Si les deux chiens de type husky sont classés dangereux, le règlement municipal autorise la Société protectrice des animaux de l’Estrie à recommander l’euthanasie.

Attaque de chiens à Rock Forest : l'euthanasie est possible

Les deux chiens de race husky qui ont mordu cinq personnes lundi dans le secteur Mi-Vallon à Sherbrooke après s’être sauvés du domicile de leur maître seront évalués cette semaine par la Société protectrice des animaux de l’Estrie. L’euthanasie pourrait faire partie des recommandations.

« Il va y avoir une évaluation avec un intervenant en comportement canin, indique Marie-Pier Quirion, agente de communication pour la SPA-Estrie. Nous allons aussi rencontrer les policiers et nos patrouilleurs qui sont intervenus. Il y a ensuite deux options. On peut déclarer les chiens dangereux ou potentiellement dangereux. »

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S’ils sont classés dangereux, le règlement municipal autorise la SPA à recommander l’euthanasie. Dans l’autre cas où ils sont dans la catégorie potentiellement dangereux, il peut y avoir plusieurs recommandations comme l’imposition de la muselière, la stérilisation et l’obligation de suivre des cours de dressage.

Marie-Pier Quirion rappelle aussi l’importance pour les propriétaires de chien d’avoir le contrôle sur leur animal.

Choc émotif

Marie-Sophie Demers est l’une des victimes de l’attaque de chien de lundi. Elle a des plaies aux bras et doit prendre des antibiotiques, mais elle estime « n’avoir rien eu de grave ».

« C’est plus le choc émotif, explique-t-elle. J’étais chez moi et j’ai entendu des chiens japper. J’ai deux chats et je pensais qu’il y en avait un dehors. Je suis sortie et les deux chiens étaient en train de s’en prendre au chat du voisin d’en face. J’ai essayé de leur faire peur et de les tasser, mais c’est là que je me suis fait mordre. J’ai couru à la maison pour appeler la police parce que ma crainte c’était qu’ils mordent des enfants. Je pensais à mon fils. »

Mme Demers n’avait jamais vu ces chiens dans le quartier.

« Les chiens sont toujours en laisse ou s’ils ne le sont pas il y a généralement quelqu’un qui court derrière. Je n’ai jamais eu peur des chiens, mais j’aurais peut-être dû. Ce que je trouve désolant, c’est que ce n’est pas la première fois qu’ils se sauvent. Ça me fait craindre un peu pour la sécurité du quartier. »

Pas de formation pour les policiers

Les policiers du Service de police de Sherbrooke ne reçoivent pas de formation spécifique pour intervenir face à des chiens agressifs. Ils « s’ajustent selon la situation », précise Samuel Ducharme, porte-parole du SPS.

« Nos armes intermédiaires comme le poivre de cayenne et le taser sont efficaces contre les chiens, rappelle-t-il. On a un service 24 h avec la SPA, mais hier (lundi) les chiens étaient rendus dans une cour d’école avec des camps de jours donc on est intervenu tout de suite avant qu’ils mordent des enfants. Les chiens avaient l’air calmes, c’est pour ça que plusieurs personnes se sont fait mordre. »

Le policier blessé au bras et à l’entrejambe a été en mesure de rentrer au travail ce matin. Il n’a que des grafignes et une ecchymose.

Angélique Clin

Un chien reste un animal imprévisible


Malgré le fait qu’il soit surnommé le meilleur ami de l’homme, le chien reste un animal qui peut être imprévisible. C’est ce que mentionnent deux spécialistes canins avec qui La Tribune s’est entretenue pour tenter d’en apprendre un peu plus sur les attaques de chiens qui semblent se multiplier dans les dernières semaines.

Lundi, deux chiens de race husky ont mordu cinq personnes dans le secteur Mi-Vallon à Sherbrooke et un jeune garçon d’un an et demi a été mordu à plusieurs reprises par un pitbull dans un domicile de Louiseville. La semaine dernière, une dame a été attaquée par deux chiens à Saint-Césaire et on se rappelle l’attaque de trois chiens qui ont causé de graves blessures à une joggeuse à Potton au mois de mars.

« La première question que je me pose toujours est où était le maître, mentionne Angélique Clin, propriétaire de Énergie Canine Estrie depuis quatre ans. Des chiens qui se sauvent c’est inacceptable que ce soit un chihuahua ou un husky. Il y a des gens qui marchent et des enfants qui jouent dans la rue. Un chien, ça reste un animal avec des dents. »

« Un chien n’attaque pas sans raison, ajoute-t-elle. Il va envoyer des signaux pour dire de ne pas approcher et souvent les gens ne voient pas ces signaux. Ils peuvent se sauver, grogner, pleurer, avoir la queue entre les jambes et les oreilles par en arrière. »

Dans la situation à Sherbrooke, une personne a été mordue en tentant de s’interposer entre les chiens et un chat.

« Devant deux chiens qui se mettent comme mission d’attraper un chat, ce n’est pas la meilleure option de s’interposer, indique Mme Clin. J’aurais tendance à brasser un sac de gâteries ou à agiter une balle pour que les chiens prennent eux-mêmes une décision positive de venir me voir. Les gens ont voulu bien faire, mais malheureusement ils ont été mordus. »

Prédateurs

Le chien reste un prédateur et les gens ont tendance à l’oublier selon Joanie Dion, propriétaire de Division canine, qui entraîne des chiens depuis 12 ans.

« Des chiens restent des chiens. La prédation reste un patron moteur et certains chiens aiment simplement chasser. »

L’un des problèmes selon Mme Dion est que souvent le maître ne choisit pas un chien adapté à son style de vie. 

« Les gens vont vivre une vie plus sédentaire avec des chiens plus sportifs. On a des chiens très territoriaux dans des appartements. On crée un peu notre problème. Les chiens ne sont admis nulle part à Sherbrooke donc on a des chiots pas très socialisés. On les amène en public avec des outils hyper frustrants et on se retrouve avec des problématiques qui pourraient devenir dangereuses. »

Manque de réglementation

Joanie Dion pense aussi que l’absence de réglementation dans le monde du dressage crée certains problèmes.

« La seule réglementation est au niveau des vétérinaires et les techniciens. Pour tout ce qui concerne les éleveurs, les spécialistes en toilettage et les spécialistes en entraînement, il y a de multiples formations au privé, mais ça reste à la discrétion de la personne d’aller se former. N’importe qui peut s’inventer entraîneur de chien. La mauvaise information circule beaucoup. »

La protection des ressources

Peut-être avez-vous vu un chien grogner ou devenir agressif quand quelqu’un touche à sa nourriture ou si on essaie de lui enlever un os ou un jouet? Ce phénomène s’appelle la protection des ressources et c’est très commun.

« Il y a deux méthodes de pensée. Certains disent que dès le plus jeune âge du chien, il faut l’habituer à jouer dans sa nourriture, de lui enlever et de lui redonner, explique Angélique Clin. On lui montre que quand on lui enlève un os, on ne fait pas ça méchamment. Ça devient du jeu. »

« Il y a une autre méthode de pensée qui est que lorsque le chien mange, on le laisse tranquille, résume-t-elle. Il ne vient pas jouer dans notre souper quand on mange. Il faut apprendre à ses enfants que lorsque le chien joue avec un os ou qu’il mange, c’est son moment de paix. On évite les potentiels accidents parce que là encore, même si on habitue un chien, ça reste un animal. »

Joanie Dion