Anne Marie Comparot
Anne Marie Comparot
Les glaneuses de Jean-François Millet (1857), Musée d’Orsay, Paris
Les glaneuses de Jean-François Millet (1857), Musée d’Orsay, Paris

Le droit de glanage

CHRONIQUE / L’automne, c’est le temps des récoltes, il faut tout cueillir et ramasser, les courges, pommes, poires, choux, patates, carottes, oignons et tralalalère. Ah ! Oui, on en a des légumes comme le chante la Bolduc qui fait honneur aux marchés publics et à nos beaux légumes de saison.

Des légumes et des fruits tombés au sol, des critères esthétiques trop parfaits de l’industrie et un manque de main-d’œuvre font en sorte que les agriculteurs n'arrivent pas à tout récolter.

Au Québec, jusqu’à 20 % des récoltes sont perdues à la sortie du champ.

Pourtant, il existe une solution, parmi d’autres, pour lutter contre ce type de gaspillage alimentaire, et elle va puiser dans des racines ancestrales : le glanage.

Glaner, historiquement, c’était recueillir les épis de blé restés au champ après le passage des moissonneurs, comme Jean-François Millet l’a peint sur sa toile intitulée Les glaneuses. C’est le droit de ramasser ce qui n’a pas été pris par l’agriculteur et qui pourrira au sol si personne ne fait rien.

Aujourd’hui, glaner c’est aussi récupérer de la nourriture à la fin des marchés ou dans les poubelles des épiceries — ce qu’on nomme dumpster diving ou fouille de poubelle. Nous sommes donc passés d’un droit paysan (dans certains pays) à une pratique écoresponsable qui rejoint de plus en plus d’adeptes.

Glaner, c’est aussi récupérer de la nourriture à la fin des marchés ou dans les poubelles des épiceries.

Ce droit de se nourrir de légumes et de fruits qui ne sont pas récoltés par leur propriétaire, je l’ai expérimenté et ça m’a profondément marqué. Une image me revient, mon fils, alors âgé de trois ans, mangeant avec son grand-père des tonnes de cerises tombées d’un arbre délaissé en bordure de chemin. Ce même été, en Ardèche (France), lors d’une promenade, nous avons aussi vu des centaines d’abricots tombés des arbres et non récoltés. J’en ai rêvé des confitures que j’aurais pu faire avec ces fruits délicieux !

En France et en Belgique notamment, après une date précise, le droit de glaner s’applique. Mais il est toujours préférable d’avoir l’autorisation du propriétaire du terrain. Au Québec, aucune politique n’existe en ce sens. Dans d’autres pays, la pratique du glanage reste tolérée, mais le portrait des glaneurs a changé. Désormais, des urbains écolos et soucieux du gaspillage alimentaire perpétuent à leur façon cette pratique. Je me réjouis que les glaneurs demeurent, quelles que soient leurs motivations, avec pour philosophie le partage, l’anti-gaspillage et une consommation plus responsable.

Je m’en vais de ce pas demander à l’agriculteur d’à côté si les pommes tombées de ses arbres seront récupérées. Sinon, c’est sûr, j’aurai de la compote cet hiver !

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À voir : le film Les glaneurs et la glaneuse d’Agnès Varda

Sur Facebook : groupe Autosuffisance Québec - Glanage et Dumpster Diving

À écouter : « Glaner pour éviter le gaspillage alimentaire », émission On n’est pas sorti de l’auberge (Radio-Canada)

À découvrir : des produits LOOP et ceux de La transformerie fabriqués à partir de fruits et légumes invendus