En semant la terreur à la Grande Mosquée du chemin Sainte-Foy, le tireur a anéanti un lieu de convergence, a détruit «de précieux moments d’humanité», souligne le président du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah

Alexandre Bissonnette a détruit «de précieux moments d’humanité»

Alexandre Bissonnette a tué six frères, en a blessé cinq autres et a terrorisé une communauté. Et il a anéanti la quiétude d’un lieu qui apaisait tous les cœurs, ont exprimé avec douleur deux leaders de la communauté musulmane.

En arabe, le mot mosquée (Jamâa) signifie «lieu de rencontre». Adulte, enfant, femme, homme, jeune, vieux : tout le monde y est bienvenu. L’aménagement de la mosquée est volontairement simple pour que les fidèles restent humbles devant le Seigneur. 

Après la prière, qui dure environ 10 minutes, les fidèles se regroupent pour prolonger la rencontre. C’est ce qu’ils faisaient dans le sourire et la bonne humeur jusqu’au 29 janvier.

Boufeldja Benabdallah, 70 ans, président du Centre culturel islamique de Québec, a toujours regardé le juge jeudi matin en lisant son témoignage. Mais il a choisi d’adresser sa lettre au meurtrier de 28 ans, assis à deux mètres derrière lui. 

En semant la terreur à la Grande Mosquée du chemin Sainte-Foy, le tireur a anéanti un lieu de convergence, a détruit «de précieux moments d’humanité», souligne M. Benabdallah.

«Vous avez ciblé un lieu sacré et une composante musulmane de la société; sachez que dans mon livre à moi, vous avez accompli un acte terroriste.»

Mohamed Labidi, président du Centre culturel islamique lors de la tragédie, a aussi prononcé le mot terrorisme, qui est sur les lèvres de tous les témoins même s’il ne fait pas partie de l’acte d’accusation d’Alexandre Bissonnette. Prise pour cible dans son lieu de culte, la communauté musulmane a vécu l’attaque comme un acte terroriste, dit M. Labidi. «C’est une pensée fanatique et haineuse qui a nourri l’acte de Bissonnette sur Internet et dans les médias sociaux», souligne M. Labidi.

Sécurisation

M. Labidi a décrit la «course contre la montre» qui s’est enclenchée après le massacre. 

La porte du lieu de prière, jusque là ouverte à tous, a été fermée; les fidèles doivent avoir en tout temps une carte d’accès. Deux gardiens de sécurité ont été embauchés pour rassurer les fidèles durant le Ramadan, le mois saint par excellence pour les musulmans.

L’école coranique a été fermée durant trois semaines. Une vingtaine des 279 élèves ont abandonné la classe.

Les activités communautaires des enfants et des femmes ont été suspendues durant quelques mois.

Malgré toutes ces mesures, la fréquentation de la Grande Mosquée a diminué du tiers après l’attentat.