Le ministère fédéral des Pêches et des Océans travaille avec la National Oceanographic and Atmospheric Agency afin de survoler le golfe Saint-Laurent et détecter les baleines noires, vivantes ou mortes.

À la recherche de la carcasse de la baleine noire observée dans le golfe du Saint-Laurent

CARLETON – Selon Robert Michaud, biologiste spécialisé dans les mammifères marins, il pourrait être difficile de retracer la carcasse de baleine noire observée mardi et mercredi par un avion de surveillance à 50 milles marins au large de Percé. Les obstacles sont nombreux, à commencer par l’immensité de la mer et les conditions climatiques.

Or, pour apprendre les causes de sa mort, ce qui nécessite une nécropsie, il faut localiser de nouveau cette baleine et trouver une façon de la ramener au rivage dans des délais raisonnables, précise M. Michaud. Une carcasse décomposée rendrait la nécropsie impossible.

«Trouver et remorquer demeurent une entreprise colossale. Ça prend un assez gros navire. C’est important de documenter ces cas […] La retrouver est difficile; c’est un petit point noir dans des vagues», note M. Michaud, du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM).

«La mer est déjà grande quand on la regarde du bord mais au large, c’est immense, et les vagues qui se brisent font autant de points blancs», dit-il.

Le ministère fédéral des Pêches et des Océans travaille avec la National Oceanographic and Atmospheric Agency afin de survoler le golfe Saint-Laurent et détecter les baleines noires, vivantes ou mortes. La carcasse localisée mardi à 100 kilomètres au large de Percé a été revue mercredi, mais très près de l’endroit initial.

La baleine peut être morte pour plusieurs raisons, dont les collisions avec les navires, l’empêtrement dans des engins de pêche, l’empoisonnement par des matières toxiques et la mort naturelle.

« On espère de tout cœur que c’est un cas normal [une mort naturelle]. On ne veut pas revivre 2017. On se demande si 2017 était une situation unique […] La plupart des morts de baleines noires sont de causes anthropiques [découlant de l'activité humaine]. C’est plus fréquent que les causes naturelles », souligne Robert Michaud.

Une baleine noire peut-elle couler sans laisser de traces? «Elle pourrait si elle est amaigrie et si les requins blancs s’en font une fête. Il faut se souvenir qu’en anglais, on la désigne comme right whale, celle qu’il fallait chasser parce qu’elle était la plus facile à abattre. Elles sont lentes, ce sont parmi les plus grosses, les plus rondes et elles flottent bien», rappelle-t-il.

Les baleines noires venaient en moins grand nombre dans le golfe Saint-Laurent il y a plus de 10 ans. «Les aires utilisées auparavant dans la baie de Fundy pour qu’elles se nourrissent sont presque complètement délaissées. Elles sont fussy [difficiles à satisfaire]. Elles mangent des copépodes en quantités phénoménales. Elles suivent la nourriture», note Robert Michaud.

 Changements climatiques

Les changements climatiques jouent des tours aux scientifiques. «Les prédictions sont de plus en plus difficiles à faire parce que les variables sont en mouvement», dit M. Michaud, en pensant à la disponibilité de nourriture.

Douze baleines noires sont mortes en eaux canadiennes en 2017, dont une forte proportion dans une période limitée à quelques semaines, ce qui avait causé une commotion. Le nombre de baleines noires dans le monde atteint 420 spécimens tout au plus, et leur taux de reproduction est faible. Elles vivent toutes le long des côtes est de l’Amérique du Nord. Il n’y a pas eu de mortalité en eaux canadiennes en 2018.

En août 2017, Pêches et Océans Canada et Transports Canada ont instauré des mesures pour réduire les risques de collision avec les baleines noires, dont une réduction à 10 nœuds de la vitesse de circulation des navires de plus de 20 mètres.

Depuis le printemps 2018, les pêcheurs de crabe des neiges du sud du golfe Saint-Laurent doivent respecter des fermetures de secteurs à la capture, dont une zone statique et des quadrilatères dynamiques; ces derniers sont interdits à la pêche quand une baleine y est observée. Les fermetures dynamiques sont donc temporaires, généralement de 14 jours, à moins que les baleines y restent. Un quadrilatère mesure six milles marins par neuf.

À 16 heures mercredi, 45 quadrilatères étaient fermés à la capture du crabe des neiges, puisque Pêches et Océans Canada venait d’en ajouter 12 aux 33 déjà interdits. En incluant les 1735 milles marins de zone statique de fermeture, plus de la moitié de l’aire de pêche du crabe des neiges du sud du golfe était touchée par cette mesure de protection de la baleine noire.

La première baleine noire a été observée le 13 mai dans le golfe Saint-Laurent, deux semaines après la décision de Pêches et Océans Canada de fermer la zone statique. Cette fermeture précoce irrite les crabiers.