Zoé Boyer-Pelletier, cinq ans, atteinte de Leucémie, s’est fracturé le fémur en tombant. Elle a été hospitalisée 17 jours à l’hôpital Sainte-Justine.
Zoé Boyer-Pelletier, cinq ans, atteinte de Leucémie, s’est fracturé le fémur en tombant. Elle a été hospitalisée 17 jours à l’hôpital Sainte-Justine.

Le courage de Zoé

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Entre deux épisodes de Passe-Partout, Zoé Boyer-Pelletier, cinq ans, la jambe et le bassin pris dans le plâtre, rit beaucoup, parle à son chat Milou, joue aux billes. Atteinte de leucémie, elle s’est cassé la jambe il y a quelques semaines en essayant son costume d’Halloween. « Un des effets de la chimio », explique sa mère, les yeux pétillants d’admiration pour sa fille.

Chanelle Pelletier a contacté La Voix de l’Est pour parler de son histoire, de sa famille, et surtout, pour saluer le courage de sa fille, qui a été diagnostiquée d’une leucémie (cancer des cellules de la moelle osseuse) il y a un peu plus d’un an, et qui traverse les tempêtes de la pandémie et de la maladie avec « courage et avec une grande résilience ».

La Voix de l’Est est allée les rencontrer, en prenant toutes les précautions nécessaires, dans la chambre de Zoé, qui a été aménagée dans le salon, puisqu’elle ne peut plus descendre ni monter les escaliers. Ni s’asseoir ni courir.

« Quand ce sera fini, je pourrai tout faire ! », s’exclame-t-elle, impatiente de sortir de son plâtre.

« Je n’avais plus de cheveux, mais là ils recommencent à pousser. J’ai hâte d’avoir des mèches bleues ! », espère l’admiratrice de la Reine des neiges.

L’accident est arrivé quelques jours avant l’Halloween. La petite fille avait reçu un traitement de chimiothérapie qui avait affaibli ses os. « Elle a juste tourné, trébuché et est tombée, indique sa mère. Elle s’est fracturé le fémur. »

Zoé a par la suite été hospitalisée 17 jours à l’hôpital Sainte-Justine. Le plus difficile, avoue la fillette, c’était d’être loin de Milou, Choupette et Frimousse, son chat, son chien et son poisson. Au moins, dit-elle, elle a pu voir son ami infirmier, Pascal, qu’elle aime beaucoup.

Pendant son hospitalisation, le 2 novembre, Zoé a fêté son cinquième anniversaire. « J’ai souri. Plein de gens m’ont chanté bonne fête », dit-elle. Sa classe de maternelle 4 ans, qu’elle a commencée en septembre, lui a également fait parvenir un vidéo.


« Elle a parti la mode du masque ! Pour elle, c’est une habitude. [...] Le masque et l’isolement étaient dans nos vies avant la pandémie. »
Chanelle Pelletier, maman de Zoé, 5 ans

« Elle a parti la mode du masque »

Chanelle Pelletier était auparavant préposée aux bénéficiaires, et « voyant la COVID s’en venir », elle s’est retirée de ce milieu, pour ne pas « ramener ça à la maison ». Attraper le virus serait fatal pour sa fille. C’est pourquoi, aussi, elle n’a pas fréquenté le CPE, où les microbes pullulent. « Un simple rhume peut avoir des complications dangereuses. »

Les masques et les désinfectants ne font pas peur à Zoé, qui vit avec ces mesures sanitaires au quotidien depuis un an. « Elle a parti la mode du masque ! Pour elle, c’est une habitude. Elle sait aussi c’est quoi, s’isoler, pas pouvoir aller dans les grands rassemblements de famille à Noël, par exemple. Le masque et l’isolement étaient dans nos vies avant la pandémie. »

Le contexte sanitaire ajoute cependant une couche de difficulté pour la famille, qui doit redoubler d’efforts pour contrer la propagation. « On ne sait pas encore, à ma connaissance, quelles seraient les répercussions de la COVID sur un enfant atteint de leucémie. »

La famille a mis en place des mesures sanitaires draconiennes depuis plus d’un an : aliments cuits davantage, élimination des ustensiles en bois, etc. « Ça accapare beaucoup de notre temps. Mais on vit un jour à la fois. »

Un autre défi, le temps, raconte Chanelle, qui est maintenant en télétravail chez Sani-Éco, ce qui lui donne une certaine flexibilité niveau horaire.

Malgré son énorme plâtre et sa maladie, Zoé garde toujours le sourire aux lèvres, et « rit tout le temps ».

« C’est comme un confinement dans un confinement, ajoute Marie-Josée Simard, agente de services aux familles chez Leucan Montérégie-Estrie. Nos familles en traitement sont déjà dans une forme de confinement. Ça peut être sécurisant pour certains parents, mais pour les enfants, ils se disent qu’ils seraient de toute façon confinés. »

Manque de services

Considérée en rémission, Zoé devra toutefois suivre les traitements de chimiothérapie pendant deux ans. « Je n’avais plus de cheveux, mais là ils recommencent à pousser. J’ai hâte d’avoir des mèches bleues ! », espère l’admiratrice de la Reine des neiges.

Mme Pelletier déplore cependant qu’étant donné que Zoé est considérée en rémission — elle ne sera considérée en rémission complète qu’après avoir passé cinq ans sans rechute —, ils n’aient pas droit à certains services ou ressources. Certains sont également arrêtés, pandémie oblige, comme le service de répit du CLSC.

« On n’est pas du genre à quémander. Mais il faut que ce soit nous qui le demandons, ce ne sont pas eux qui viennent. »

À un moment, la famille devait monter à Sainte-Justine une fois par semaine, ce qui revenait dispendieux au niveau du transport, du stationnement, des repas, etc. Heureusement, la famille Boyer-Pelletier peut compter sur un réseau incroyable d’amis et sur la famille qui les aident et les soutiennent. Chanelle tient d’ailleurs à les remercier, tout un chacun.

« La meilleure solution serait d’être confinés pendant deux ans. Mais la vie normale suit son cours : l’hypothèque, les factures continuent, tout continue. »

« Ça nous démontre qu’elle est en vie »

Malgré son énorme plâtre et sa maladie, Zoé garde toujours le sourire aux lèvres, et « rit tout le temps ». Elle est « tannante », joue des tours à son père. « Ça nous démontre qu’elle est en vie, que la maladie n’a pas pris le dessus sur elle. »

Chanelle Pelletier, mère de Zoé, déplore qu’étant donné que sa fille est considérée en rémission, ils n’aient pas droit à certains services ou ressources.

Malgré la crise, Chanelle affirme qu’il ne faut « pas lâcher ».

« L’important, c’est l’enfant. Si l’enfant est bien, alors tout va bien », poursuit celle qui conseille aux parents vivant une situation semblable avec un enfant d’extérioriser leurs émotions, et de ne pas tout garder en dedans.

« Quand on la voit de bonne humeur, on peut se dire mission accomplie. »

Avant qu’elle ne tombe malade, Zoé adorait faire du ballet. Un jour, elle souhaiterait recommencer, confie-t-elle. Alors que La Voix de l’Est est sur son départ, la neige commence à tomber, ce qui fait Zoé s’écrier : « c’est Noël ! ».

Chanelle tient à adresser ces mots à sa fille : « Si un jour tu lis ça, Zoé, je veux te féliciter. Pour ta grande maturité, ta joie de vivre. Papa et maman sommes fiers de toi. Après ce que tu as traversé, rien ne peut t’empêcher d’avancer. Tu peux tout faire, il n’y a aucune limite pour toi. »

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LA LEUCÉMIE, LE CANCER LE PLUS FRÉQUENT CHEZ LES ENFANTS

La leucémie est le type de cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les enfants au Canada.

On estime qu’en 2020, 6900 Canadiens recevront un diagnostic de leucémie et 3000 Canadiens d’entre eux en mourront. (Source : Société canadienne du cancer)

AU QUÉBEC

Chaque année au Québec, près d’un cas par jour est diagnostiqué. Grâce aux progrès en matière de traitements, le taux de survie est de 82 %.

La leucémie représente un tiers des cancers chez les enfants de 0 à 14 ans au Canada. (Source : Leucan)

EN ESTRIE ET À GRANBY

Au total, 29 enfants sont actuellement en traitement en Estrie, toutes formes de cancers pédiatriques confondus.

De ce nombre, 15 enfants sont actuellement en traitement pour une leucémie lymphoblastique (12) ou myéloblastique (3). Il s’agit donc de la moitié de la totalité des enfants en traitement pour un cancer. Trois d’entre eux résident à Granby.

4 enfants ont été diagnostiqués en 2020 (en date du 20 novembre).

Les âges des enfants atteints vont de 9 mois à 18 ans.

(Source : Leucan Estrie)