Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, discute avec Lucie Therriault, présidente du Collectif estrien 0-5 ans.

Le CIUSSS adopte Agir tôt

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux Lionel Carmant, qui était neurologue et chercheur à l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal, a fait le saut en politique avec la mission de lancer le programme Agir tôt qui vise les enfants 0-5 ans. C’est maintenant chose faite et le ministre était à Sherbrooke jeudi pour annoncer que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS recevra une enveloppe de 2 335 700 $ afin de développer le programme.

Au Québec, un enfant sur quatre présente un retard au moins une sphère de développement lors de son entrée à la maternelle.

« Ma raison de faire le saut en politique, c’est que je voyais trop de jeunes enfants avoir des besoins, mais devoir attendre un an ou deux ans sur des listes d’attente. Des services que des gens comme moi pouvaient aller chercher au privé, mais pas les enfants des familles les plus vulnérables. Quand on ne peut pas agir suffisamment tôt, c’est comme ça qu’on crée ce qu’on appelle des « poches de pauvreté chronique » et c’est ça qu’il faut cesser. Il faut donner à tous les enfants une chance égale de développer leur plein potentiel », a soutenu le ministre délégué.

Le programme Agir tôt permettra de développer des ressources en dépistage et, principalement, de rehausser les équipes d’intervention auprès des jeunes enfants présentant un retard de développement, une déficience physique, une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme dans la région de l’Estrie. Agir tôt vise à identifier le plus tôt possible les difficultés chez l’enfant, à évaluer son profil de développement et à l’orienter vers le bon service et, enfin, à lui offrir le soutien dont lui et sa famille ont besoin.


« Il faut comprendre que six mois dans la vie d’un enfant de deux ans, c’est le quart de sa vie, c’est énorme.  »
Stéphane Tremblay

« Dans le développement d’un enfant par exemple, à 18 mois, en tout cas en deçà de deux ans, il faut s’assurer que le langage de l’enfant est à niveau. Plus on agit tôt pour l’aider, plus c’est facile de rattraper le retard. Il faut comprendre que six mois dans la vie d’un enfant de deux ans, c’est le quart de sa vie, c’est énorme », explique le président-directeur général du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Stéphane Tremblay, qui est aussi pédiatre.

Le programme Agir tôt repose sur le déploiement, à l’échelle du Québec, d’une plateforme informatique à laquelle la population aura accès graduellement au cours des prochains mois, et qui regroupe des questionnaires de dépistage sur le développement de l’enfant 0-5 ans. À partir des réponses à des questionnaires, l’enfant pourra être orienté plus rapidement vers les services appropriés et être rencontré par une équipe multidisciplinaire le plus tôt possible.

De grands efforts seront mis pour combler des postes de professionnels pour diminuer les délais sur les listes d’attente, par exemple en ergothérapie, en physiothérapie ou en orthophonie par exemple.

« Enfin! »

« Enfin! Ça fait 39 ans que je travaille en pédiatrie et c’est depuis tout ce temps qu’on rêve d’avoir un programme comme celui-là. C’est une bonne nouvelle, vraiment! Enfin on met en place un programme qui va regarder tous les enfants », soutient Dre Thérèse Côté-Boileau, chef du département de pédiatrie au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Enfin aussi, on va avoir les moyens de trouver tous les enfants qui ont besoin de services et de lever un drapeau rouge quand c’est nécessaire, de dire : « ce petit loup-là ne performe pas comme les autres, on doit l’aider ». En plus de mettre le drapeau rouge, ce qui est emballant de ce projet-là, c’est qu’on met en place des professionnels pour évaluer la déficience ou le retard et mettre en place des processus pour aider les enfants », ajoute Dre Côté-Boileau.

« Un enfant qui arrive à l’école et qui ne parle pas comme les autres, il est déjà en retard. Pourtant, il y a beaucoup d’éléments qu’on peut mettre en place avant l’école et qui vont faire en sorte que l’enfant ne va pas arriver à l’école déjà en retard et en risque d’échec », souligne-t-elle.