Alex Harvey tirera sa révérence à la fin de la saison

Alex Harvey tirera sa révérence à la fin de la saison [VIDÉO]

Après avoir laissé la porte entre-ouverte sur la possibilité de poursuivre sa carrière au terme de l’actuelle saison, le fondeur Alex Harvey tirera sa révérence dans quelques semaines. Sa dernière course aura lieu le dimanche 24 mars sur les Plaines d’Abraham, à Québec, devant les siens dans le cadre des finales de la Coupe du monde de ski de fond.

Le verdict de la retraite de ce futur avocat est tombé lors de son récent séjour à Québec survenu à la suite de résultats décevants à ses yeux au Tour de ski et en raison du cafard de la solitude qu’il vivait en Europe.

«Le plan était de l’annoncer après les courses à Québec. J’aime encore le ski de fond, mais seul avec moi-même en Europe, ça coulait moins facilement en début de saison. C’était pas mal clair dans ma tête à mon retour à Québec, j’ai pris le temps de le dire à mes proches et à Louis [Bouchard], mon entraîneur. Je ne savais pas trop comment j’allais me sentir une fois décidé, mais je ne me sens pas différent des autres Championnats du monde auxquels j’ai pris part», expliquait Harvey en entrevue avec Le Soleil, mercredi, une fois la confirmation de sa retraite ébruitée par le Journal de Québec.

L’athlète de 30 ans de Saint-Ferréol-les-Neiges se trouve présentement à Seefeld, en Autriche, où il vivra sa dernière participation aux Mondiaux de la discipline. Un sprint était à l’horaire de la première journée, jeudi.

«J’ai toujours voulu partir au sommet de ma forme. J’aurais pu continuer, mais j’aime mieux arrêter en étant encore dans le coup. Quand tu as connu l’extase de la victoire, personnellement et avec les coéquipiers, ce serait difficile de se voir dégringoler au classement», notait celui qui possède la feuille de route la plus riche du ski de fond au Canada.

Il est quintuple médaillé aux Championnats du monde, l’ayant emporté deux fois (sprint par équipe en 2011 avec Devon Kershaw et 50 km en 2017). Il tentera d’ailleurs de conserver son titre mondial sur cette longue distance, le 3 mars, en conclusion du rendez-vous autrichien.

«Même si j’ai eu quelques courses plus difficiles, je ne pense pas qu’il s’agisse de l’année de trop. J’ai fait un podium cette année, et juste de pouvoir en faire un, ça fait de ma saison un succès. J’ai encore ma place au sommet de la hiérarchie, je suis l’un des prétendants dans les longues distances», ajoutait celui qui compte 27 podiums sur le circuit de la Coupe du monde.

La fin à Québec

Harvey revendique sept victoires en carrière, sa première remontant au 16 mars 2012, à Falun, en Suède, l’a où son père Pierre Harvey l’avait aussi emporté, 25 ans plus tôt. Sa victoire la plus émotive fut certainement la conquête des Plaines d’Abraham à l’occasion d’un sprint disputé devant des milliers de spectateurs à Québec, là où il bouclera la boucle, du 22 au 24 mars. Ski de fond Canada prévoit y souligner son départ et une conférence de presse pour officialiser sa retraite est déjà prévue, le mardi 26 mars.

Sur le site des Mondiaux de Seefeld, la nouvelle de sa retraite n’avait pas circulé à l’extérieur de l’équipe canadienne. Il avait pris le temps d’aviser son ancien coéquipier Kershaw, retraité depuis peu, et il en a aussi jasé la semaine dernière en Italie avec le Suisse Dario Cologna, qui songe à l’imiter bientôt.

Parmi ses projets, Harvey envisage de compléter son baccalauréat en Droit et il se marie, le 22 juin. «Comme mon père, ma mère et mes sœurs, je vais aussi encore faire du sport, c’est dans nos gênes.»

L’heure n’était pas au bilan de carrière ni à l’identification de ses grands moments. «Le plan, c’est d’en vivre un autre dans les prochains jours», disait-il, déjà focalisé sur les objectifs à atteindre à sa dernière participation Championnats du monde.

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«UN ATHLÈTE D'EXCEPTION»

Selon l’entraîneur Louis Bouchard, Alex Harvey est en forme, il est heureux, il est satisfait de sa carrière et il veut finir en beauté. Il n’a pas d’attente au sprint [jeudi] parce qu’il n’a plus 20 ou 21 ans, mais il est dans un pic de performance pour les courses de longues distances [skiathlon de 30 km et le 50 km] comme il a l’habitude de l’être pour ces grands rendez-vous.

«Nous avons encore des courses à faire. On fera un gros party à la fin de la saison», lançait Louis Bouchard, partagé entre la retraite annoncée d’Alex Harvey et le dernier mandat qui attend l’athlète aux Championnats du monde de ski de fond, au cours des 11 prochains jours.

Bouchard a appris la décision d’Harvey il y a à peine une semaine, tout juste avant que l’équipe canadienne ne mette le cap sur Seefeld, en Autriche, pour le dernier grand rendez-vous international d’Alex Harvey.

«Il m’a dit la semaine dernière qu’il quittait à la fin de la saison. Je ne suis pas tombé en bas de ma chaise, je m’attendais à ce que ça penche d’un côté comme de l’autre. Ma plus grande surprise vient plutôt du moment où il a choisi de le dire publiquement, car on pensait tous que la décision se prendrait à la fin de la saison», expliquait Bouchard au Soleil après une réunion d’équipe tenue à Seefeld à la veille de l’ouverture des Mondiaux, jeudi matin.

Bouchard n’a pas eu de discussion avec Harvey sur sa réflexion finale. Selon lui, le récent séjour à Québec du fondeur de 30 ans a pesé lourd dans la balance.

«Le discours qu’on avait à l’intérieur de l’équipe ces dernières semaines, c’était que s’il revenait de Québec en bonne forme, de bonne humeur et qu’il enchaînait les bons résultats, peut-être que ça l’inciterait à continuer. Je ne cache pas que ce fut émotif lorsqu’il me l’a dit. Présentement, je suis à 100 % dans les Mondiaux, ça va sûrement me frapper en pleine face plus tard.»

Bouchard l’admet, il a dirigé l’un des meilleurs fondeurs de sa génération. «Alex est un athlète d’exception, ce fut super plaisant de travailler avec lui pendant toutes ces années», dit-il avec respect et franchise.

Et même si la retraite pointe désormais à l’horizon, il ne doute pas du désir du «Prince» de Saint-Ferréol-les-Neiges de performer à la hauteur de son talent, cette semaine, en Autriche.

«Je ne sais pas s’il se sent libéré d’un poids à la suite de l’annonce, mais il est en forme, il est heureux, il est satisfait de sa carrière et il veut finir en beauté. Il n’a pas d’attente au sprint [jeudi] parce qu’il n’a plus 20 ou 21 ans, mais il est dans un pic de performance pour les courses de longues distances [skiathlon de 30 km et le 50 km] comme il a l’habitude de l’être pour ces grands rendez-vous.»

Les derniers

Pour Bouchard, les présents Mondiaux seront les derniers de l’équipe canadienne avec l’objectif de rivaliser avec les gros canons de la discipline. Du moins, pour plusieurs années, jusqu’à l’arrivée d’un fondeur de la trempe d’Harvey si les Dieux du ski de fond le veulent bien.

«Je vais décanter tout cela après la saison, mais je me préparais à l’idée que notre priorité dans l’avenir serait différente que celle qu’on avait avec Alex. Pendant des années, on pouvait se battre pour la victoire, on sera dorénavant orienté sur le développement», prévoyait l’entraîneur-chef de l’équipe canadienne de ski de fond. À Seefeld, il dirige une équipe complète de cinq hommes et cinq femmes.

Au relais, Harvey y prendra le départ de la première des quatre manches de 10 km. «On aimerait qu’il lègue son relais en tête pour permettre è celui qui le suivra d’utiliser la motivation d’être le meneur, le temps d’un moment», expliquait l’entraîneur.