Jérémie Perron a changé son apparence depuis son incarcération. Il s’est notamment laissé pousser la moustache.

Accusé d'agression sexuelle, il a été trahi par un mégot

Comme dans les films policiers, Jérémie Perron, présumé agresseur sexuel de Kénogami, a été trahi par un mégot de cigarette. Les enquêteurs de Saguenay ont été en mesure d’y relever un échantillon d’ADN et ont obtenu une correspondance avec celui du sperme retrouvé sur la victime.

L’individu de 25 ans, de Jonquière, a tenu son enquête de remise en liberté (lire autre texte), mercredi, devant le juge Michel Boudreault, de la Cour du Québec. Il est accusé d’introduction par effraction et d’agression sexuelle sur une jeune fille de 17 ans.

L’agression se serait produite dans la nuit du 14 au 15 juillet 2018, mais l’arrestation de Perron n’a eu lieu que le 14 décembre dernier. Me Nicole Ouellet, procureure de la Couronne, explique que les enquêteurs n’avaient pas envisagé qu’il pouvait s’agir d’une personne de l’entourage de la victime.

« Plusieurs recherches ont été faites, mais les enquêteurs cherchaient quelqu’un qui parlait anglais. Après plusieurs mois où ça n’avançait pas, d’autres personnes ont jeté un nouveau regard sur le dossier et ont commencé à s’intéresser aux gens de l’entourage. »

« La victime avait mentionné que l’agresseur avait le même rire et les mêmes mains que l’une de ses connaissances. Les enquêteurs ont demandé, sur une base volontaire, un échantillon d’ADN, aux personnes proches. Une seule a voulu retarder le processus », a mentionné Me Ouellet.

Munis d’un mandat de perquisition, les policiers ont suivi Perron jusqu’au bureau de son médecin. Un enquêteur a discuté avec lui avant la visite et a pu ramasser un mégot de cigarette jeté par Perron.

Une analyse urgente de l’ADN a permis de découvrir que cela correspondait à celui trouvé sur les lieux du crime.

Nuit horrible

Dans sa déclaration aux policiers et selon la preuve, la présumée victime a indiqué s’être réveillée vers 2 h du matin et a aperçu un homme près d’elle. Elle s’est mise à crier.

Il s’est exprimé en anglais et a parlé de sa famille pour la rassurer.

Perron a attaché les mains de la victime avec une corde et lui a mis un sac en tissu sur la tête.

Après lui avoir léché les seins et le vagin, l’agresseur lui a enlevé son pantalon.

« Don’t viole me », aurait lancé la victime à son agresseur.

« Peur, pénis, vagin, je ne ferai pas ça », a rétorqué Perron, dans un anglais approximatif.

Selon la preuve, il a masturbé la jeune fille, lui a pris les seins et a amené la victime à le masturber.

« Il a même mis son pénis dans la bouche de la plaignante. Elle a paniqué et elle ne voulait pas. »

« Elle a dû lui faire une fellation et lorsqu’il a dit qu’il était pour venir, elle a craché et vomi. La plaignante a vomi à trois reprises durant l’agression. Lui, il lui poignait les fesses pendant qu’elle vomissait », a précisé Me Ouellet, sous le regard froid de l’accusé.

Durant la nuit, la victime a appelé sa sœur pour être rassurée, mais celle-ci l’a amenée à l’hôpital. Une plainte a été portée.

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UNE THÉRAPIE FERMÉE DE 21 SEMAINES DEMANDÉE

Jérémie Perron pourrait être remis en liberté afin de suivre une thérapie fermée de 21 semaines, car la défense estime que ça ne mettrait pas la sécurité du public en danger et ne brimerait pas la confiance que le public peut mettre en la justice.

Me Nicolas Gagnon, avocat en défense, ajoute même qu’il n’est pas convaincu de la culpabilité de son client, car celui-ci n’a jamais été identifié officiellement. « La preuve de l’identité de l’accusé (ADN) demeure fragile, car il s’agit d’une preuve scientifique faible et qui n’est pas infaillible », estime-t-il.

Me Nicole Ouellet, de la Couronne, prétend plutôt que la preuve d’identification est très forte et que la preuve du comportement post-événement de Perron est aussi solide.

Le juge Boudreault doit déterminer si la remise en liberté de l’accusé pourrait faire en sorte d’ébranler la confiance du public en l’administration de la justice en raison des graves accusations.

« La gravité de l’accusation est là. Elle se trouve tout juste en dessous de l’accusation de meurtre. Une invasion de domicile et une agression sexuelle, c’est grave. Mon client encourt aussi une peine sévère et les circonstances de l’accusation sont importantes. Les délais pour un procès, possiblement devant jury, et la décision de la Cour pourraient s’étirer sur 24 mois », convient Me Gagnon, qui croit que son client ne doit pas rester incarcéré tout ce temps.

« Je crois que l’on peut envoyer mon client dans une thérapie fermée de 21 semaines, avec une possibilité de la prolonger de six mois. Ça permettrait d’assurer la sécurité du public. Et à sa sortie, il sera assigné à domicile 24 heures sur 24 et à l’endroit où il se trouvera, à Saint-Ambroise, il sera assez loin de Saguenay », estime le procureur en défense.

Du côté de la Couronne, Me Ouellet croit que l’accusé doit demeurer sous les verrous en raison des probabilités de condamnation et d’une peine sévère. 

« Contrairement à Me Gagnon, j’estime que notre preuve d’identification est très forte. Il faut aussi tenir compte du comportement de l’individu après les événements où il est devenu nerveux. Il a collaboré pour l’ADN en disant qu’il fournirait une prise de sang faite par sa mère infirmière », indique la procureure de la Couronne.

En plus de la thérapie à la Maison Jean-Lepage, de Trois-Rivières, la défense offre un montant de 2000 $ avec dépôt de la part de la mère de l’accusé et une garantie, sans dépôt, de 25 000 $. 

Perron croit que la thérapie lui permettra de vaincre ses démons et sa problématique de consommation. Il a ajouté que les outils obtenus à la thérapie l’aideront ensuite à passer au travers des moments difficiles. Le juge rendra sa décision jeudi après-midi.