Le CHSLD de Granby doit recruter au moins une dizaine de préposés aux bénéficiaires pour «atteindre l’équilibre» au sein de son personnel.

Le CHSLD de Granby mise sur la formation

Comme bien des centres d’hébergement, le CHSLD de Granby, rue Godue, fait face à une criante pénurie de main-d’œuvre. Alors que le personnel de l’établissement est à bout de souffle, l’organisation a décidé de sortir des sentiers battus en lançant son propre programme de formation pour recruter des préposés aux bénéficiaires. L’initiative est jusqu’ici couronnée de succès, au point où une seconde cohorte démarra sous peu.

L’idée d’initier une formation à l’interne pour attirer de nouveaux effectifs est née il y a quelques semaines, alors que le manque de personnel atteignait son apogée au centre d’hébergement de Granby.

« Le temps des Fêtes est toujours une période très difficile. Celle que l’on vient de passer a été particulièrement éprouvante. On a eu la tempête parfaite, a imagé le directeur général du CHSLD, Perry Nadon. Quand tu as des éclosions de gastro et de grippe en même temps que des employés quittent leur poste ou tombent malades à leur tour, ça va mal. On devait trouver une solution pour garder nos employés, mais aussi pour en attirer de nouveaux. Alors, on a choisi une option que l’on n’avait jamais exploitée. Et je peux dire qu’on est en train de s’en sortir. »

Une préposée aux bénéficiaires (PAB), qui a tenu à ce que l’on taise son identité, a témoigné de la pression que vit le personnel au quotidien au sein du centre d’hébergement privé subventionné, regroupant 66 résidents. « Il fallait qu’il se passe quelque chose, a-t-elle clamé. On tombait comme des mouches. La charge de travail est vraiment énorme. On n’a même pas le temps de prendre une pause et on mange en deux minutes. Soit que les gens sont en arrêt maladie ou qu’ils démissionnent. On fait ce qu’on peut, mais on a seulement deux mains. On doit aller à l’essentiel. Ce n’est pas par manque de volonté. Ça prend du monde sur le plancher, ça presse. On les attend les bras ouverts. »

En ce sens, la PAB voit d’un bon œil le projet de formation. « Depuis presque six mois que la direction est à la recherche de préposés. Vraiment, je souhaite que les gens embarquent et que la situation se stabilise. Pour les résidents, pour leurs familles... et pour nous. »

Le DG du centre d’hébergement, Perry Nadon

Audace

L’audacieux projet de formation est piloté par Mélissa Côté. Employée de Groupe Santé Nadon, qui chapeaute des centres d’hébergement à Granby, Saint-Jean-sur-Richelieu et Sainte-Catherine, elle n’a pas hésité à plonger dans l’aventure. « Ça prend de l’audace pour lancer un programme de formation. En près d’un mois et demi, on a monté une formation adaptée à la réalité des préposés en CHSLD. On est convaincus que ça va porter ses fruits », a indiqué celle qui a notamment formé durant près de 10 ans des PAB puis des infirmières.

Mme Côté est épaulée par Rachel Pilotte et Roxanne Villiard, deux infirmières auxiliaires, pour dispenser la formation. Celle-ci s’échelonne sur un mois et demi. Durant trois semaines, les candidats voient un amalgame de théorie et de pratique. Les trois suivantes se déroulent sur les unités de soins avec une enseignante. À cela s’ajoute une semaine d’intégration avec un PAB qui agit à titre de mentor. « On revoit vraiment chaque champ de compétences. Entre autres les besoins de la clientèle, la santé mentale, les maladies et l’éthique », a mentionné la responsable de la formation continue.

Roxanne Villiard et Rachel Pilotte, deux infirmières, sont deux des trois formatrices auprès des futurs préposés aux bénéficiaires.

Attitude

Les futurs employés — six préposés ont été formés — sont rémunérés au salaire minimum (12 $/h) pendant leur apprentissage. Ils obtiennent ensuite l’échelon salarial d’entrée prévu à la convention collective, soit environ 16 $/h selon Mme Côté. « Une école comme la nôtre coûte plusieurs milliers de dollars par jour. C’est un gros investissement, a fait valoir Perry Nadon. Mais, on est convaincus qu’on gagnera notre pari. Déjà, on voit une énorme différence dans l’attitude du personnel. Nos employés voient qu’on met tout en place pour aider notre équipe. C’est très positif. »

Notons qu’aucune clause ne lie les PAB en devenir à leur futur employeur. Selon M. Nadon, l’ajout d’une dizaine de PAB sera nécessaire pour « atteindre l’équilibre » chez les effectifs à Granby. L’établissement de Saint-Jean-sur-Richelieu est aussi aux prises avec une pénurie de personnel. Le lancement de la seconde cohorte est prévu la semaine prochaine. On devrait y accueillir une dizaine d’étudiants.