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Quatre mythes sur le Super Bowl

Kathleen Couillard
Agence Science-Presse
Le Détecteur de rumeurs
Agence Science-Presse
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DÉTECTEUR DE RUMEURS / Le Super Bowl, dont la 55e édition a lieu le 7 février à Tampa, en Floride, n’est pas seulement un événement incontournable de la culture américaine. C’est aussi le lieu d’origine d’un très grand nombre de mythes. Le Détecteur de rumeurs s’est arrêté sur quatre d’entre eux.

1) Des égouts surchargés à la mi-temps ? Faux

Le bris d’une conduite d’eau à Salt Lake City pendant le Super Bowl de 1984 serait apparemment à l’origine de cette légende urbaine. En fait, c’est l’âge avancé du réseau d’alors qui serait responsable. La ville enregistrait à cette époque quelque 300 de ces incidents par année.

Cela n’a pas empêché la rumeur de se répandre, et elle a la vie dure. En 2019, les services environnementaux de la ville de Portland, en Oregon, ont jugé bon de se faire rassurants en rappelant qu’ils ont l’habitude de gérer 265 millions de litres d’eaux usées chaque jour. L’augmentation du débit des égouts lors du Super Bowl serait même une anomalie passagère minime « en comparaison de l’effet des tempêtes de neige » sur le réseau.

Reste que les comportements des téléspectateurs du Super Bowl ont tout de même une influence mesurable sur les réseaux d’aqueducs. Par exemple, en 2011, le New York Post rapportait une hausse de 4 % de l’utilisation d’eau pendant la mi-temps. En 2020, le département des eaux et des égouts du comté de Miami-Dade mentionnait d’ailleurs que la pression d’eau du système d’aqueduc pouvait diminuer de 124 à 155 kPa à la fin de la première demie. Cette réduction se poursuivait ensuite pendant la mi-temps.

2) Une influence sur les naissances ? Faux

Une publicité réalisée en 2016 par la National Football League (NFL) prétend qu’une augmentation des naissances serait observée neuf mois après le Super Bowl… dans les villes victorieuses. Des chercheurs de la Caroline du Nord ont tenté de confirmer cette affirmation à partir des statistiques sur les naissances de 2003 à 2012, mais sans succès. Selon eux, même s’il était possible que les partisans gagnants aient plus de relations sexuelles après l’événement, la contraception pourrait fort bien en limiter l’impact.

Le Super Bowl pourrait-il avoir d’autres effets inattendus ? Des scientifiques du Colorado ont émis l’hypothèse en 2015 que le fait d’avoir été exposée au match pendant le premier trimestre de la grossesse semblait coïncider avec une augmentation de 2 % de la probabilité d’avoir un bébé de petit poids (moins de 2,5 kg). La victoire, spéculent les auteurs, pourrait avoir un impact sur les comportements des mères adeptes de football, comme une plus grande consommation d’alcool et de tabac. Les résultats des parties de football en saison régulière ont aussi été associés à une hausse des cas de violence conjugale.

Par ailleurs, des chercheurs de Malte ont analysé en 2019 plus de 53 millions de naissances pour conclure que la proportion de garçons nés neuf mois après le Super Bowl était plus élevée qu’à d’autres moments de l’année. Leur explication du phénomène est restée nébuleuse.

3) Plus d’accidents de la route le jour du Super Bowl ? Vrai

En 2003, un médecin de Toronto a étudié les décès causés par des accidents de la route lors de 27 Super Bowl consécutifs. Il a noté une hausse de 41 % des accidents de voiture mortels après la télédiffusion. Il a obtenu des résultats similaires pour les blessures non mortelles.

Le dimanche du Super Bowl serait ainsi l’une des journées les plus dangereuses sur les routes, notamment en raison de la consommation d’alcool. Selon une analyse effectuée en 2013 par l’Automobile Club of Southern California, on observait alors une augmentation de 75 % des accidents causés par une personne conduisant avec les facultés affaiblies le jour du Super Bowl.

4) Des milliards d’ailes de poulet, de pizzas et de hamburgers ? Possible

Selon le ministère américain de l’Agriculture, le Super Bowl est la deuxième journée de l’année où les Américains consomment le plus de nourriture.

En 2020, Pizza Hut envisageait de vendre 1,5 million de pizzas pendant l’événement. La chaîne Domino’s rapporte pour sa part vendre en moyenne 2 millions de pizzas, ce qui représente 40 % de plus qu’un dimanche normal. Par ailleurs, le National Chicken Council prévoyait en 2020 que les Américains consommeraient 1,4 milliard d’ailes de poulet, une augmentation de 2 % par rapport à 2019.

Mais certains des chiffres qui circulent sont nettement exagérés. Ainsi, une animation de Fox News affirmait en 2016 que les Américains mangeaient 14 milliards de hamburgers le jour du Super Bowl (un chiffre qu’on retrouve aussi ici et ici). Les États-Unis ayant une population de 330 millions d’habitants, cela signifierait 42 hamburgers par personne, ce qui semble peu plausible !