Agressions sexuelles en famille: le neveu de l’accusée décrit ce qu’il a subi

Patricia Rainville
Patricia Rainville
Le Quotidien
La femme de Saguenay accusée d’avoir photographié et participé à des agressions sexuelles commises sur sa fille et son neveu par son conjoint aujourd’hui décédé ne se contentait pas seulement de regarder. Masturbation, fellations, pénétration et cunnilingus ; son neveu a témoigné de la participation de sa tante aux ébats sexuels, qui ont duré des années, pendant la semaine de relâche scolaire et les vacances d’été. La Couronne, qui demandait une peine de cinq ans de pénitencier, a revu sa demande à la hausse de deux ans, en raison du témoignage du jeune homme.

Il faut se remettre en contexte pour bien comprendre les nouveaux éléments d’enquête dévoilés en salle d’audience, mercredi, au Palais de justice de Chicoutimi.

Il y a quelques années, en héritant de la maison de son père, un individu du Saguenay est tombé sur des photos datant d’une quinzaine d’années et identifiées sous le nom de « famille porn ». Un total de 244 images, montrant des relations sexuelles entre un homme et deux enfants d’une dizaine d’années, ainsi qu’une femme participant à certaines actions, ont été découvertes et remises à la police.

Le ministère public avait déposé des accusations contre la femme en raison de ces photographies, mais la justice n’a jamais pu suivre son cours avec l’homme, puisqu’il est mort il y a quelques années.

Ces scènes pornographiques avaient été réalisées dans un contexte familial et l’accusée, qui avait plaidé coupable, est la mère d’une victime et la tante de l’autre.

En découvrant ces photos, les enquêteurs avaient contacté les deux victimes qu’on y voyait, mais ni le jeune homme ni la jeune femme ne voulaient témoigner en cour. La Couronne avait toutefois suffisamment de preuves pour porter des accusations, en raison des nombreuses photographies.

La femme avait plaidé coupable, mais lors des observations sur la peine, la défense et les proches de l’accusée plaidaient que la femme, qui possède un quotient intellectuel de 70, selon une évaluation psychologique, obéissait aux volontés de son conjoint et qu’elle était forcée de commettre de tels gestes. La défense demandait une peine de deux ans de prison à purger en collectivité, alors que la Couronne avait plaidé pour une peine de cinq ans de pénitencier. C’était l’hiver dernier.

C’est en lisant des articles du Quotidien traitant des plaidoiries des avocats que le neveu avait finalement décidé de s’impliquer. Constatant que la femme se déresponsabilisait des gestes posés, il a accepté de livrer un témoignage aux policiers, il y a quelques mois. La Couronne avait demandé à ce que la preuve soit rouverte, afin d’y ajouter ce témoignage, considéré comme très important en vue de la détermination de la peine. Le juge de la Cour du Québec, Michel Boudreault, avait accepté.

Ce témoignage vidéo, d’une durée de 1 h 45, a été diffusé en salle de cour, mercredi, au Palais de justice de Chicoutimi.

« L’article m’a fait remonter des souvenirs », a laissé tomber le jeune homme.

Celui-ci est revenu sur ces agressions, qui ont commencé lorsqu’il avait 5 ans, alors qu’il était en vacances chez sa tante et son conjoint.

Il a parlé de gestes qui ont débuté avec le conjoint, des gestes qu’il a qualifiés de « doux », comme prendre sa douche avec lui. C’est au fil du temps que les actions indécentes se sont aggravées, notamment des actes de masturbation.

Le jeune adulte a témoigné que sa tante y participait régulièrement, allant jusqu’à lui faire des fellations, alors qu’il avait sept et huit ans, et à le forcer à lui faire la même chose. La victime a décrit des gestes de cunnilingus et de pénétration entre lui et sa tante, tout en affirmant que sa mère (la sœur de l’accusée) était au courant des abus. « Ma mère était dans le décor, elle s’en foutait », a déclaré la victime.

Il a également raconté ce que lui avait fait subir le conjoint de sa tante, qu’il considérait comme un père à cette époque. Il a expliqué que ces actes n’avaient jamais été un secret dans la famille. Il a précisé que sa tante était très au fait de la situation, puisque les ébats se déroulaient la porte ouverte ou dans le salon et qu’elle s’y joignait régulièrement.

Devant ces nouveaux éléments, la Couronne, représentée par Me Marie-Christine Savard, a ajouté deux ans à la peine qu’elle avait réclamée précédemment. Elle demande maintenant au juge Michel Boudreault de sentencier la femme à sept ans de pénitencier.

De son côté, le procureur de la défense, Me Nicolas Gagnon, continue de demander une peine de deux ans à purger dans la collectivité, notamment en raison de la santé précaire de sa cliente et de son faible quotient intellectuel. Précisons également que le criminaliste n’a pas pu contre-interroger la victime, puisqu’il s’agissait d’une déclaration vidéo. 

L'accusée n'a jamais témoigné au cours des procédures judiciaires. Elle avait toutefois lu un texte dans lequel est se disait désolée. 

Le juge Michel Boudreault a pris la cause en délibéré. Il rendra sa décision le 8 octobre prochain.

Il nous est interdit de divulguer l’identité de la femme, en raison d’une ordonnance de non-publication visant à protéger les victimes.