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« On peut démontrer par ce projet que les personnes en situation de handicap sont capables de beaucoup plus que ce qu’on pourrait croire », souligne Stephan Marcoux, directeur général de Pleins Rayons, entouré ici de Charles-Olivier Caron (à gauche) et d’Anthony Ménard.
« On peut démontrer par ce projet que les personnes en situation de handicap sont capables de beaucoup plus que ce qu’on pourrait croire », souligne Stephan Marcoux, directeur général de Pleins Rayons, entouré ici de Charles-Olivier Caron (à gauche) et d’Anthony Ménard.

L'autobus de l'entraide agricole à la rescousse

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
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D’ici quelques semaines, on pourra apercevoir un autobus se promener dans la région, rempli de valeureux apprentis, en route pour aider dans les champs, les vignobles et les producteurs du coin. D’ici la fin de l’été, Stephan Marcoux, directeur général de Pleins Rayons, souhaite « en perdre un ou deux en chemin », qui se seront trouvé un emploi.

Le projet de « l’autobus de l’entraide agricole » découle du succès de la bridage aidante de Pleins Rayons, mis sur pied l’été dernier, qui permet à de jeunes adultes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme d’effectuer quelques travaux chez les personnes âgées, mais aussi chez les maraîchers qui, on le sait, ont bien souvent de la difficulté à recruter de la main-d’œuvre.

De cette initiative est née l’idée d’un projet à plus grande échelle, une fourgonnette qui transporterait une dizaine de jeunes à un vignoble, puis un autre, ou encore une cidrerie, une brasserie, ou un producteur agricole. Car les jeunes veulent travailler, dit M. Marcoux, mais « là où le bât blesse, c’est le transport ».

De généreuses donations ont ainsi pu permettre à Stephan d’acquérir une fourgonnette d’une douzaine de places, qu’ils décoreront et mettront à l’image de Pleins Rayons, lorsqu’ils la recevront, autour du 20 mai. D’ailleurs, M. Marcoux raconte la difficulté qu’il a eue à mettre la main sur une fourgonnette, denrée rare en ce temps de pandémie où les Québébois veulent voyager en van et en autobus. Mais ça en a « valu la peine », dit-il.


« Les personnes en situation de handicap sont capables de beaucoup plus que ce qu’on pourrait croire. »
Stephan Marcoux, directeur général de Pleins Rayons

Capables

« C’est intéressant, car on peut démontrer par ce projet que les personnes en situation de handicap peuvent participer activement à leur communauté. Et qu’ils sont capables de beaucoup plus que ce qu’on pourrait croire. »

Stephan Marcoux veut ainsi « briser le stigma » entourant ses apprentis, qui sont « aussi capables » de faire certaines tâches que d’autres, lorsqu’on fait preuve de patience, de pédagogie et d’ouverture. Et qu’ils peuvent en surprendre plus d’un, comme en témoigne Martin Girouard, propriétaire du vignoble Girouard, qui a engagé deux des six stagiaires venus travailler sur son vignoble l’an dernier. Ils ont commencé lundi à travailleur chez lui, et ce, à raison de 25 h par semaine.

« Chacun d’eux a des forces, mais il faut plus qu’une semaine pour le réaliser », dit Martin, qui croit énormémement en l’inclusion en milieu de travail, lui qui a un fils aux prises avec une déficience intellectuelle. C’est d’ailleurs par lui qu’il a connu Pleins Rayons, qu’il voit comme des « partenaires ».

Les apprentis de Pleins Rayons iront travailler de façon ponctuelle chez près de vingt maraîchers et producteurs de la région qui ont manifesté leur intérêt. Ils pourront y effectuer diverses tâches, tel le désherbage, la récolte, le ramassage de roches ou de foin. « Il y a mille et une tâches à faire sur une ferme! », dit Stephan Marcoux, qui gère près de 18 projets à la fois chez Pleins Rayons, organisme qu’il a fondé en 2015 dans le but d’aider les jeunes adultes aux prises avec une déficience intellectuelle ou un TSA à accéder au marché de l’emploi.

Depuis ses débuts, Pleins Rayons a réussi à placer 29 jeunes adultes à temps plein et 28 à temps partiel dans de vrais emplois en Haute-Yamaska et dans Brome-­Missisquoi. « Si ce n’était pas de nous, ces jeunes ne feraient rien, se désole Stephan Marcoux, entouré Charles-Olivier Caron (à gauche) et d’Anthony Ménard. Et ils valent tellement plus. » Tous les trois posent devant le bâtiment de L’Orpailleur, vignoble participant au projet de l’autobus de l’entraide agricole.

« C’est tellement cool comme projet! »

Un de ces projets, la construction, vente et installation de nichoirs à insectes, a d’ailleurs fait connaître l’organisme et les apprentis auprès de quelques producteurs du coin, comme le vignoble L’Orpailleur et la cidrerie Équinox, qui sont tous deux bien emballés par le projet d’autobus de l’entraide agricole.

« C’est tellement cool comme projet! Aussitôt qu’ils m’en ont parlé, je leur ai dit, amenez vos jeunes, on va faire des activités! », s’enthousiasme Marc-Antoine Arsenault-Chiasson, propriétaire de la ferme cidricole Équinox.

Celui-ci se dit prêt à montrer comment récolter les pommes pour le cidre, ou pour les chevreuils, entre autres. « Eux arrivent aussi avec leurs idées, et ce qu’ils veulent faire. Ce sont les mieux placés pour connaître leurs capacités. Quand ils sont venus installer les nichoirs, ils m’ont vraiment surpris. »

Martin se dit ouvert à engager un apprenti, s’il « accroche » sur un, et à l’accompagner à travers le processus. « Il y a une grande réflexion de société derrière ça. On est capable de les intégrer, même si ça peut demander plus de supervision. Ils sont capables, fonctionnels. Ils peuvent aider. » Un exemple flagrant: les nichoirs de Pleins Rayons aident concrètement la ferme pour la luttre contre les insectes.

Charles-Henri de Coussergues, vigneron chez L’Orpailleur, est aussi bien content de ses 90 nichoirs. Il a accepté de participer à l’autobus agricole avec plaisir. « C’est très enrichissant de voir leur bonheur de se sentir utile. Les témoignages des parents sont aussi très touchants, ils voient leur adulte attendre l’autobus avec hâte pour partir faire quelque chose de concret. Ils sont motivés, ils aiment travailler. C’est beau de les voir s’accomplir. »


« Il y a une grande réflexion de société derrière ça. On est capable de les intégrer, même si ça peut demander plus de supervision. Ils sont capables, fonctionnels. Ils peuvent aider. »
Marc-Antoine Arsenault-Chiasson, propriétaire de la ferme cidricole Équinox

L’exclusion, chose du passé

Stephan Marcoux est d’avis qu’un changement de mentalité s’impose en société. Il souhaite même que « parler d’exclusion soit chose du passé ». « Je veux qu’on prenne exemple sur mon projet partout au Québec, qu’on parle d’inclusion et qu’on voit à quel point ces personnes ont à apporter à la société. »

C’est selon lui une solution gagnante pour pallier le manque de main-d’œuvre auquel font face plusieurs agriculteurs québécois, surtout en temps de pandémie avec la difficulté de faire venir des travailleurs étrangers. « C’est correct de faire venir des gens de l’étranger, mais pourquoi pas former des gens d’ici en situation de handicap ? Si les employeurs ont une bonne compréhension, ça peut très bien marcher. »

Parmi ses mille et un projets, Stephan Marcoux est en train de développer un curriculum en horticulture avec le Centre de services scolaire Eastern Township, qui viendrait donner une expérience dans ce domaine ainsi qu’une certaine crédibilité auprès des employeurs.

Depuis ses débuts, Pleins Rayons a réussi à placer 29 jeunes adultes à temps plein, et 28 à temps partiel dans de vrais emplois en Haute-Yamaska et dans Brome-Missisquoi. « Si ce n’était pas de nous, ces jeunes ne feraient rien. Et ils valent tellement plus. »

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PAS NORMAL D'ÊTRE MIS À LA RETRAITE À 21 ANS

Avant de fonder Pleins Rayons, en 2015, Stephan Marcoux a longtemps travaillé dans des écoles auprès de jeunes ayant un handicap ou un trouble du spectre de l’autisme. Lorsqu’il croisait d’anciens élèves, et qu’il leur demandait ce qu’ils faisaient aujourd’hui, la majorité lui répondait : « rien ». « Ils disaient, “qu’est-ce que je pourrais faire ?” C’est pas normal qu’à cause qu’une personne est autiste, elle soit mise à la retraite à 21 ans, déplore le directeur général. Oui, quelques programmes permettaient un maintien des acquis, mais ça se résumait presque à du coloriage. » 

Stephan voyait là un potentiel inexploité. « C’était une aberration totale pour moi. C’est pour ça que j’ai décidé de créer l’organisme. » 

Depuis 2015, Pleins Rayons a mis sur pied des dizaines de projets d’économies sociales ou des activités de loisirs thérapeutiques, qui favorisent l’inclusion sociale des jeunes adultes en leur offrant l’opportunité d’acquérir des habiletés socioprofessionnelles. 

Par ailleurs, l’organisme de Cowansville a récemment reçu la visite du Monde de Benjamin, un blogue suivi par plus de 150 000 abonnés qui sensibilise la population à la cause de l’autisme, et un vidéo sur Pleins Rayons a été tourné et diffusé sur ses plateformes. Billie-Anne Leduc