L’ex-médecin Vincent Nadon a reçu une peine de huit ans de pénitencier au terme de son procès pour voyeurisme et agression sexuelle au palais de justice d’Ottawa, mercredi.

Agression sexuelle et voyeurisme: le Dr Nadon plaide coupable

Un médecin d’Ottawa a avoué avoir commis un «grave abus de confiance» envers une cinquantaine de patientes, pendant près de 30 ans, en les filmant à leur insu lors d’examens médicaux nécessitant le dévoilement de leurs seins ou de leurs parties intimes. L’affaire, unique dans la jurisprudence canadienne en raison du nombre de victimes, vaut une peine de huit ans de pénitencier au Dr Vincent Nadon.

Le médecin de 57 ans était pourtant apprécié de ses patientes. Son comportement professionnel, en apparence, incitait les femmes à lui confier des renseignements très sensibles, délicats, vitaux.

Devenu médecin à l’âge de 23 ans, Vincent Nadon a rapidement dévié de son serment d’Hippocrate, dès le début des années 90.

Cachée quelque part, une caméra enregistrait ses séances avec des patientes. L’appareil était placé de façon à saisir les images des parties intimes ou des seins, lors de Tests Pap ou d’examens mammaires.

Mercredi, la juge Julie Bourgeois a accepté la proposition conjointe de la procureure de la Couronne, Me Meghan Cunningham, et de l’avocat de la défense, Me Dominic Lamb, au palais de justice d’Ottawa.

Elle a imposé une peine de huit ans au médecin déchu, qui a plaidé coupable.

La magistrate a rappelé quelques faits troublants, comme une séance dans laquelle le médecin a incité une femme à faire bouger ses seins, près de la caméra cachée, ou cet autre instant, où il a tâté les mamelons d’une patiente sans raison apparente. Selon l’enquête, le médecin a pratiqué des examens mammaires et des manipulations vaginales alors que ce n’était pas nécessaire, du point de vue clinique.

La juge Bourgeois s’est adressée à de nombreuses victimes, présentes dans la salle, en leur souhaitant «toute la résilience possible». 

Une quinzaine d’entre elles s’est adressée au tribunal et à l’accusé (voir ci-bas). 

La magistrate a retenu la quantité phénoménale de victimes, au moins 49, la gravité des 14 chefs d’agression sexuelle et de voyeurisme, mais surtout la perpétration de tels gestes sur des personnes vulnérables, par un individu en très haute position d’autorité.

«Ce cas est assez unique, a déclaré Me Cunningham. On parle de 49 femmes... Nous n’avons pas trouvé de jurisprudence qui se rapproche de cela.»

Me Lamb a concédé qu’il s’agissait d’un «grave abus de confiance» de la part de son client, qui s’est adressé à ses clientes lésées avant de recevoir sa peine.

«Mes gestes sont inexcusables, a dit l’ex-médecin, dans le box des accusés. Vous avez raison d’être profondément blessées. Je prends l’entière responsabilité de mes gestes. Je suis motivé à obtenir toute l’aide nécessaire qui m’aidera à comprendre pourquoi je suis arrivé ici. J’ai honte et je regrette amèrement.»

Le médecin a été radié automatiquement par le Collège des médecins de l’Ontario.

L’affaire a éclaté en janvier dernier, lorsqu’une patiente a aperçu le téléphone en mode enregistrement, caché dans la salle d’examens de la Clinique de services de santé de l’Université d’Ottawa. Elle a alors vu la totalité de son examen médical sur l’écran du iPhone.

Dans les heures suivantes, Vincent Nadon aurait largué un disque dur dans un conteneur d’une épicerie de Chelsea, en Outaouais, avant d’être arrêté pour voyeurisme et agression sexuelle.

La police d’Ottawa a pu récupérer un autre disque dur et le contenu du téléphone du suspect.

De sombres intentions médicales

Elles se sont senties violées.

Filmées en cachette pendant qu’elles retiraient leurs vêtements, pendant que le docteur leur touchait les seins, ou pendant qu’il entreprenait un examen gynécologique sous un prétexte médical. Prises pour objets de perversion, croyant toutefois que leur médecin était digne de la plus grande confiance.

Au moins 49 patientes de l’ex-docteur Vincent Nadon ont ainsi été flouées pendant près de 30 ans.

L’une d’elles s’est adressée au tribunal, devant lequel l’agresseur a plaidé coupable d’agression sexuelle et de voyeurisme, mercredi, à Ottawa.

« Je me suis sentie violée lorsqu’un enquêteur de la police d’Ottawa m’a montré les images — de moi, nue — en train d’être touchée, ‘examinée’ par le Dr Nadon. »

Cet état d’esprit est partagé par toutes les femmes qui ont collaboré à l’enquête.

Une autre ne pouvait pas croire ce qu’elle entendait à la radio. Son médecin était arrêté pour de tels crimes. Elle ne le savait pas encore, mais elle comptait au nombre des victimes.

Une autre, prise au piège il y a 25 ans, a livré un témoignage puissant, devant le même tribunal. 

« Je veux m’excuser auprès des autres femmes. Cela m’est arrivé il y a 25 ans », dit celle qui a été victime du même homme dans les années 90. Elle croyait être la seule. « Si j’avais parlé... J’ai le sentiment que cela aurait pu éviter à d’autres femmes (de vivre une telle situation). J’essaie de me pardonner. »

Les autres femmes n’ont pas semblé lui en vouloir, dans la salle d’audience.

Elles ont multiplié les témoignages.

« J’ai donné des renseignements ‘ultras’ personnels à cet homme », dit une autre.

« Dans quel but avez-vous filmé tout cela ? a demandé une femme en larmes. Avez-vous envoyé ces images ailleurs ? Surgiront-elles un jour sur Internet ? »