Le CIUSSS estime que la pandémie est responsable de l’ajout de 1500 personnes sur la liste d’attente, c’est-à-dire que 1500 personnes sur les 11 000 auraient pu être opérées depuis le début de l’urgence sanitaire en mars dernier.
Le CIUSSS estime que la pandémie est responsable de l’ajout de 1500 personnes sur la liste d’attente, c’est-à-dire que 1500 personnes sur les 11 000 auraient pu être opérées depuis le début de l’urgence sanitaire en mars dernier.

11 125 chirurgies en attente en Estrie

La pandémie a forcé le CIUSSS de l’Estrie-CHUS à ralentir de façon importante ses activités dans les blocs opératoires. Pendant plusieurs semaines, seuls les cas urgents et semi-urgents ont été opérés. Conséquence : la liste d’attente déjà bien garnie a continué de s’allonger.

À preuve, en octobre dernier, il y avait près de 8000 patients en attente d’une chirurgie non urgente. Ils sont maintenant près de 11 125 patients à attendre leur passage sur la table d’opération.

« Ce nombre est probablement sous-estimé, parce que nous avons presque arrêté de voir de nouveaux patients durant la pandémie. À mesure que nous les verrons en consultation, nous allons ajouter de nouveaux patients sur la liste d’attente », indique le Dr Mario Viens, chirurgien au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et président sortant de l’Association québécoise de chirurgie.

Pendant ce temps, le projet d’agrandissement des blocs opératoires à l’Hôpital Fleurimont vient d’être « retardé de deux à trois ans ». Toutefois, la possibilité de louer des heures dans un bloc opératoire privé continue d’être à l’étude et pourrait se concrétiser au cours des prochaines semaines.

Le CIUSSS estime que la pandémie est responsable de l’ajout de 1500 personnes sur la liste d’attente, c’est-à-dire que 1500 personnes sur les 11 000 qui auraient pu être opérées depuis le début de l’urgence sanitaire en mars.

« Notre niveau d’activités se situe à un niveau 2 de reprise des activités, c’est-à-dire que nous sommes à 40 à 70 % de nos activités habituelles. Nous sommes toujours dans un contexte d’urgence sanitaire et de pandémie. Le ministère de la Santé et des Services sociaux est en appui à cette reprise. Nous visons une reprise à 100 % de notre capacité habituelle en septembre », indique Karine Duchaineau, directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Manque d’espace et de personnel

Or ce retard imposé par la pandémie du coronavirus s’inscrit dans un contexte où il est établi que les blocs opératoires des deux hôpitaux, Fleurimont et Hôtel-Dieu, ne suffisent plus pour répondre à la demande.

« Le problème est simple : nous manquons d’espace. Et nous manquons aussi de personnel formé », assure le chirurgien Mario Viens.

Longtemps avant la pandémie, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS travaillait déjà activement sur un vaste chantier de réorganisation de sa planification du temps disponible dans ses blocs opératoires.

« Le manque d’espace et de personnel formé aux blocs opératoires ne date pas d’hier. C’est une problématique qui perdure depuis de nombreuses années. On a vu une augmentation fulgurante des cas il y a trois ou quatre ans, quand il y a eu un manque chronique de personnel infirmier durant un an », rappelle le Dr Viens.

En effet, la réalité des deux hôpitaux universitaires de Sherbrooke est unique au Québec, car les blocs opératoires sont utilisés de la première jusqu’à la quatrième ligne dans un seul centre universitaire et sur un territoire très vaste.

Les besoins spécialisés pour les chirurgies oncologiques (quatrième ligne), par exemple, entrent en compétition avec les chirurgies courantes de la première et de la deuxième ligne et toutes les urgences quotidiennes qui doivent être traitées rapidement, comme les césariennes, les saignements intracrâniens à drainer, les appendicites, les fractures, etc.

Les chirurgies complexes, comme celles du cerveau et du cœur, doivent nécessairement être réalisées dans des blocs opératoires possédant des équipements spécialisés et avec du personnel infirmier formé.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS discute avec le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour la construction de nouvelles salles d’opération. « L’espace est trouvé depuis longtemps à l’intérieur de l’hôpital. Toutefois, on nous a annoncé il y a deux semaines que les travaux à l’Hôpital Fleurimont seront retardés d’au moins deux à trois ans », indique le Dr Viens.

Le problème du personnel demeure criant. « Même si on construisait 20 belles salles neuves, si on n’a pas de personnel infirmier pour les remplir, ça ne mènera à rien », indique celui qui exerce la chirurgie au CIUSSS de l’Estrie-CHUS depuis 26 ans.

Lorsque Sherbrooke comptait quatre hôpitaux avant la fusion de 1996 (le Sherbrooke Hospital, l’Hôtel-Dieu, l’Hôpital Fleurimont et l’Hôpital Saint-Vincent), il y avait 29 salles d’opération. Il n’en reste plus que 19 depuis la fusion. Les blocs opératoires des autres centres hospitaliers du territoire, comme celui de Magog et de Lac-Mégantic, sont également souvent offerts aux patients « en deuxième offre » pour dégager les hôpitaux sherbrookois.

« Si on regardait les archives de cette époque, avant la fusion, on verrait probablement qu’il y avait peu d’attente pour subir une chirurgie à Sherbrooke. On voyait nos patients, et deux semaines après, on les opérait », rappelle le chirurgien général.

Location d’heures au privé?

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS était déjà en réflexion, bien avant la pandémie, sur l’utilisation possible de blocs opératoires privés pour dégager ses salles d’opération de Sherbrooke.

« La décision devrait se prendre au cours des prochaines semaines. Une fois que la réflexion sera terminée, si nous décidons d’aller vers cette orientation, les choses pourraient se faire rapidement », soutient Karine Duchaineau, directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Une orientation soutenue par de nombreux chirurgiens, notamment les ophtalmologistes qui n’ont pas besoin d’opérer dans des blocs opératoires tout équipés pour une partie importante de leurs chirurgies.

« À Québec, ils ont une clinique séparée pour l’ophtalmologie pour toutes les chirurgies de la cataracte notamment. Ce type de chirurgie dans un bloc opératoire, ça ne se voit plus ailleurs au Québec. Si on réussissait à délocaliser ces activités, on libérerait tout de suite deux salles d’opération en permanence à l’Hôtel-Dieu », indique le Dr Viens.