Alcool au volant: un seuil à 0,05 serait inefficace sans une surveillance accrue

Quand l’Écosse a diminué le taux d’alcoolémie permis au volant de 0,08 à 0,05, à la fin de 2014, tout le monde s’attendait à ce qu’il y ait moins d’accidents mortels sur les routes par la suite. Mais la baisse espérée ne s’est jamais matérialisée, montre une étude récente parue dans la revue médicale The Lancet, qui suggère que les lois de ce type doivent s’accompagner de contrôles plus fréquents et d’une sensibilisation accrue pour être efficaces.

Les auteurs eux-mêmes, menés par l’économiste Houra Haghpanahan de l’Université de Glasgow, semblent s’en étonner puisque des études antérieures avaient trouvé que le risque d’accident fatal s’accroît d’environ 75 % pour chaque 0,02 d’alcoolémie, et que l’abaissement de la limite légale à 0,05 a été associé à une réduction des accidents dans plusieurs pays. Mais ce n’est pas ce qu’ils ont trouvé en Écosse.

En comparant les deux ans qui ont précédé l’entrée en vigueur de la nouvelle loi et les deux ans qui ont suivi, les chercheurs n’ont vu aucun changement dans les nombres d’accidents par semaine. Même en utilisant les données de compteurs de voitures automatiques installés en des dizaines de points en Écosse pour tenir compte de la densité variable du trafic, ils n’ont pas mesuré d’effet protecteur de la limite à 0,05 : les taux d’accident sont demeurés obstinément autour de 7 accidents hebdomadaires par 1000 voitures comptées. (Ces comptes de voiture ne sont qu’un indicateur et n’incluent pas tout le trafic écossais, d’où le taux en apparence élevé.)

Et ils ont eu beau compter tous les accidents ou seulement les plus graves, ou ne s’en tenir qu’aux accidents survenus de nuit et n’impliquant qu’un seul véhicule (où les conducteurs ivres seraient sur-représentés), le seuil à 0,05 ne semble pas avoir eu d’effet.

Pas d’effet

Dans un «commentaire» publié avec l’étude, le criminologue de l’Université de Montréal Étienne Blais et son collègue Pierre Maurice de l’INSPQ indiquent que de manière générale, «l’efficacité des lois sur les taux d’alcoolémie tient principalement à leur caractère dissuasif : les sanctions et les autres conséquences négatives prescrites par la loi devraient décourager les gens de conduire après avoir bu. Selon cette logique, ces lois doivent donc être appliquées et publicisées [pour changer les habitudes des gens]».

Or, notent M. Haghpanahan et ses collègues, la loi de 2014 n’a justement pas fait l’objet d’efforts de surveillance accrus — comme des contrôles routiers plus fréquents. Cela pourrait expliquer l’absence d’effet de la nouvelle limite à 0,05. Il est également possible, supputent-ils, qu’il soit maintenant plus difficile d’améliorer la sécurité routière à cause des gains constants qui ont été faits au cours des dernières décennies.

De la même manière, notent MM. Blais et Maurice, d'autres facteurs peuvent entrer en jeu — par exemple l'absence d'options, comme un système de transport en commun efficace, peut maintenir les vieilles habitudes.

Rappelons que l’idée d’abaisser la limite légale d’alcoolémie au volant à 0,05 est dans l’air depuis longtemps au Québec. Sous Jean Charest, le gouvernement libéral a voulu instaurer des pénalités administratives aux conducteurs pris avec un taux entre 0,05 et 0,08, et le fédéral songe maintenant à changer le Code pénal pour abaisser la limite dans tout le pays.

À la lumière de l’étude de The Lancet, si l’un ou l’autre de nos gouvernements adopte une telle mesure, peut-être faudra-t-il prévoir des fonds pour des barrages routiers additionnels...