Marc Bastien a pu bénéficier d’une absolution inconditionnelle.
Marc Bastien a pu bénéficier d’une absolution inconditionnelle.

Absolution inconditionnelle pour Marc Bastien qui a admis avoir frappé l’agent de sécurité qui avait poussé son père

TROIS-RIVIÈRES — En raison des circonstances exceptionnelles entourant la mort de Guy Bastien au Centre d’hébergement et de soins de longue durée Roland-Leclerc, son fils Marc Bastien a pu bénéficier d’une absolution inconditionnelle après avoir plaidé coupable à un chef de voies de fait causant des lésions à l’agent de sécurité qui aurait poussé son père.

Par le fait même, il s’en tire sans casier judiciaire. Le juge Jacques Lacoursière s’est en effet rangé aux arguments de la procureure de la Couronne, Me Julie Forget, et de l’avocat de la défense, Me David Edmunds, qui suggéraient tous deux cette absolution. «C’est la décision la plus juste dans les circonstances», a-t-il indiqué, tout en prenant soin de rappeler à Marc Bastien qu’il s’agissait cependant d’une mesure d’exception. Interrogé à savoir s’il avait quelque chose à dire avant le prononcé de la sentence, Marc Bastien a pour sa part insisté sur le fait que l’agent de sécurité n’avait rien à craindre et qu’il n’était pas en danger. «Je lui reproche de ne pas avoir admis ce qu’il a fait mais je reconnais que je n’aurais pas dû agir de la sorte avec lui», a-t-il déclaré.

Outre les circonstances de l’infraction, le tribunal a aussi tenu compte de son absence d’antécédents judiciaires, du fait qu’il est un actif pour la société et du don de 500 $ qu’il a fait à CAVAC.

Rappelons d’emblée les événements en cause: le 29 novembre 2019, l’agent de sécurité du CHSLD doit intervenir pour ramener à l’ordre Guy Bastien, un homme de 82 ans souffrant d’Alzheimer. Selon ce qu’a expliqué à la cour Me Forget, il était agressif et importunait des patients.

Alors que l’agent de sécurité tentait de le ramener dans sa chambre, il y a une altercation entre les deux hommes. L’octogénaire est tombé et s’est cogné la tête au sol. La famille Bastien a alors été contactée par un médecin. Marc Bastien s’est immédiatement rendu sur place voir son père et l’a retrouvé seul dans sa chambre, en situation de détresse. Le pauvre homme saignait et vomissait.

Marc Bastien est sorti de la chambre en courant pour réclamer de l’aide. Il a alors croisé l’agent de sécurité. Les images captées par une caméra de surveillance le montrent en train de foncer sur l’agent de sécurité et le pousser. Ce dernier, âgé de 73 ans, est d’ailleurs tombé sur une chaise. Il y a ensuite eu un échange de coups tandis que l’agent essayait de se défendre. En bout de ligne, il a subi une contusion au visage et une entorse cervicale.

Le décès de Guy Bastien est survenu deux jours plus tard à la suite d’une fracture du crâne et d’une hémorragie cérébrale, ce qui a eu pour conséquence d’aggraver la santé psychologique de l’agent au point où il a dû arrêter de travailler, étant traumatisé par ce drame.

Une accusation de voies de fait causant des lésions avait donc été portée contre Marc Bastien mais par voie de procédure sommaire, ce qui en diminue la gravité au sens de la loi. C’est à cette infraction qu’il a plaidé coupable lors de son retour devant le tribunal jeudi. Quant à l’agent, aucune accusation n’a été portée contre lui puisqu’il était en fonction et qu’il a agi par légitime défense.

Dans sa plaidoirie, Me Edmunds a insisté sur le fait que son client est un enseignant et un conseiller municipal de Saint-Étienne-des-Grès. «Sa fiche de route professionnelle et communautaire est impressionnante», a-t-il déclaré. Il a d’ailleurs déposé des lettres de référence au juge dont une signée par l’ancien député Marc H. Plante. Toujours selon Me Edmunds, il en va de l’intérêt véritable de Marc Bastien d’avoir une absolution pour poursuivre sa carrière politique et voyager.

Le juge a cependant rappelé que l’accusation de voies de fait causant des lésions corporelles demeure sérieuse même si elle a été portée par voie sommaire. Il a ainsi tenu compte des conséquences subies par l’agent de sécurité, tant par les coups qu’il a reçus de Marc Bastien que par le décès de Guy Bastien.

En ce sens, le juge Lacoursière a rappelé à Marc Bastien que la victime, âgée de 73 ans, ne faisait pas le poids contre lui et que le combat était donc inégal. «Vous vous êtes fait justice vous-même et ce n’était pas une bonne idée», a-t-il précisé.

D’un autre côté, à titre de facteurs atténuants, il s’est dit conscient que l’accusé avait agi sur le coup de l’émotion et que sa frustration et sa colère pouvaient être compréhensibles après avoir retrouvé son père dans cet état, sans pour autant que les coups portés ne soient justifiés. «Ce sera aux instances concernées de déterminer ce qui s’est réellement produit avec votre père», a-t-il précisé.

On sait que la famille a réclamé qu’une enquête publique soit faite sur les circonstances entourant le décès de Guy Bastien. Une demande a d’ailleurs été faite au Bureau du coroner. Une réponse est toujours attendue.

À sa sortie du tribunal, Bastien s’est certes dit soulagé que le processus judiciaire devant la Cour criminelle soit terminé pour lui. Cependant, le dossier relié à la mort de son père est encore loin d’être terminé. «C’est un cauchemar qui revient constamment», a-t-il dit avec les sanglots dans la voix. «Je continue à dire que je n’accepte pas la façon dont mon père est décédé. En plus, il y a trop de contradictions dans cette affaire», a-t-il conclu.

Ce décès a en effet soulevé des interrogations sur la formation et le travail des agents de sécurité auprès de cette clientèle spécifique et sur les raisons pour lesquelles M. Bastien n’a pas été conduit au centre hospitalier avant l’intervention de son fils.