Gilbert Rozon était présent en Cour d’appel jeudi, à Montréal.

Action collective des Courageuses c. Rozon: la Cour rendra jugement plus tard

MONTRÉAL — Le fondateur de Juste pour rire, Gilbert Rozon, devra patienter avant de savoir si les «Courageuses», un groupe de femmes qui l’accusent de harcèlement et d’agressions sexuelles au cours des années, pourra aller de l’avant avec son action collective.

Jeudi matin, après avoir entendu son avocat et celui des femmes, la Cour d’appel a pris en délibéré le sort de cette action. Elle rendra donc jugement ultérieurement.

L’ex-magnat de l’humour et plusieurs des femmes qui l’accusent se sont donc retrouvés dans la même pièce, le temps de cette audition en Cour, à Montréal.

Cette action collective — un recours de nature civile et non criminelle — avait été autorisée par le juge Donald Bisson de la Cour supérieure en mai 2018. Cela faisait en sorte qu’elle pouvait procéder et cheminer vers le procès. Insatisfait de ce jugement, M. Rozon l’a porté en appel.

Me Raymond Doray, l’un des avocats de l’ex-producteur, a donc tenté tout au long de la matinée de le faire casser.

Il s’est insurgé contre la façon de procéder des Courageuses, qui a pour objectif, dit-il, de faire déclarer que Gilbert Rozon est un «prédateur» qui fonctionne avec un système bien rodé. Ces femmes croient que de lui faire apposer cette étiquette va faciliter leur preuve, a ajouté le procureur.

Outre Patricia Tulasne, qui est la représentante du groupe, on ne peut identifier les autres femmes.

Gilbert Rozon, élégant dans un complet bleu royal, a écouté les plaidoiries des avocats entouré de ses proches, assis près de lui dans la salle. De l’autre côté du corridor séparant les rangées de sièges se trouvaient plusieurs femmes faisant partie de l’action, dont certaines secouaient la tête en entendant des arguments de Me Doray.

Ces femmes veulent le poursuivre pour lui réclamer des dommages pour le harcèlement et les agressions qu’elles disent avoir subis. Selon elles, M. Rozon aurait fait au moins 20 victimes sur une période de 34 ans, de 1982 à 2016, ce que réfute fermement le producteur. Outre Patricia Tulasne, qui est la représentante du groupe, on ne peut identifier les autres femmes. Elles réclament quelque 10 millions $ en dommages punitifs, en plus des dommages moraux et pécuniaires.

Les accusations des Courageuses n’ont pas encore subi le test des tribunaux.

«Moi, j’ai cessé d’avoir peur», a calmement déclaré jeudi Mme Tulasne, dans le hall de la Cour d’appel. «Je suis sûre du bien-fondé de nos revendications.»

Pour faire casser cette autorisation de poursuite, Me Doray a fait notamment valoir devant le banc de trois juges que le juge Bisson semble avoir voulu faciliter la dénonciation d’actes d’agression sexuelle. Un objectif qu’il qualifie de «louable», mais qui est étranger aux critères d’autorisation de l’action collective, dit-il.

Il a aussi plaidé que l’action collective contre son client est née dans la foulée du phénomène social de dénonciation #MeToo. Mais ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un «mouvement collectif» qu’il justifie une «action collective», dit-il.

Me Doray estime qu’il n’y a pas de lien entre les gestes reprochés à son client par les différentes femmes, ni entre les femmes du groupe, ni entre leurs situations respectives. Bref, il n’y a rien de commun qui permettrait à ces femmes de constituer «un groupe». 

Gilbert Rozon fait aussi l’objet d’accusations criminelles pour viol et attentat à la pudeur sur une femme, des gestes qui seraient survenus à la fin des années 1970.

Il n’a pas voulu répondre aux questions des journalistes jeudi.