Mgr Noël Simard, président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, et le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec et vice-président de l’Assemblée des évêques, ont fait une mise à jour des mesures mises en place pour contrer les abus sexuels dans l’Église.

Abus sexuels: les évêques prônent la transparence

TROIS-RIVIÈRES — Les diocèses vont vérifier les antécédents judiciaires de leur personnel et de leurs bénévoles, a indiqué, mardi, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, lors d’un point de presse, à Trois-Rivières, portant sur les mesures prises pour contrer la problématique des abus sexuels dans l’Église.

«On se prépare à passer à une autre étape: la vérification de tous les antécédents judiciaires de tout notre personnel: le nouveau mais aussi celui qui est là depuis longtemps», explique le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de Québec et vice-président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec.

Est-ce que les prêtres vont aussi se plier à cette mesure? «Même l’évêque!», a répondu du tac au tac le cardinal Lacroix.

Le processus est déjà enclenché à certains endroits. Cela faisait d’ailleurs partie des 69 recommandations d’un rapport publié en 2018 par la Conférence des évêques catholiques du Canada sur la protection des mineurs contre les abus sexuels. Certains bénévoles de longue date sont parfois offusqués qu’on leur demande de montrer patte blanche, mais selon Mgr Noël Simard, président de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec, le résultat de cette démarche sera assurément positif. Il présente l’exemple du diocèse de London qui est passé par ce processus. «Le diocèse de London a affirmé que c’était vraiment une réussite. Au bout de la ligne, ça crée tout un élan de confiance auprès des communautés, des sociétés», souligne-t-il.

Il s’agit d’une des mesures qui envoient le signal à la population que l’Église tient à instaurer un climat de confiance et que la transparence en est un élément essentiel, selon les évêques. «Je pense que ce qui a beaucoup choqué dans la société, ç’a été le camouflage, le cover-up», note Mgr Simard.

Toujours dans cette optique de transparence, les évêques ont assuré qu’il n’y a pas de deuxième chance pour les abuseurs. «Dès que nous avons des allégations crédibles, nous retirons immédiatement cette personne, qu’il soit prêtre, diacre ou agent pastoral. (...) On le fait déjà depuis longtemps. C’est tolérance zéro. S’il y a des allégations crédibles, vous n’avez plus le droit d’exercer votre ministère nulle part», assure le cardinal Lacroix.

Réunis en assemblée plénière, les évêques ont voulu tenir ce point de presse pour faire connaître les divers moyens entrepris pour aider les victimes et éviter que de tels drames ne se reproduisent. «Nous sommes en mode action», lance Mgr Simard. «Il y a beaucoup de travail qui se fait dans tous les diocèses, et nous voulons faire connaître ce travail», ajoute-t-il.

Il est notamment question de la mise en place dans les diocèses d’une ligne téléphonique et d’une adresse courriel pour des victimes qui voudraient se confier. Un comité-conseil a aussi été instauré pour accueillir et écouter les personnes qui en ressentent le besoin. Un accompagnement psychologique et thérapeutique peut aussi être offert. «(...) c’est d’abord notre priorité numéro un: les victimes, pour les accueillir, les accompagner, leur offrir des services de thérapie, des services psychologiques, pour dépasser les traumas que ces personnes ont pu connaître à cause de ces abus», mentionne Mgr Simard.

Les évêques souhaitent aussi favoriser la collaboration avec les autorités civiles et judiciaires notamment en encourageant les victimes à dénoncer. La formation et la prévention sont aussi au coeur de ce processus.

Mais les victimes ont été nombreuses au cours des années et des liens ont été rompus. «Il y a une confiance à rebâtir, et ça c’est long», admet le cardinal Lacroix.

Reste à voir si la prise de conscience de l’Église portera ses fruits. «L’Église catholique a vraiment pris au sérieux cette question, et nous sommes proactifs pour faire en sorte que nous ne vivions plus jamais ces erreurs du passé», affirme le cardinal Lacroix.