Chapeautés de tuques colorées et chocolat chaud à la main, entre 200 et 300 travailleurs et travailleuses du milieu communautaire représentant des dizaines d’organismes, de même que plusieurs représentants syndicaux, ont bravé le froid et convergé au coeur de l’anneau de glace du parc Daniel-Johnson sur l’heure du midi pour un rassemblement des plus chaleureux.

Le communautaire passe le flambeau à Québec

C’est à coups de discours enflammés que des centaines d’Estriens ont interpellé le gouvernement caquiste, mercredi, afin qu’il ne laisse pas le filet social québécois s’éteindre.

Coiffés de tuques colorées et chocolat chaud à la main, entre 200 et 300 travailleurs et travailleuses du milieu communautaire représentant des dizaines d’organismes, de même que plusieurs représentants syndicaux, ont bravé le froid et convergé au coeur de l’anneau de glace du parc Daniel-Johnson sur l’heure du midi pour un rassemblement des plus chaleureux, à l’occasion de la Journée mondiale de la justice sociale. 

Partis de Sherbrooke et de Magog, une grande partie des manifestants sont d’abord arrêtés dans les bureaux de circonscription pour y transmettre un flambeau symbolique du filet social aux députés Geneviève Hébert, Christine Labrie et Gilles Bélanger, afin que celui-ci se rende jusqu’à l’Assemblée nationale. Une caravane partait aussi de Brome-Missisquoi, où un flambeau a été remis à la députée de l’endroit et ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest. À Granby, le conseiller politique du député de Granby et ministre responsable de l’Estrie François Bonnardel, François Lemay, a accueilli la procession au nom de l’élu.

« On trouvait ça important d’être ici, parce que c’est vrai que la justice sociale est quelque chose d’important pour notre société, a pour sa part laissé entendre l’attaché politique du ministre Bonnardel, Marc-André Morency. Le communautaire est un acteur important pour combler les trous laissés par les services publics, et les deux doivent se complémenter. »

Équité pour tous

Ce rassemblement tombait à point nommé, alors que le gouvernement de François Legault est en voie de déposer son tout premier budget. « On est là pour demander au nouveau gouvernement de réinjecter dans les programmes sociaux, a indiqué Sylvain Dupont, directeur général de la Corporation de développement communautaire (CDC) de la Haute-Yamaska. Les problématiques sociales ne diminuent pas, mais l’indexation de nos enveloppes budgétaires ne suit pas. On se retrouve à pouvoir offrir de moins en moins de services alors que les besoins sont de plus en plus grands. »

« Après des années de coupe dans les services publics, l’impact sur la qualité de vie des travailleurs et de la population, en général, est important. Et ces compressions ont un impact sur la capacité d’aider des organismes communautaires, qui doivent faire plus avec moins », a complété Nicolas Gauthier, agent de liaison pour la CDC de Brome-Missisquoi.

Les intervenants ont réclamé du gouvernement qu’il mette davantage de mesures en place pour diminuer les inégalités sociales. « François Legault veut créer des emplois à 25 $ ou 30 $ de l’heure, mais le salaire minimum n’augmentera que de cinquante cents le premier mai prochain, a rappelé Guillaume Manningham, porte-parole de Solidarité populaire Estrie. Ça signifie que des centaines de milliers de personnes vont continuer de travailler tout en restant pauvres. »

« Les programmes sociaux, ce n’est pas du gaspillage. C’est une assurance pour faire face aux imprévus de la vie », a-t-il ajouté, en demandant à l’État une hausse significative du salaire minimum et des prestations d’aide sociale, la mise en place d’un revenu minimum garanti de même qu’un régime d’assurance public et universel

« Image très forte »

« Je peux comprendre que le gouvernement a des priorités, mais tout le monde doit avoir accès aux services. On pense souvent que le communautaire ne s’adresse qu’aux personnes démunies, mais n’importe qui peut avoir besoin, quel que soit son revenu. On ne sait pas ce qui peut arriver dans la vie », a souligné M. Dupont.

Enseignants aux écoles Saint-Léon de Cowansville et Saint-Vincent-Ferrier de Bromont, Pierre Boucher et Jocelyne Corbeil se sont montrés solidaires face à ceux qui sont dans le besoin. Le filet social aide les familles, particulièrement les femmes qui vivent davantage en situation de pauvreté, ce qui influence directement la qualité de vie des élèves, ont-ils rappelé. 

Ces élèves représentent l’avenir de la société québécoise, a pour sa part allégué Hugo Lapierre, représentant de la Maison des jeunes La Barak. « Le filet social est une image très forte. S’il est mal tissé, des choses tombent, on perd des gens. Dès que ce filet est plus faible, il y a des gens qui en souffrent. Pour ma part, je veux que ce filet devienne si fort que les jeunes puissent grimper dedans », a-t-il imagé.

Invitée à prendre la parole, Fanny a décrit courageusement ce que la pauvreté au quotidien voulait dire. « C’est humiliant et blessant d’arriver à la caisse et de devoir y laisser sa bouffe parce qu’il manque cinquante cents, a-t-elle déclaré. La pauvreté n’est pas un choix, mais un calvaire. »

Des représentantes de la Concertation Action Femmes Estrie, de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux et du Sac à Mots de Cowansville ont également pris la parole.