au travail depuis plusieurs années à la suite d’un accident. «Il me disait que j’avais des gros seins et qu’il faudrait que je perde du poids et moi, ça me faisait mal. Il est mon père et il est censé me supporter et non pas me dire de maigrir. Il y a des médecins pour ça. Il a beaucoup joué sur mon estime de soi alors que j’ai le droit d’accepter mon corps comme il est», a-t-elle raconté.

Elle a également souffert d’anxiété, fait des crises d’angoisse, sans compter ses problèmes de santé liés à l’asthme qui se sont aggravés.

Aujourd’hui, elle vit dans une famille d’accueil où elle dit avoir appris le sens du respect. Elle bénéficie également d’un suivi psychologique. Non seulement elle n’est pas prête à revoir son père, mais elle veut même changer son nom de famille. «C’est comme porter le nom de son agresseur. Je ne veux plus être reliée à cet homme. Il m’a tellement fait souffrir. Oui aujourd’hui, il plaide coupable, mais c’est limite car il gosse encore sur des détails et n’assume pas complètement. Pendant deux ans, il a nié les faits. Je vivais un tel stress que j’avais peur de le croiser sur la rue», a-t-elle ajouté.

Alors que son procès devait commencer jeudi matin au palais de justice, son père a cependant décidé de plaider coupable à un chef d’attouchements sexuels, admettant du même coup ne pas s’être soucié de son intégrité sexuelle et d’avoir eu une érection.

L’avocat de la défense, Me Emmanuel Ayotte, a précisé que son client avait réalisé plus tard le caractère inapproprié de ses gestes et qu’il regrettait aujourd’hui.

À la demande de Me Ayotte et de Me Catherine Lacoursière à la Couronne, le juge Lambert a accepté de reporter les plaidoiries à une autre date. L’individu s’expose à une peine minimale de 90 jours de prison.