Évelyne Mavoungou-Tsonga et Jean-Claude Moukoko, les parents de l’adolescent mort noyé dans une piscine municipale pendant un cours d’éducation physique, et leur avocat Jean-Pierre Ménard

Ado noyé à la piscine: la famille poursuit la commission scolaire et Montréal

La famille de l’adolescent montréalais qui s’était noyé dans une piscine municipale pendant un cours d’éducation physique, l’hiver dernier, intentera une poursuite civile contre la commission scolaire de Montréal (CSDM) et la Ville, pour négligence.

La mère de Blessing Claude Moukoko, Évelyne Mavoungou-Tsonga, a déclaré mercredi matin qu’elle espérait que cette poursuite permettrait d’éclaircir les circonstances de cet accident qui lui a ravi son fils de 14 ans, et d’éviter à d’autres familles le cauchemar de perdre un enfant.

«Ce fut un choc d’apprendre que personne ne pouvait s’occuper de mon fils quand tout le monde savait qu’il n’aimait pas l’eau», a-t-elle déclaré en conférence de presse, mercredi matin. «Il ne savait pas nager; il voulait juste apprendre.»

L’avocat Jean-Pierre Ménard, qui s’occupe de la poursuite, a d’ailleurs souligné ce manque «de distinctions entre ceux qui savaient nager et ceux qui ne savaient pas».

Le rapport du coroner, publié mardi, a révélé que le garçon avait passé 38 minutes au fond de la piscine sans que personne ne s’en rende compte, pendant un cours d’éducation physique de l’école Père-Marquette, dans l’arrondissement Rosemont-La-Petite-Patrie, le 15 février.

Le coroner Louis Normandin souligne également que l’enseignant — un substitut ce jour-là — n’avait pas la formation requise, selon les normes provinciales. La maître-nageuse en fonction à la piscine municipale a donc dû également se charger d’assister l’enseignant pour le cours de natation. Le rapport suggère un manque inquiétant de supervision ce matin-là à la piscine, et recommande que les cours de natation dispensés dans le cadre du programme scolaire soient mieux gérés.

Le coroner recommande aussi que les enseignants d’éducation physique suivent une formation obligatoire minimale s’ils doivent dispenser le cours de natation, et qu’un maître-nageur assure en plus une surveillance constante pendant ces cours.

Le docteur Normandin a affirmé mardi que personne n’avait eu de mauvaises intentions dans ce drame, mais à son avis, le cours de natation devrait être dispensé par «ceux qui sont jugés compétents» pour le faire. Il a même recommandé que ces cours soient suspendus si ces conditions ne peuvent être remplies.

Une «faute civile»

Ce n’est pas le rôle du coroner de déterminer les responsabilités, a admis mercredi Me Ménard, mais «nous, on peut facilement conclure qu’il s’agit de négligence, un manquement grave à des obligations de prudence et de surveillance de la part de la commission scolaire». Pour l’avocat, il s’agit clairement d’une faute civile de la part de la commission scolaire, mais aussi de la Ville, puisque le drame est survenu dans une piscine municipale voisine de l’école secondaire.

La poursuite sera intentée «dans les jours ou semaines qui viennent», puisque l’enquête du cabinet se poursuit, notamment à la lecture du rapport du coroner, a indiqué l’avocat. Me Ménard n’a pas évoqué de montant réclamé pour dommages «considérables» dans cette poursuite. «On ne peut pas mettre une somme d’argent sur le décès d’un enfant : ça n’a pas de prix, a-t-il dit. Mais le droit met une valeur là-dessus.»

Mercredi, Mme Mavoungou-Tsonga et le père du garçon, Jean-Claude Moukoko, ont déclaré que toute la famille avait encore du mal à comprendre comment cette tragédie avait pu se produire. Les parents de Blessing l’ont décrit comme un garçon intelligent et sportif, qui aimait faire du sport en général — mais qui avait peur de l’eau.

«Comment est-ce possible : un enfant qui va à l’école et qui ne revient plus», a demandé la mère, en larmes. «Toute ma vie a basculé, c’est un cauchemar, c’est à peine croyable : j’ai mal partout, je ne peux rien faire, je suis présentement en arrêt maladie, incapable de dormir, des images de l’enfant qui défilent tous les jours, chaque heure, toutes les nuits.»

Me Ménard a soutenu que de nombreuses questions demeuraient encore sans réponse dans cette tragédie, même après la publication du rapport du coroner. Il a indiqué que les demandes d’information auprès de l’arrondissement avaient été bloquées, et ces requêtes sont présentement en révision devant la Commission d’accès à l’information. La famille espère notamment avoir accès à la vidéo de surveillance visionnée par le coroner Normandin.

L’oncle de Blessing, Jean-Pierre Metabanzoulou, a par ailleurs déclaré mercredi que la famille avait l’intention de créer, au nom du garçon, une fondation afin que les jeunes puissent profiter de sports et d’activités dans un environnement sécuritaire.