Des élus et membres de l’administration municipale de Sutton rencontreront des représentants des Potagers des nues mains afin de faire avancer le dossier litigieux.
Des élus et membres de l’administration municipale de Sutton rencontreront des représentants des Potagers des nues mains afin de faire avancer le dossier litigieux.

Le dossier des Potagers des nues mains soulève un problème plus profond

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
Initiative de journalisme local - La Voix de l'Est
Alors que la ferme Les Potagers des nues mains étudie l’option de vendre sa terre et de déménager, les élus de Sutton ont démontré leur volonté politique à ce que le litige qui oppose la Ville au producteur maraîcher avance dans le bon sens.

Dans une résolution, le conseil reconnaît l’importance de ce genre de fermer de proximité pour la région. Les élus demandent au service d’urbanisme d’organiser une rencontre entre Les Potagers des nues mains, des élus et des membres de l’administration municipale, à condition que la ferme s’inscrive au registre des lobbyistes du Québec.

Les conseillers reconnaissent par ailleurs qu’une cohabitation harmonieuse entre les milieux agricoles et résidentiels « exige des ajustements de la part de tous les acteurs concernés : agriculteurs, non-agriculteurs et municipalité ». De plus, ils soulignent dans la résolution que le règlement d’urbanisme « date de plus d’une décennie et ne reflète pas les récents développements de l’agriculture québécoise, incluant l’agriculture intensive et biologique des nouvelles fermes maraîchères. »

Ce type de production a besoin de bâtiments adaptés à ses besoins et à ses moyens.

Rappelons que le propriétaire de la ferme du chemin Alderbrooke, Yan Gordon avait, au début de la pandémie, commencé la construction d’un garage à faible coût composé de deux conteneurs de grade alimentaire. Après une plainte logée à la Ville, le directeur de l’urbanisme lui a rendu visite accompagné de deux agents de sécurité. Leur but : sensibiliser les visiteurs aux règles d’hygiène à suivre en lien avec la pandémie. Le propriétaire de la ferme ne détenait alors pas de permis et savait que les conteneurs étaient interdits dans son secteur.

Le principal intéressé a aussi reconnu être en infraction pour d’autres installations, comme une roulotte et une maison mobile, qui servent à loger ses travailleurs étrangers et locaux.

Donnant-Donnant

« On sympathise avec le type d’activité que M. Gordon fait, indique le directeur général de Sutton, Pierre Largy. On sait que son activité est très appréciée par bon nombre de citoyens. On est bien d’accord avec le résultat de sa culture. Mais il y a un minimum de règles à suivre. C’est ça qu’on lui demande de faire. On a été indulgent. On n’a toujours pas donné d’amendes. On a entrepris des pourparlers. On a regardé comment il pouvait se conformer. »

La Ville n’exclut pas un assouplissement règlementaire, mais « on s’attend à une démonstration de bonne foi de la part du contrevenant », ajoute M. Largy.

Dans le cas d’un changement de zonage ou d’un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI), la population du secteur peut s’y opposer par la voie d’un registre. La Ville peut proposer cette solution, mais ne peut pas promettre que le changement s’opèrera.

Démantèlement du garage ?

Quant à la démonstration de bonne foi de M. Gordon, Pierre Largy ne se prononce pas clairement. Il parle de retrait des éléments non conformes, alors que le maraîcher dit avoir plutôt reçu cette année la consigne de simplement arrêter la construction du hangar.

Questionné sur la demande précise de la Ville, à savoir si elle souhaite le démantèlement du hangar, le directeur général a dit ne « pas être prêt à dire ça. Ça peut être de retirer les matériaux non conformes, ça peut être autre chose. [...] La Ville s’est montrée flexible, tolérante. Elle a attendu qu’il passe ses récoltes, maintenant on veut voir un peu de mouvements de sa part. »

Le hangar à machinerie, dont l’installation a été interrompue au printemps, est non conforme.

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Au-delà de la ferme

Dans une lettre rendue publique dernièrement (à lire ici), Anne-Marie Courtemanche et Yan Gordon expliquent pourquoi une pancarte « À vendre » a été installée devant la ferme Les Potagers des nues mains. Il s’agit en fait d’une option envisagée pour pouvoir faire de l’agriculture biologique là où la règlementation est plus favorable aux installations à moindre coût.

« Toute cette histoire-là nous fait réaliser qu’on est à la merci des plaintes des citoyens et que certains citoyens Suttonais se plaignent beaucoup pour tout et pour rien, a confié Mme Courtemanche, responsable du marketing et de la mise en marché. Là, on nous parle du hangar à machinerie qui n’est pas correct. Après ça, ce sont les roulottes. La prochaine fois, ça va être quoi ? Si on perd l’accès à ces roulottes-là et à la maison mobile, on ne pourra pas avoir d’employés l’an prochain. Si on n’a pas d’employés, on ne peut pas démarrer notre saison. Il faut qu’on le sache maintenant, parce que c’est maintenant qu’on signe les contrats pour faire venir les employés étrangers. Et on commence bientôt à planifier la prochaine saison. »

Avant la pandémie, les employés réussissaient à se loger grâce à des colocations dans quelques rares logements moins dispendieux ici et là à Sutton, mais il n’y en aurait plus dorénavant, note Mme Courtemanche. Il relève désormais du miracle de trouver un toit pour les employés en agriculture.

« C’est un ultimatum qu’on se donne, pas à la Ville, parce qu’on n’a pas le choix. On ne peut pas envisager une saison sans avoir une garantie pour du loyer. C’est juste une logique d’affaires simple. »

Agriculture avant tout

Yan Gordon a déjà reçu plusieurs appels et quelques visites. Des acheteurs potentiels se montrent intéressés. Par contre, s’il vend, il tient à ce que les lieux servent à une entreprise agricole. Il faut éviter que d’autres terres soient abandonnées au profit d’une seule résidence de prestige, dit-il.

Deux personnes intéressées mijoteraient des projets agricoles. « Mon désir primaire est de rester ici et en opération. J’aime être maraîcher. J’ai des plans ici avec trois employés qui seront mes associés l’an prochain. Il y a un plan de relève. »

Par ailleurs, un groupe de soutien aux Potagers des nues mains a été créé. Rapidement, une vague d’appui a déferlé sur la ferme maraîchère. « Il y a une méchante vibe d’amour dans la communauté ! Ce n’est pas pour rien que j’ai voulu venir à Sutton. C’est pour ces gens-là. »

Logement

Impliquée depuis longtemps pour du logement abordable à Sutton, Mme Courtemanche a vu l’accessibilité à des appartements abordables pour des employés de boutiques, restaurants, autres magasins et même pour la station de ski devenir très difficile.

« On est le symptôme du problème, dit-elle. On n’est pas les seuls à vivre cette situation à Sutton. On s’en va directement vers un mur. On s’en va vers un village touristique où il faudra importer des employés qui vont vivre ailleurs parce que plus personne ne va être capable de se loger. On n’aura plus personne pour travailler à Sutton.»