Alain St-Onge, le conducteur de la camionnette impliquée dans l’accident qui a blessé gravement deux jeunes femmes, et Annie Martin, dont la fille Leïa est encore dans le coma, ont livré un touchant témoignage à La Voix de l’Est.

Le combat de Leïa

Chaque petit geste, chaque réaction de Leïa Mercier sont une source d’espoir pour ses proches. Gravement blessée lors d’une collision survenue sur la route 112, à Shefford, en novembre, la jeune femme livre désormais un combat quotidien pour sortir du coma. Sa mère, qui est confrontée à la lourdeur des démarches administratives suivant l’accident, lance un véritable cri du cœur.

« Elle est forte, Leïa. Quand elle décide quelque chose, elle le fait. Ce qui est le plus dur dans tout ça, c’est d’aimer une personne assez fort pour respecter son choix de rester [en vie] ou de quitter, confie en pleurant Annie Martin, la mère de la jeune femme. Je dois juste être là pour l’accompagner. C’est beaucoup de résilience, beaucoup de lâcher-prise. »

Leur vie et celles de plusieurs personnes ont été chamboulées à jamais le matin du 17 novembre. La voiture dans laquelle voyageaient Leïa et son amie Claudel Chabot a dérapé sur la route glacée avant de frapper un premier véhicule, puis la camionnette conduite par Alain St-Onge. Les jeunes femmes ont subi de graves blessures.

Depuis cet instant, le quotidien de Leïa est composé de combats, mais aussi de victoires. Petites et grandes. « On est encore dans une période incertaine, explique sa mère. Elle est dans une phase de coma actif avec des périodes d’agitations. Elle reprend contact avec son environnement autour d’elle. »

Les nouvelles ont été des plus réjouissantes cette semaine. La jeune femme âgée de 18 ans a commencé à ouvrir sa bouche et bouge maintenant ses deux jambes et son bassin. « Elle a même sorti ses pieds du lit », se réjouit Annie Martin, qui est chaque jour au chevet de sa fille.

Leïa a offert un premier grand sourire à ses proches. Le premier depuis trois mois. Un signe qu’il y a un rebranchement neuronal, explique sa mère. Il est toutefois trop tôt pour connaître les séquelles qu’elle conservera après avoir subi un traumatisme crânien grave et de multiples fractures. Un an, voire deux, seront nécessaires avant de le savoir.

La jeune femme reçoit toujours des soins médicaux au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. Les médecins et spécialistes doivent donner du temps à Leïa avant de savoir si elle pourra être admise dans un centre de réadaptation, être transférée dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée ou vivre chez elle avec sa mère — une infirmière et thérapeute, qui sera son aidante naturelle.

Passer à l’action

Leïa et son amie ne sont pas les seules victimes de l’accident. Les deux autres conducteurs ont subi des blessures. Alain St-Onge conserve des séquelles psychologiques. Encore aujourd’hui, il est inconsolable quand il est question de l’accident. Sa conjointe a contacté Annie Martin afin que les deux se rencontrent. Une demande à laquelle la mère de famille a acquiescé.

À la suite de l’accident, Leïa Mercier mène un combat au quotidien.

« Je ne voulais pas qu’il souffre tout seul et qu’il pense que c’est de sa faute. On a pris contact et on a dit qu’on serait là l’un pour l’autre », raconte Mme Martin, en serrant la main d’Alain St-Onge, qui l’a accompagnée lors d’une entrevue chargée en émotions avec La Voix de l’Est.

Depuis, ils s’appellent chaque semaine. Alain St-Onge a rendu visite à Leïa à deux occasions. « Je vais être avec eux tout le reste de mes jours », affirme M. St-Onge en sanglots.

Composer avec le système

Annie Martin veille non seulement sur sa fille, mais elle doit aussi composer avec des procédures administratives, un système qui représente un véritable fardeau pour elle, mais aussi pour les victimes comme Leïa. La mère de famille a notamment interpellé le député de Granby, François Bonnardel, qui l’accompagne dans ses démarches.

Son premier obstacle : Leïa n’avait signé ni mandat d’inaptitude, ni procuration, ni testament au cas où le pire scénario se produirait. « Je n’ai aucun pouvoir même si c’est ma fille. Je suis comme une étrangère, donc à chaque fois je dois expliquer, je dois me débrouiller. Ça n’en finit plus. C’est épuisant », raconte-t-elle en pleurant.

Ces documents devraient être obligatoires pour tous, et ce, dès la naissance, estime-t-elle. « C’est une de mes quêtes parce que c’est atroce. Il faut que quelqu’un entende mon message. C’est important. »

Le dossier de Leïa a également mis du temps avant d’être considéré par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Résultat : les premières indemnités ont été versées cette semaine. Après des appels répétés et une conversation avec la vice-présidente de la SAAQ, son dossier a finalement cheminé et un agent l’a rencontrée le jour même.

Meilleur entretien hivernal

Annie Martin réclame également la création d’un programme spécial ou d’un plan d’urgence pour aider financièrement les travailleurs autonomes comme elle et Alain St-Onge quand un pareil drame se produit. Les deux sont en effet sans revenus depuis l’accident. « Il n’y a rien pour nous aider. Je vis de l’aide de mes amis, de la famille, des personnes qui sont touchées et qui me donnent des cartes d’essence, de Tim Hortons, qui me font des virements, raconte-t-elle. Quand tu vois ta fille pleine de tubes, tu es loin de te demander comment tu vas vivre la prochaine année. Tu ne penses pas à tes finances. Tu es en mode survie. »

La mère de famille et Alain St-Onge mènent également une bataille afin que le ministère des Transports assure un meilleur entretien des routes en période hivernale, notamment pour la route 112 à Shefford. Ils ont tous les deux déposé une plainte. « Une semaine après l’accident, la même courbe était encore sur la glace. En fin de semaine, on m’a envoyé des photos de la même route qui n’était pas belle encore. Les températures changent rapidement maintenant. Ils vont devoir évaluer de nouvelles façons d’agir. Peut-être trouver de nouveaux abrasifs », dit Mme Martin, précisant que les gens à qui elle s’adresse font preuve de compassion et d’écoute à son égard.

Le ministère des Transports assure déployer toutes les actions nécessaires pour entretenir son réseau routier. « Le Ministère a accru la surveillance de déneigement de ce secteur-là, explique Numba Danielle, porte-parole du Ministère en Estrie. Pour la route 112 à Shefford, le niveau d’entretien que nous demandons est le plus élevé. On y applique déjà le meilleur déneigement possible. »

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GOFUNDME ET QUILLE-O-THON

Depuis l’accident qui a gravement blessé sa fille, Annie Martin a dû délaisser son emploi. Une de ses clientes a rapidement lancé une campagne de sociofinancement sur la plate-forme GoFundMe pour aider la mère de famille. Près de 8000 $ ont été amassés à ce jour. L’objectif a été fixé à 12 000 $. 

Un quille-o-thon est également organisé le 4 mars pour lui venir en aide financièrement. L’instigatrice de l’activité, Karine Martin, est la cousine d’Annie Martin. L’événement aura lieu à compter de midi trente au Royaume des quilles, à Granby.

D’autres activités seront bientôt annoncées et elles auront aussi pour but d’aider la famille de Leïa Mercier.