Le président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Clément Masse, comprend mal les propos du premier ministre du Québec, François Legault, sur le conflit à l’ABI.

ABI: Clément Masse qualifie François Legault de menteur

Bécancour — «Ou le premier ministre n’est pas au courant du dossier ou il est en mission. Quand on écoute ses propos, je suis obligé de dire, et c’est de valeur de dire ça, qu’il est menteur».

Voilà comment le président de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Clément Masse, a réagi à la déclaration de François Legault selon laquelle les libérations syndicales font partie des principales demandes transmises lors de leur rencontre.

«Il n’arrête pas de dire que les demandes du syndicat ne sont pas raisonnables, il n’arrête pas de reparler de nos salaires. Je répète au premier ministre que le syndicat n’a pas de demandes. Si l’employeur arrivait avec la convention qu’on a présentement, ça ferait. Mais c’est l’employeur qui est en demande. On n’a jamais été dire que notre priorité, c’était les libérations syndicales. Voir si on aurait convoqué une rencontre avec le premier ministre pour aller lui dire que notre priorité, c’est la libération syndicale. Ça ne tient pas debout», a-t-il fait savoir au Nouvelliste, jeudi, en escale à Vancouver.

«Je ne sais pas pourquoi il est allé dire ça, je n’étais pas tout seul à cette rencontre-là, il y a d’autres personnes qui sont témoins, c’est vraiment des menteries. On se demande qu’est-ce qu’il a dans la tête. Ou il n’est pas au courant du tout du dossier et il dit n’importe quoi, ou vraiment, il est en mission, l’employeur lui a fait des menaces, je ne sais quoi. Je pense que devant son impuissance à régler notre problème de déséquilibre, parce que le déséquilibre a été créé par le gouvernement et c’est lui qui est là présentement, vu donc l’impuissance qu’il a à rétablir l’équilibre, il a décidé de frapper sur les syndiqués compte tenu qu’il n’est pas capable de régler notre problème», a-t-il renchéri.

Selon lui, «si l’employeur lui a fait des menaces, qu’il nous le dise». «Y a-t-il des choses que l’employeur a dites qu’il n’a pas dites à la population? Je ne sais pas où il a sorti ça, qu’il y a un risque réel que l’ABI reste fermée pour longtemps. Ça fait 15 mois qu’on est fermé, c’est sûr qu’il y a un réel danger qu’elle reste fermée longtemps. Pas besoin d’être un devin pour voir qu’elle peut rester fermée longtemps, ça fait déjà 15 mois qu’elle est fermée», a fait savoir M. Masse.

À son avis, «c’est l’employeur qui pourrait répondre à ça, si elle peut rester fermée longtemps». «On n’a aucune idée nous autres. Nous autres, ce qu’on veut, c’est une entente. On répète au premier ministre que ce n’est pas nous autres qui avons des demandes, c’est l’employeur. Je trouve ça décevant d’avoir eu une rencontre avec mon premier ministre et de l’entendre dire des menteries, faire sortir un mensonge de choses qui se sont dites lors de la rencontre. Je trouve ça déplorable de voir un premier ministre mentir de la sorte, à l’Assemblée nationale en plus. C’est surprenant», martèle le président syndical.

Appelé à commenter le dépôt prochain d’une hypothèse de règlement par le ministre Jean Boulet, il fait remarquer que «le gouvernement n’a plus grand crédibilité dans le dossier». «Comment un ministre viendrait dire qu’il va faire une hypothèse de règlement objective quand son gouvernement a clairement pris parti pour l’employeur? Ils ont perdu complètement leur crédibilité. S’il veut vraiment que ce soit objectif, qu’il décrète un arbitrage. Ça va être un tiers qui va trancher. S’il veut vraiment faire de quoi d’objectif, c’est ça qu’il a à faire», propose M. Masse.

Même s’il se dit prêt à considérer l’hypothèse de règlement, ce dernier admet que «ce serait surprenant qu’on la présente, à moins qu’il me surprenne».

«Je ne peux pas dire qu’on ne la présentera pas. On va attendre de savoir. Je pense qu’elle va être extrêmement favorable à l’employeur compte tenu de la position du gouvernement. Nous, on a rejeté la dernière offre. On ne sait pas ce que ça va être, est-ce que ça va être seulement les grandes lignes, vraiment un document écrit, va-t-il y avoir vraiment un protocole de retour, je n’ai aucune idée. C’est de quoi qui n’est jamais arrivé, je n’ai jamais vu ça, dans le cadre d’un conflit, une hypothèse de règlement émise par le ministre d’un gouvernement qui a pris parti pour l’employeur. On n’a pas vu ça souvent», affirme M. Masse.

Celui-ci revient de l’Australie où il s’est adressé aux délégués du Congrès de l’Australian Workers Union (AWU), le plus grand syndicat australien qui représente des travailleurs de Rio Tinto et Alcoa sur le continent.

«Le but, c’était d’aller parler de notre conflit. Eux aussi ont des problèmes avec Alcoa. Ils agissent de la même façon, font des offres sans négocier et ils envoient faire voter ça par les membres. On s’est aperçu que notre employeur est pas mal pareil partout», conclut celui qui se rendra le 8 mai prochain, à Pittsburgh, pour manifester en marge de l’assemblée des actionnaires d’Alcoa.