Confronté à une baisse de clientèle, le Centre régional intégré de formation, à Granby, n’offrira plus le cours Techniques d’usinage.

Le CRIF largue le cours d'usinage

Bien que la demande en machinistes soit forte et que les entreprises qui les embauchent soient très présentes à Granby, le cours Techniques d’usinage ne sera bientôt plus offert dans la ville du zoo.

Les nouveaux élèves de cette formation professionnelle — et ceux qui doivent continuer leur cours — prendront le chemin du Campus Brome-Missisquoi (CBM) de Cowansville à la prochaine année scolaire, a appris La Voix de l’Est.

Le Centre régional intégré de formation (CRIF), situé rue Denison Ouest à Granby, ne l’offrira plus. Le cours y était offert depuis 2001. Deux enseignants sont touchés : l’un prend sa retraite et l’autre sera réaffecté.

« Il n’y a pas assez de clientèle pour soutenir deux programmes dans la région », indique Alain Bachand, directeur général adjoint à la commission scolaire du Val-des-Cerfs.

À Granby, le cours n’a attiré qu’une dizaine d’élèves — la majorité à temps partiel — en 2018-2019, contre une vingtaine à Cowansville. « Depuis 15 ans, c’est extrêmement difficile de faire vivre le programme », dit le DG adjoint.

Couperet

Rebelote, donc, pour Val-des-Cerfs qui avait pris une décision identique, il y a deux ans, avant de se raviser. Cette fois-ci, le couperet semble être tombé de façon définitive et des équipements seront transférés.

N’aurait-il pas été plus logique de maintenir la formation à Granby, où les besoins en machinistes sont beaucoup plus criants ? Le choix s’est posé sur Cowansville puisque le CBM a de la facilité à offrir un enseignement « à entrée variable » ou individualisé.

Au lieu de suivre une cohorte et un agenda précis, les élèves étudient par modules et de façon plus personnalisée. L’expérience a été tentée au CRIF cette année, mais les enseignants y étaient moins à l’aise, dit M. Bachand.

« Au CBM, ils ont développé une expertise en enseignement individualisé », ajoute-t-il. L’établissement de la rue Adélard-Godbout est aussi administré conjointement avec la commission scolaire Eastern Townships, ce qui permet d’accéder à un plus grand bassin d’élèves potentiels.

Promotion

Alain Bachand reconnaît que « les usines sont ici » [à Granby], mais rappelle que tout a été tenté pour grossir les rangs des élèves en Techniques d’usinage au CRIF, que ce soit en mettant de l’avant la sophistication des usines actuelles ou le taux de placement avoisinant les 100 %. Rien n’y a fait.

« On a eu beau faire beaucoup de promotion, de toute évidence, ça n’a rien changé. Et c’est la même chose dans les autres centres de formation professionnelle au Québec. C’est peut-être à cause du mot “usine” dans le nom du cours qui n’est pas attirant. »

Les salaires à l’embauche sont aussi « moins intéressants que d’autres », mais ils augmentent par la suite, dit-il.

Un taux de chômage bas amène également une baisse des inscriptions en formation professionnelle, un phénomène attribuable à la prolifération d’emplois disponibles. Les entreprises forment aussi elles-mêmes des employés, et le CRIF autant que le CBM proposent des formations conjointes avec des employeurs, une voie appelée à être plus exploitée.

« C’est un modèle qu’on essaie de développer », dit M. Bachand.

«Depuis 15 ans, c’est extrêmement difficile de faire vivre le programme», affirme Alain Bachand, directeur général adjoint à la commission scolaire du Val-des-Cerfs.

«TOUT LE MONDE EST MALHEUREUX», DIT UN ÉLÈVE

« Tout le monde est malheureux. » C’est ainsi qu’un élève en Techniques d’usinage du Centre régional intégré de formation (CRIF) de Granby résume l’ambiance qui règne chez ceux qui suivent ce cours de formation professionnelle et qui, à la prochaine année scolaire, devront le terminer à Cowansville.

« On trouve ça niaiseux, dit le jeune homme qui préfère garder l’anonymat. Granby, c’est la capitale de l’usinage dans les environs. On passe d’une ville de 70 000 habitants à une où il n’y a qu’une usine qui embauche des machinistes. »

Il comprend la question de la rentabilité, mais grince des dents à l’idée de devoir faire maintenant 35 minutes de voiture pour se rendre à son cours. « Tous les élèves sont de Granby et c’est pas tout le monde qui a une auto », dit-il. Il déplore également aussi que le local d’usinage au Campus Brome-Missisquoi (CBM) de Cowansville soit plus petit que celui du CRIF.

« Je ne vois pas la logique de déménager ça à Cowansville et de faire voyager du monde, réagit le maire de Granby, Pascal Bonin, un ex-élève du CRIF. Il y a des décisions difficiles à comprendre. Je ne veux pas être chauvin, mais on a un parc industriel de 13 000 travailleurs ici. »

M. Bonin se dit aussi déçu que le CRIF perde un programme sans en obtenir d’autres en retour. « Je ne suis pas heureux, c’est certain. Il va y avoir une rareté de main-d’oeuvre incroyable. Pourquoi on ne développe pas davantage le CRIF ? » Le maire « donne le bénéfice du doute à la commission scolaire », mais trouve leurs explications « faibles ».

Perte

Directeur général de Granby Industriel, Patrick St-Laurent reconnaît qu’il s’agit d’une perte pour les usines locales. « Mais au niveau de la décision d’affaires, je comprends », dit-il.

« Le modèle d’affaires en éducation, en raison de la rareté de main-d’oeuvre, est appelé à changer. Les entreprises forment beaucoup plus à l’interne. »

Il remarque lui aussi qu’en temps de presque plein emploi, les élèves se font plus rares dans les cours de formation professionnelle et technique. « Au Cégep [de Granby], c’est pas la ruée non plus », dit-il.