La culture d'asclépiade continue à prendre de l'ampleur dans la région, note l'agronome au club-conseil Gestrie-Sol à Granby, Isabelle Martineau. La Ville de Granby a même son site de démonstration.

L'asclépiade gagne du terrain

Favorisée par la croissance de la PME granbyenne Protec-Style, la culture d'asclépiade, emblème floral de Granby, continue à prendre de l'ampleur dans la région, selon l'agronome au club-conseil Gestrie-Sol, Isabelle Martineau.
« L'an dernier, 75 acres d'asclépiade ont été semés à Granby, Bolton et Saint-Dominique. Cette année, environ 110 acres, dont une soixantaine sont suivis par Gestrie-Sol, ont été ajoutés, entre autres à Saint-Dominique encore, mais aussi à Roxton Pond et à Mansonville­ », relève l'agronome. 
Cette culture relativement nouvelle, même si la plante, elle, est indigène, suit la même courbe de croissance à l'échelle de la province, selon Daniel Allard, président de la coopérative Monark, qui a pris racine en Mauricie. M. Allard est le premier agriculteur de cette région à avoir tenté l'expérience dans un de ses champs en 2012. « On est partis de rien et on approche aujourd'hui 1500 hectares, partout au Québec et au nord-est des États-Unis », note-t-il. 
Selon Daniel Allard, 100 % de la production d'asclépiade, qui permet de valoriser des sols moins propices aux grandes cultures traditionnelles, passe par la coopérative. Et l'ensemble de la récolte est acheté par l'entreprise Industrie Encore 3, une branche de Protec-Style. « On achète toutes les récoltes des membres de la coopérative Monark. (...) On leur demande des superficies à semer, selon nos besoins. Ça nous permet d'assurer la pérennité de l'approvisionnement. Et les besoins sont grandissants », explique la directrice générale de Protec-Style, Nathalie Morier. 
Commercialisation 
La fibre d'asclépiade a démontré des propriétés isolantes, utilisées dans les textiles, ainsi qu'absorbantes, pour les produits pétroliers. 
La griffe de vêtements de plein air Quartz Co a été la première à commercialiser l'an dernier un manteau isolé avec l'isolant développé à partir de la fibre d'asclépiade. « Le déploiement à plus grande échelle se fera avec les récoltes qui s'en viennent. Le produit isolant servira à différentes fins avec différents clients qui sont en attente de pouvoir développer de nouveaux produits avec l'asclépiade. C'est bien reçu et c'est en demande. Nous sommes bien contents des résultats. Ça suit son cours d'expansion », note Nathalie Morier, qui tait pour l'instant l'identité des clients de l'entreprise. 
Contrairement à d'autres cultures dites annuelles, il faut patienter environ trois ans avant d'obtenir des récoltes d'asclépiade, note l'agronome de Granby, Isabelle Martineau. 
Gestrie-Sol est d'ailleurs à l'origine d'un petit site de démonstration aménagé l'an dernier à un jet de pierre de la piste cyclable l'Estriade, à Granby. Les quelque 3000 plants mis en terre ont continué à y étendre leurs rhizomes. Prévue l'an prochain, la première récolte de « cocottes » d'asclépiade, qui produisent les graines munies de soie, sera acheminée à la coopérative Monark, dit Mme Martineau. 
Régie de culture
L'asclépiade, aussi qualifiée de soyer, étant considérée comme une plante envahissante, une méthode de culture a été développée. « On a réussi à avoir une régie de culture où on peut, avec des techniques agricoles relativement conventionnelles, réussir de bonnes implantations. Ce qui va permettre d'avoir des récoltes récurrentes et d'asseoir une production agricole solide, une industrie­ », estime Daniel Allard. 
Selon lui, c'est la force du « travail collectif », de la coopérative, qui a permis cette croissance. Une première récolteuse de soyer, développée avec un fabricant de machinerie, sera d'ailleurs dévoilée­ ce samedi, en Mauricie. 
Selon le président de Monark, le rendement net visé est de 1000 $ à 1500 $ l'hectare. L'avenir dira si cet objectif peut être atteint. 
« Ce qui m'inquiète, c'est d'avoir un seul client principal. Par contre, ce qui est intéressant, c'est qu'il y a plusieurs types d'applications. Si ce n'est pas l'isolant, ça peut être l'absorbant pétrolier. Différents marchés ont été identifiés, ce qui me rassure », affirme Daniel Allard.
Les monarques au rendez-vous
Certains chercheurs affirment depuis quelques années que la population de papillons monarques, qui se nourrissent d'asclépiade et y pondent leurs oeufs, serait en déclin. Mais l'entomologiste granbyen Dave Clermont est loin de tirer la sonnette d'alarme. Il assure même qu'ils se font plutôt abondants cette année.
« Dans les prochaines semaines, il va y avoir une explosion de monarques partout. C'est normal, les conditions ont été favorables pour eux. Et de l'asclépiade, ils n'en manquent pas », affirme-t-il. Oui, les surfaces d'asclépiade cultivées sont en augmentation, ce qui est une « très belle initiative », selon M. Clermont. Mais la plante, aussi appelée soyer, est également très présente sous sa forme sauvage.
Propriétaire de Gaïa Nature, une ferme d'élevage de papillons, Dave Clermont dit lui-même songer à convertir une partie de sa propriété en ferme d'asclépiade. « On ne peut pas ne pas avoir la piqûre quand on voit un champ de soyer en fleurs. C'est magnifique. Lorsqu'on est envahi par les papillons monarques, comme je le suis aujourd'hui, c'est un spectacle unique au monde », lance pour sa part le président de la coopérative Monark, Daniel Allard.