L’autoneige de type R-12 de Henri Picotte est bien connue à Bonsecours.

L'autoneige emblématique de Bonsecours cherche preneur

Cure-dent à la bouche et sourire en coin, Henri Picotte est particulièrement fier de parler de sa machine venue tout droit d’une autre époque. Près de soixante-dix ans après sa sortie des usines Bombardier, son autoneige fonctionne toujours. L’homme de Bonsecours a quitté le restaurant du village où il tient ses quartiers pour témoigner d’une époque oubliée.

« Avant les années 1950, les chemins n’étaient pas ouverts », se souvient M. Picotte, camionneur à la retraite. La neige était alors « tapée » sur la route, rendant la circulation difficile pour tous et impossible pour les automobiles de l’époque. C’est dans ce contexte, au début des années 1930, que Joseph-Armand Bombardier produit plusieurs prototypes pour en arriver à l’autoneige. Destinée d’abord aux routes de la région, elle sera utilisée sur les champs de bataille en Europe lors de la Seconde Guerre mondiale. Sa commercialisation aura permis à Bombardier d’être reconnue à l’international.

Du Lac-Saint-Jean à Bonsecours
Mais Henri Picotte n’est pas un amateur d’antiquités. « J’ai failli en avoir un quand j’étais jeune et je l’ai manqué. Je l’ai toujours regretté après. » Voilà tout. Ironie de l’histoire, il y a dix-sept ans, c’est au Lac-Saint-Jean qu’il trouva l’engin qu’il convoitait et qui avait été construit dans les années 50, à Valcourt. Lorsque l’occasion s’est présentée, il n’a pas hésité à remplacer le moteur et la transmission d’origine pour des pièces plus récentes et plus performantes. Pour le reste, ce sont les pièces posées sur les chaînes de montage qui continuent à être utilisées. Même ses chenilles de caoutchouc — principale innovation de Joseph-Armand Bombardier qu’il a fait breveter et dont il se servira plus tard pour les motoneiges — demeurent d’origine.

Avec le temps, l’autoneige rouge vif est devenue emblématique du village. « Elle est ben dure à manquer ! » remarque une serveuse du restaurant Rhum Antic. Depuis quelques années, l’engin est stationné sur le bord de la route 220, attirant les regards curieux des passants.

Un rôle au cinéma
« Il y a trois ans, un Américain m’a approché parce qu’il voulait l’utiliser dans son film, raconte M. Picotte. Il la voulait fonctionnelle donc je l’ai emmené au garage pour changer quelques pièces ». Malheureusement, l’histoire s’arrête ici. Bonsecours n’aura pas mis les pieds dans l’industrie cinématographique. Malgré les milliers de dollars investis, les pièces ont trop tardé pour que son autoneige soit utilisée au grand écran.

« Ça fait trois ans que je m’en sers plus. C’est pas bon pour la mécanique », explique celui qui s’est récemment convaincu de s’en départir. Vendue à l’origine autour de 1500 $, M. Picotte espère en obtenir 23 000 $. Il faut dire que le coût des pièces s’apparente à celui d’une automobile et qu’il existe des amateurs d’antiquités prêts à mettre la main au portefeuille pour s’amuser avec les dernières autoneiges fonctionnelles. « C’est de plus en plus rare des particuliers qui en ont à vendre, pas plus que quatre ou cinq par année. Je ne tiens pas à ce que ça reste dans la région, quand même ça s’en irait en Europe ça me dérange pas », s’exclame-t-il à la blague.