Albert Abraham Krespine
Albert Abraham Krespine

Albert Abraham Krespine fuit... et nargue la justice

Trois-Rivières — Le ministère public a entrepris des démarches afin que les procédures judiciaires dans le dossier d’Albert Abraham Krespine, accusé notamment de production et vente illégale de cannabis, se tiennent en son absence puisque ce dernier aurait fui le pays.

Une requête a en effet été déposée par le procureur de la Couronne, Me Julien Beauchamp-Laliberté, afin que les moyens requis soient pris pour la justice ne soit pas retardée par le prévenu qui se serait esquivé délibérément après qu’un juge eut révoqué sa liberté.

La juge Dominique Slater a accédé à cette demande, mercredi, en ordonnant que l’enquête préliminaire se tienne le 19 août. À ce moment, la Couronne devra faire la preuve que Krespine s’est bel et bien esquivé de la justice. Le cas échéant, le juge saisi du dossier pourra alors autoriser la tenue de ladite enquête préliminaire en l’absence du prévenu considérant qu’il a renoncé à son droit d’y assister.

Le suspect est considéré comme le dirigeant de l’Association des consommateurs de cannabis médical du Québec (ACCMQ). Il avait été arrêté une première fois en octobre 2019 pour avoir vendu des franchises de ses boutiques connues sous le nom de 710 ou Th City (dans la région, l’une est située à Shawinigan et l’autre à Trois-Rivières) et d’avoir incité les détenteurs de franchises à produire et à vendre du cannabis sans avoir les autorisations légales de Santé Canada. En décembre, il était de nouveau arrêté pour récidive en semblable matière et bris de conditions. Dans les deux cas, il avait cependant pu reprendre sa liberté sous conditions.

Le ministère public avait alors porté en appel ces deux remises en liberté et obtenu gain de cause en Cour supérieure. Le juge Louis Dionne avait conclu le 24 janvier dernier que sa liberté devait être révoquée et ordonnait qu’il se constitue prisonnier au plus tard le 31 janvier 2020. Il s’était notamment basé sur l’ensemble de la preuve soumise contre Krespine, ses antécédents judiciaires, son profil et sa conduite postérieure aux infractions.

Le 30 janvier, en réponse à une communication du procureur de la Couronne lui indiquant que les dossiers seraient devancés en raison de sa détention à venir, Krespine lui aurait écrit qu’il avait déjà quitté le pays, qu’il avait vendu tous ses biens personnels et qu’il lui souhaitait bonne chance.

Le 3 février, un mandat d’incarcération a donc été émis contre lui pour ne pas s’être constitué prisonnier. Le 5 février, de son plein gré et sans communication préalable, le prévenu aurait écrit ceci au procureur: «Considérant que ça roule en Tabarnac à MTL, les vacances vont être longues et lucratives... Hahaha T’existe même pas à Montréal! Ta pas le Bras assez long on dirait (émoticône d’un bonhomme sourire riant aux larmes) À distance, je vais pouvoir savoir tout ce dont j’ai besoin! Qd j’aurais des charges à MTL, je reviendrais dealer ça... à MTL. Va trouver une journaliste».

Le même jour, lorsqu’il est informé que des mandats d’arrestation et d’incarcération ont été émis contre lui et que la Couronne veut procéder en son absence, il aurait répliqué: «C’est exactement ce que je veux! (émoticône d’un bonhomme sourire envoyant un baiser).

Le 10 février, l’enquête policière permet d’apprendre que Krespine se trouve alors dans la région de Tel-Aviv en Israël. Entre le 8 et le 11 février, l’enquêteur principal au dossier a reçu différents messages textes qui proviendraient du suspect, dont l’émoticône du drapeau israélien. Il aurait aussi écrit: «J’attends mes charges à MTL pis menviens... à Mtl. La loi ce joue des deux bords asti d’amateur!» et «Je suis sur une plage à tt les jours.(...)»

D’autres messages seront envoyés à l’enquêteur dans lesquels le prévenu dit qu’il n’a pas l’intention de comparaître au tribunal et encore moins de se soumettre au mandat d’incarcération.

Le 5 mars, il fait défaut de se présenter devant le tribunal comme demandé.

Le 27 avril, lorsqu’il est informé par la Couronne que celle-ci veut procéder en son absence, il réplique: «Hahahahahahahahahahahahahaha». La police constate aussi qu’il a mis en ligne sur sa page Facebook des vidéos dans lesquelles il dira notamment que les autorités ne l’auront pas. Il aurait aussi déclaré: «C’est de la corruption complètement à Trois-Rivières, sont corrompus au max. Je fais ce que j’ai à faire. On joue le système comme le système te joue. C’est comme ça que ça marche. Une chance que j’ai de l’expérience là-dedans. Hey je suis à 6000 km je fais mon possible. Johnny Walker toujours là.»

En effet, Krespine se décrit lui-même comme le Johnny Walker du cannabis et prétend que sa façon de procéder est légale.

Ainsi, lors de l’enquête préliminaire à venir et qui avait été demandée initialement par la Couronne, le juge devra décider si celle-ci se tient ou non en l’absence du prévenu. Le cas échéant, l’enquête se tiendra et la Couronne pourra présenter une preuve documentaire et faire entendre des témoins. Et si cette preuve est jugée suffisante, le suspect sera alors cité à procès et le dossier sera traité en Cour supérieure. D’autres décisions devront alors être prises si Krespine est toujours absent rendu à cette étape.