829 syndiqués, sur une possibilité de 926, ont participé à l'assemblée générale de lundi.

ABI: non à 82 %

TROIS-RIVIÈRES — Après 14 mois, le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour se poursuit. Les syndiqués ont, lundi, rejeté massivement à 82 % la dernière proposition patronale.

À la suite d’une assemblée générale qui a duré plus de cinq heures, les travailleurs de l’Aluminerie de Bécancour (ABI) ont voté contre l’offre déposée par la direction au début de la semaine dernière. Les 829 syndiqués, le plus haut taux de participation depuis le début du bras de fer avec la partie patronale, qui remplissaient la salle Trois-Rivières du Centre des événements et des congrès interactifs (CECi) ont donc pris la décision qui a pour effet de ne pas mettre fin au long conflit de travail. Alors que les employés de production et maintenance ont voté contre à 83 %, ceux de laboratoire ainsi que de bureau et techniques se sont respectivement prononcés en défaveur dans des proportions de 66 % et 69 %.

L’annonce de ces résultats a été accueillie très positivement pour les travailleurs qui étaient restés sur place après avoir participé au vote secret. Le poing dans les airs, ils ont pratiquement tous poussé un fort cri de satisfaction lorsque leur président, Clément Masse, a dévoilé les résultats. Spontanément, ils se sont par la suite mis à scander le traditionnel «so, so, so, solidarité». Fait à noter, les comité exécutif et de négociation avaient recommandé aux membres de refuser la proposition qui regroupait trois conventions collectives, soit une pour chacune des trois unités syndicales.

Selon ce qui avait été rendu public la semaine dernière, la proposition incluait des augmentations salariales annuelles qui correspondent à une moyenne minimale de 2,55%, au cours de la convention collective proposée d’une durée de six ans, «assurant des salaires se situant parmi les meilleurs de l’industrie de l’aluminium au Québec», selon la direction. Elle comprenait également une réorganisation du travail qui respectait l’ancienneté et qui ne prévoyait aucune mise à pied. Elle comprenait également un protocole de retour au travail. Ce dernier n’avait jamais fait l’objet de pourparlers entre les deux parties. Le syndicat considérait qu’elle ressemblait beaucoup à ce qui était sur la table lorsque la direction a rompu les négociations à la mi-février.

Pour le président de la section locale 9700 des Métallos, ce rejet, qui est encore plus important que celui de la précédente offre patronale en janvier 2018, envoie un message clair à la direction qu’une entente négociée sera nécessaire afin de mettre fin au conflit. Il déplore également que cette proposition représentait un recul par rapport à celle que l’employeur avait présentée en décembre 2017, quelques semaines avant de déclencher le lock-out.

«On avait, au mois de décembre 2017, deux points en litige et on avait rejeté l’offre. Maintenant, ce sont plusieurs points qui sont en litige. Les organisations, les horaires de travail, la sous-traitance, les coupes de postes et les régimes [en font partie]. C’est un mépris des travailleurs d’arriver avec une entente qui n’a pas été négociée que l’employeur veut imposer. C’est également un mépris pour le Code du travail car il ne négocie pas de bonne foi. Et c’est un mépris envers tous les Québécois, car en nous mettant en lock-out aussi longtemps, l’employeur a un avantage en raison du contrat d’approvisionnement en énergie [...] Sa stratégie était peut-être de nous épuiser moralement et monétairement, mais ça n’a pas fonctionné», a-t-il déclaré devant les représentants des médias et les syndiqués qui étaient toujours présents.


Plusieurs travailleurs ont tenu à remercier leur président, Clément Masse.

Protocole de retour au travail

En ce qui concerne le protocole de retour au travail que contenait la proposition, le dirigeant syndical a indiqué qu’il constituait un des irritants majeurs auxquels sont attribuables la décision de ses membres.

«Le protocole de retour au travail était effectivement très favorable à l’employeur. Il n’y avait pas de date de retour officiel et de garantie d’heures travaillées. Il donnait tout le loisir à l’employeur de faire un peu ce qu’il veut et d’étirer ça aussi longtemps qu’il veut en permettant à des sous-traitants et à des cadres de faire nos ‘‘jobs’’ pendant ce processus-là. Pour nous, c’était inacceptable, tout comme les conventions collectives. Le redémarrage devait se faire sur 10 mois et l’employeur pouvait étirer ça. En 2014, il y a eu une grève et après un mois et demi, tout le monde était revenu au travail», a expliqué M. Masse, avant de préciser que le syndicat n’aurait pas été en mesure d’aider financièrement ses membres pendant une si longue période.

«Dans le protocole de retour au travail, il y avait peut-être une centaine de personnes qui rentraient au début. Cent personnes ne peuvent pas en soutenir 800 qui sont encore sans emploi. Les secours, c’est en cas de conflit. Nos constitutions ne nous permettent pas de verser des sommes lorsqu’un conflit est réglé», a-t-il poursuivi.

Par voie d’un courriel envoyé en soirée lundi, la direction s’est pour sa part dite déçue que le syndicat ait rejeté une offre qu’elle qualifie de «juste et compétitive». Elle ajoute que la ratification de l’offre aurait mis fin au conflit de travail avec un plan de reprise des opérations.

Intervention gouvernementale demandée

Afin de dénouer l’impasse et pousser l’employeur à négocier de bonne foi, le syndicat demande une intervention gouvernementale. Il réclame notamment une rencontre avec nul autre que le premier ministre du Québec, François Legault.

«C’est évident qu’il y a un déséquilibre des forces. Après 14 mois de conflit, que l’employeur arrive avec une offre aussi ridicule à ses employés, c’est un manque de respect», a répété le président Masse.

Appelé à commenter la décision des syndiqués en soirée lundi, le ministre du Travail et député de Trois-Rivières, Jean Boulet, n’a pas caché sa déception et son étonnement. Il a tout de même mentionné qu’il respectait le choix démocratique des travailleurs. Pour la suite des choses, le ministre a assuré qu’il allait suivre la situation de près et qu’il espérait que les choses bougent assez rapidement. Il a ajouté qu’il était toujours possible qu’il présente une hypothèse de règlement, comme il prévoyait le faire la semaine dernière avant que la direction dépose sa proposition.