Le commissaire adjoint aux plaintes du CIUSSS de l’Estrie, Yves Bélanger, donne raison à Ghislain Tremblay sur presque tous les points.

Le CHSLD Villa-Bonheur critiqué par le commissaire aux plaintes

Après des mois d’attente concernant sa dénonciation pour mauvais traitement et facturation erronée à la suite d’un séjour au CHSLD Villa-Bonheur, le Granbyen Ghislain Tremblay a eu gain de cause. Le commissaire adjoint aux plaintes du CIUSSS de l’Estrie, Yves Bélanger, lui donne raison sur presque toute la ligne.

Le 20 novembre, La Voix de l’Est relatait les déboires de Ghislain Tremblay, qui se bat non seulement contre la maladie, mais également pour faire valoir ses droits comme usager dans le réseau de la santé. C’est avec un « grand soulagement » que l’homme a accueilli le verdict dans son dossier. « Je pensais que ça allait s’étirer encore et encore. C’était déjà assez pénible comme ça. Je commençais à me dire que j’allais passer le temps des Fêtes sans savoir ce qui allait arriver. Vraiment, je suis bien content que ce soit du passé », a-t-il confié.

Tout a commencé à la fin juillet, lorsque M. Tremblay a été admis à l’hôpital de Granby pour une pneumonie. L’homme atteint d’une maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) doit être constamment branché à un concentrateur d’oxygène. Une fois son état stabilisé, on l’a transféré au CHSLD Villa-Bonheur « sans son consentement », a-t-il affirmé en entrevue. Dès son arrivée au centre d’hébergement, Ghislain Tremblay constate que les lieux ne sont pas adaptés à sa condition. « Dans la chambre, quand je suis arrivé, il faisait environ 90oF (32oC). Il n’y avait pas de climatisation, pas de ventilateur. Je suffoquais. Et le pire, c’est qu’on avait perdu ma bonbonne d’oxygène de transport me permettant de me déplacer. Et il n’y avait pas de concentrateur dans la salle à manger. J’étais donc confiné à ma chambre. Ça n’avait pas de bon sens », a-t-il clamé.

Son calvaire a duré trois jours. Le 11 août, l’homme à la santé précaire a été admis d’urgence au centre hospitalier de Granby (CHG), car il était en détresse respiratoire. Il y resta neuf jours. L’équipe médicale a finalement accepté qu’il retourne à la maison le 21 août, après avoir refusé d’être envoyé de nouveau à Villa-Bonheur.

Déceptions

Quelques jours plus tard, celui qui se bat contre le cancer a eu une nouvelle déception. Cette fois en ouvrant une missive de la Régie de l’assurance maladie du Québec. Il s’agissait d’une facture pour son séjour à Villa-Bonheur. Celle-ci s’élevait à 871,50 $. Or, l’état de compte englobait la période du 8 au 22 août. M. Tremblay a donc envoyé une lettre au centre d’hébergement, signée le 24 septembre, contestant les frais et mettant en lumière le traitement reçu à Villa-Bonheur, qu’il juge inadéquat.

Une correspondance du bureau du commissaire adjoint aux plaintes et à la qualité des services, Yves Bélanger, datée du 4 octobre, a mis le patient hors de lui. Celle-ci relate que le temps requis pour le traitement de sa plainte irait au-delà du délai maximal de 45 jours prévu par la loi, en raison d’un nombre élevé de dossiers.

« On étire la sauce jusqu’à ce que je lève les pieds. Ensuite, les héritiers n’auront peut-être plus la volonté de se battre. C’est inhumain », a déploré M. Tremblay.

Analyse

Après avoir analysé le dossier de M. Tremblay, Yves Bélanger lui a donné raison sur la majorité des points, sauf celui concernant son transfert au CHSLD. « Vous précisez que la travailleuse sociale vous a envoyé à Villa-Bonheur sans votre autorisation. Or, malgré vos réticences, le 27 juillet 2018, vous avez signé un consentement à quitter transitoirement l’hôpital de Granby pour une ressource d’hébergement. J’estime donc que vous avez donné votre accord à ce transfert », a indiqué le commissaire adjoint dans son rapport daté du 29 novembre.

La suite est sans équivoque. « Considérant vos problèmes respiratoires et votre vulnérabilité à la chaleur ; considérant que la température de votre chambre a atteint 40 degrés Celsius, considérant la défectuosité du système de climatisation du CHSLD Villa-Bonheur qui fut remis en fonction seulement à la fin août, considérant que nous avons égaré votre bonbonne d’oxygène de transport, considérant que sans votre bonbonne de transport, vous n’avez pu quitter votre chambre pour vous rafraîchir dans un endroit climatisé ni même vous rendre à la toilette, considérant que votre capacité respiratoire a lourdement été affectée lorsque l’infirmière auxiliaire a débranché votre concentrateur pour vous déplacer dans un endroit climatisé, considérant que les éléments précédents ont causé la dégradation de votre santé et que vous avez dû être transporté en ambulance et hospitalisé de nouveau le 11 août dernier, j’estime que l’endroit de votre transfert et les soins offerts n’étaient pas optimum[s] à vos besoins », a-t-il conclu.

Recommandations

Le commissaire émet donc trois recommandations. Deux d’entre elles sont adressées à la chef de service du CHSLD Villa-Bonheur. La première consiste à « revoir les pratiques d’accueil afin d’éviter la perte ou l’égarement du matériel (bonbonne de transport) nécessaire à la qualité de vie des usagers. » La seconde tient au fait « d’analyser » le séjour de M. Tremblay « afin de voir comment on aurait pu fournir de l’oxygène pour faciliter [ses] déplacements et améliorer [ses] conditions de vie. » Finalement, M. Bélanger suggère à la responsable des « comptes clients » au CHSLD d’annuler la facture du patient.