Absolution conditionnelle pour un jeune du Séminaire des Pères Maristes

Un premier jeune accusé de leurre du Séminaire des Pères Maristes a pu bénéficier d’une absolution conditionnelle. Les représentations sur la peine ont été l’occasion de mesurer le «climat malsain» qui s’était installé dans l’école privée, où la transmission des photos osées de jeunes filles impliquait bien d’autres jeunes que les cinq garçons et les trois plaignantes visés par le processus judiciaire.

Éric* est le premier élève des Maristes à avoir plaidé coupable en octobre à une accusation de leurre d’une copine. Il ne fréquente plus l’école secondaire de Sillery.

Après la semaine de relâche, en mars 2018, Éric s’est mis à demander avec insistance des photos à Mélissa*, étudiante en première secondaire qu’il connaissait bien. Le jeune qui avait à ce moment 13 ans a aussi obtenu une vidéo où la jeune fille exhibait ses parties génitales.

La Couronne et la défense se sont entendues pour suggérer à la juge Sylvie Côte de la Cour du Québec d’accorder à l’adolescent une absolution conditionnelle à un don de 350 $ à l’organisme SOS Suicide Jeunesse. Éric a accumulé des économies grâce à des cadeaux et à des travaux de pelletage.

Le jeune homme devra aussi se soumettre durant les trois prochains mois à une séance de conciliation avec la jeune plaignante, qui a aussi changé d’école. Les deux adolescents sont volontaires pour cette rencontre, a précisé le procureur de la Couronne. «Mélissa a hâte de voir son visage lorsqu’il va réaliser qu’il y a eu des conséquences, ajoute Me Hugo Breton. Qu’un adolescent s’excuse à elle, je suis certain qu’elle va apprécier.»

La rencontre de médiation sera parrainée par un organisme de justice alternative.

Éric a manifesté des remords sincères et de l’empathie envers la plaignante, a souligné le procureur de la Couronne. Le jeune homme, qui a aujourd’hui 14 ans, a été parfaitement encadré par ses parents. Les parents ont désapprouvé les gestes dès le départ et ont contribué à les dénoncer, ajoute le procureur de la Couronne.

«Climat malsain»

Selon le rapport du délégué jeunesse, qui joue le rôle d’un agent de probation pour les adolescents, l’infraction commise par Éric s’est produite dans un contexte où un climat malsain était déjà en place au Séminaire des Pères Maristes et connu de certains jeunes. «Outre les victimes, plusieurs autres jeunes filles et plusieurs autres garçons ont versé dans la transmission de photos, a dit le procureur de la Couronne, en citant le rapport. L’étendue de la problématique n’était pas limitée aux victimes connues.»

Mélissa, présente en salle d’audience avec sa mère, n’a pas voulu témoigner à la cour. Déjà fragile avant les événements, la jeune fille a vécu durement d’être trahie par ceux qu’elle appelait ses amis. «J’étais un trophée pour eux, comme une pièce de viande, comme un objet», a-t-elle expliqué au délégué jeunesse.

Dans le système judiciaire pour adulte, le crime de leurre informatique est passible d’une peine d’emprisonnement maximale de 14 ans et d’une peine minimale d’un an.

En jeunesse, dans la pire des situations, un adolescent coupable de leurre pouvait s’exposer à une peine de mise sous garde.

Avant de prononcer la peine, la juge Côte a rappelé qu’en chambre de la jeunesse, il faut mettre l’accent sur la réhabilitation et offrir les meilleurs perspectives aux adolescents.

Pour accepter la suggestion commune, la juge a dit tenir compte du rôle plus limité de l’adolescent et de son degré de maturité, amoindri par sa problématique de TDAH et de trouble de l’opposition sévère.

Après la période d’absolution de trois mois, l’accusation criminelle d’Éric restera à son dossier durant les trois années suivants sa condamnation, soit jusqu’en octobre 2021. Seuls les policiers ont accès à ce type d’information.

Deux autres adolescents ont plaidé coupable et recevront leur peine plus tard cet hiver. Et deux autres jeunes contestent les infractions et subiront leur procès au printemps.

* Prénoms fictifs